Défense UE

Allemands et Français déterminés à renforcer l’Europe de la Défense

G. Longuet et T. de Maiziere (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2, analyse) « Nous y croyons ». C’est un peu le sens de la déclaration sur la politique européenne de sécurité et de défense signée lors du dernier sommet franco-allemand, le 6 février dernier, par les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays, Alain Juppé et Guido Westerwelle, Gérard Longuet et Thomas de Maizière. Une déclaration passée un peu inaperçue et qui mérite une lecture un peu plus attentive.

L’affichage d’une convergence politique

Ce texte de 4 pages (version française) ou 7 pages (version anglaise) se veut un tour d’horizon complet de ce qui est possible en matière de défense européenne, que ce soit « en termes de structures, de capacités et opérations », de dialogue stratégique et de coopération en matière d’armement. Quelques projets concrets sont esquissés (transport médical, surveillance de l’espace). Mais plus encore c’est une convergence politique qui est recherchée. On trouve là effectivement davantage de points d’accord qu’entre Français et Britanniques. Une date butoir est cependant fixée : 2013, avec la célébration des 50 ans du Traité de l’Elysée, et l’ambition affichée de « donner une nouvelle impulsion à leur politique de sécurité et de défense commune ».

La PeSDC crédible et efficace : opérations au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

« « Nous partageons depuis longtemps l’objectif d’une défense européenne plus forte. (…) Nous croyons que la politique de défense et sécurité commune est un instrument crédible et efficace pour la gestion de crises » écrivent les auteurs, exemple à l’appui. Le couple franco-allemand se veut ainsi déterminé à assurer le lancement du travail préparatoire à un engagement au Sahel, à continuer le travail en cours sur la mission de reinforcement des capacités maritimes dans la Corne de l’Afrique. Il réaffirme son intention de soutenir l’opération anti-piraterie Atalanta et celle de formation des soldats somaliens (EUTM Somalia) comme une « contribution importante de la PSDC aux efforts de stabiliser la Somalie ».

Un dialogue stratégique préalable sur les crises

Les différences d’approches existent entre  Français et Allemands, c’est un fait. Mais les deux partenaires entendent mieux surmonter, à l’avenir, leurs divergences. « Pour les crises à venir, la France et l’Allemagne se consulteront étroitement avant les décisions concernant l’engagement des forces militaires (NB : une concertation qui a, peu, fait défait lors de l’opération en Libye). Ils veulent aussi faire de la brigade franco allemande, le coeur de la réponse des deux pays. « A partir d’une évaluation commune des crises, devrait correspondre des réponses franco-allemandes, et si possible l’engagement de la Brigade franco-allemande. Cela suppose d’harmoniser les différences entre les procédures administratives nationales et de les réduire autant que possible. » Ce dialogue stratégique – qui passera également par une intensification du dialogue entre les deux parlements – « devra aussi inclure des réflexions sur des scénarios de crises, en se concentrant sur le Moyen-Orient et l’Afrique ».

Projets communs pour le transport médical et dans la surveillance de l’espace

Coté des capacités, les deux partenaires veulent aller plus loin qu’un soutien général aux initiatives en cours de pooling and sharing à l’agence européenne de défense et à l’OTAN. Ils veulent ainsi renforcer le Commandement européen du transport aérien (EATC), mis en place à Eindhoven, et « examiner les possibilités d’élargir ses moyens et capacités ». Un projet de coopération en matière de soutien médical va être lancé avec des soutiens réciproques : l’Allemagne va mettre à disposition de la France ses hélicoptères CH-53 et  la France soutiendra l’Allemagne dans le domaine du CSAR – recherche et sauvetage au combat. Les deux pays veulent également favoriser le développement d’un « noyau d’une capacité européenne en matière de surveillance de l’espace », ils veulent ainsi « développer une capacité commune » ; une coopération qui pourrait « également s’étendre aux hélicoptères, aux systèmes terrestres et aux activités dans le domaine de la défense antimissile ».

Convergences dans la préparation et la conduite des programmes d’armements

De façon plus générale, d’ailleurs, pour « favoriser la convergence dans les différentes phases (préparatoires et actives) des programmes communs d’armements », France et Allemagne vont intensifier les réflexions en « équipes intégrées » et le « processus capacitaire conjoint » rassemblant l’expertise militaire ainsi que les entités en charge de la conception et des acquisitions des deux pays. Ils veulent ainsi parvenir « à une meilleure convergence dans la définition des besoins militaires et opérationnels, à une harmonisation des procédures de certification des armes et systèmes d’armement (reconnaissance mutuelle des méthodes d’essai) et de garantir davantage de continuité dans les échanges entre utilisateurs et fournisseurs ». Et vouloir chercher des « propositions industrielles communes répondant à des projets franco-allemands ».

Pouvoir contrôler l’industrie européenne

La « régulation de l’industrie et du marché » constitue une autre thématique commune, notamment « sur la sécurité des approvisionnements et le contrôle des investissements étrangers ». NB : Un point clé pour éviter que l’industrie européenne d’armement ne s’en aille en lambeaux ou ne parte dans les mains d’investisseurs étrangers, comme les chantiers navals grecs récemment qui sont passés aux mains d’industriels chinois. Au final, « Nos efforts communs en faveur d’une défense européenne plus performante contribueront au renforcement de l’intégration européenne et du partenariat atlantique, piliers de la politique de sécurité en Europe. »

Télécharger la déclaration adoptée , en français anglais  (je vous conseille cette dernière version, la version française me semblant approximative)

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Juppé : l’Europe doit s’affirmer face aux crises. Stop au « soft power » all inclusive

Juppé : l’Europe doit s’affirmer face aux crises. Stop au « soft power » all inclusive

(crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, était présent aujourd’hui (15 février) au Parlement européen à Strasbourg. Intervention devant une commission des Affaires étrangères, pleine à craquer (debout, assis sur les marches,… difficile de trouver une place), puis entretien avec le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle ; le président du Parlement européen, Martin Schulz, puis avec les députés du PPE.

Dans un discours très européen, allant de la crise économique au printemps arabe, en passant par le conflit en Syrie (voir brève),  et la politique de défense européenne, il a appelé à un sursaut européen, à une « grande ambition européenne », à ce que l’Europe s’affirme davantage face aux crises. « Un véritable discours d’investiture à un poste de Haut représentant » a remarqué la députée européenne des Verts, Hélène Flautre, ajoutant d’un ton malicieux. « Bien que ce soit pas un poste auquel vous êtes candidat. ».

L’Europe doit s’affirmer davantage face aux crises…

Il faut permettre à l’Union européenne de « s‘affirmer face aux crises » explique Alain Juppé. « Je n’ai cessé de plaider en faveur d’avancée concrètes pour la défense européenne et en particulier pour la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Union doit tirer toutes les conséquences des réductions de budget de défense en allant vers davantage de mutualisation. Face à des menaces de sécurité qui la visent au premier chef, elle ne peut pas se contenter d’un soft power. »

Pour le ministre, l’exemple de la Libye est patent « L’intervention en Libye a montré les limites de la PSDC. Elle a aussi mis en lumière un réel leadership européen dans l’OTAN. » Après avoir énuméré quelques résultats (nouvelle mission dans la corne de l’Afrique, OpsCenter…) obtenus par l’initiative du Triangle de Weimar, le ministre français estime qu’il faut « continuer à avancer, y compris vers une capacité permanenté de planification et de conduite d’opérations de l’Union européenne » sur la base de « l’excellent rapport de Catherine Ashton » souligne-t-il.

L’apprentissage du printemps arabe

Le ministre a aussi reconnu une certaine complaisance dans le passé avec des régimes compromettants. Le printemps arabe « nous l’a montré : Nous avons eu tort de croire que la stabilité, la sécurité et la lutte contre le terrorisme justifiaient une certaine complaisance vis-à-vis de régimes qui faisaient fi des aspirations des peuples à la liberté et au respect des droits de l’Homme. Aujourd’hui si nous savons que le chemin vers la démocratie sera long et exigeant, nous savons aussi que l’aspiration à la démocratie est universelle ». « Sans jamais transiger sur ses valeurs, l’Union européenne doit accompagner les transitions arabes avec tous les instruments dont elle dispose. »

Contre une Europe repliée sur eux-mêmes

De façon plus générale, le Ministre a plaidé pour une Europe qui ne se replie pas sur elle, alors que « l’Europe est aujourd’hui dans la tourmente ». « La France ne veut pas d’une Union européenne qui se replie sur la seule gestion de la crise. Si l’Europe a enfin découvert qu’elle n’était plus le centre du monde, elle ne doit pas oublier qu’elle demeure la première puissance économique mondiale : dans le monde de demain, elle aura un rôle majeur, à jouer comme pôle de démocratie, de prospérité et de stabilité. »

… mais vivement une clause de réciprocité

Cependant le ministre s’est voulu réaliste. « Dans le dialogue entre l’Union européenne et ses grands partenaires stratégiques, (la France) souhaite que la clause de réciprocité soit au cœur de nos relations. Notre objectif, c’est de nous assurer que l’Union européenne ait désormais le souci d’une concurrence loyale avec les grands émergents et qu’elle cesse de considérer un peu naïvement que l’ouverture unilatérale ou asymétrique du marché européen serait bénéfique en soi. Cela a pu aider ponctuellement des pays en sortie de crise. Mais ce serait une erreur avec de grans émergents très concurrentiels comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. » a-t-il ajouté. « Nous attendons la présentation prochaine par la Commission d’un instrument de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics. »

Lire également :Bachar tombera et rendra compte (A. Juppé)

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Pour développer la Pesc, aller lentement, avoir du leadership, une vision politique (Bitterlich) (Maj)

(BRUXELLES2) Joachim Bitterlich était invité par l’EPC pour célébrer les 20 ans du traité de Maastricht en belle compagnie (Jacques Delors, Philippe Maystadt, Antonio Vitorino). Sur le plan de politique étrangère européenne, il a comme on dit « un peu » d’expérience. Conseiller du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher (1985-87), puis d’Helmut Kohl (1987-1998) sur les questions européennes puis sur toute la politique étrangère et de sécurité extérieure, il a préparé à trois reprises la présidence de l’UE par l’Allemagne. Puis, il a été ensuite ambassadeur auprès de l’OTAN (1998-1999), au moment des frappes sur le Kosovo.

On manque de leadership

Le message qu’il délivre, tout empreint de réalisme, vaut la peine d’être écouté, même si on ne peut pas en partager tous les contours. Même s’il est rude, il tranche en effet avec un certain euro-pessimisme qui semble aujourd’hui ronger chacun. Pour lui, l’Europe peut mieux faire, être plus forte au plan étranger… Mais il faut être patient. « Je conseille à tout le monde de prendre des détours pour arriver à la fin à l’objectif, appliquer la méthode de l’Union, appliquer la différenciation. Et, à la fin, cela se développera, selon ce que j’appelle une ‘méthode communautaire renouvelée’ (…) Mais avant tout ce que vous avez besoin c’est du « leadership ».

Un caucus européen

Après la conférence, nous avons nous entretenir sur cette position, notamment sur la politique de défense. « Je ne peux pas en parler, il me faudrait toute une journée  pour vous raconter cela » m’interrompt-il. Mais, passionné par le sujet, nous continuons à deviser. Il revient tout de juste de Münich, sur la conférence de sécurité et de défense. « J’ai été étonné par la perte de vision des Ministres. Chacun ne pensait qu’à ses moyens, ses diminutions de budget. Tout le monde n’avait que ces seuls mots en tête ». Pour refuser l’approche européenne, notamment les projets de « pooling » et « sharing » menés au sein de l’Agence européenne de défense, « certains pays invoquent la duplication avec l’OTAN (et son projet de Smart défense), et le coût supplémentaire que cela engendre. Ce qui est un non-sensIl faut, au contraire, donner les moyens et pouvoirs nécessaires à l’Agence européenne de défense ». Il faut aussi aller plus loin, s’interroger sur le futur de la relation entre les deux organisations OTAN et UE, comme entre l’Europe et les Etats-Unis. « C’est le moment d’avoir des initiatives, d’avoir un caucus européen. Les Américains ne pourront pas s’y opposer. »

Le SEAE, la charrue avant les boeufs

Concernant le service diplomatique européen (SEAE), il a un avis tranché. Pour lui, « on a mis la charrue avant les boeufs ». Car on ne peut se passer des Etats membres. En vieux routier européen, J. Bitterlich a une analyse propre de la situation internationale, assez rude, mais somme toute empreinte de son expérience, et de réalité. L’Europe pèse peu par rapport aux grands de ce monde, car chacun part divisé. Et les autres pays ne sont pas dupes. « En Chine, il y a une délégation européenne dirigé par un excellent ambassadeur. Mais aucun Etat n’a retiré son ambassade. Tout le monde continue de négocier, chacun de son côté. Et les Chinois l’ont bien compris. Ils jouent avec chacun, l’un contre l’autre. »

Avoir une vision politique, globale, se reposer sur les Etats membres

Tout l’enjeu apparaît alors de représenter un poids décisionnel important face à un interlocuteur. « Que pèse quelqu’un de la Commission à l’étranger ? » se demande-t-il. Sauf sur les dossiers où ils ont une réelle compétence, un pouvoir – le commerce… – ils ne peuvent pas s’engager, explique-t-il. Pour J. Bitterlich, l’essentiel pour l’UE aujourd’hui est d’avoir : « une vision politique », c’est-à-dire globale, générale, et non pas par dossier. Mais, pour cela, il faut aussi se reposer sur les Etats membres, sur leur puissance diplomatique ou leurs sensibilités diverses. « Par exemple, sur la Russie pourquoi ne pas demander à Angela Merkel, la missionner au nom de l’Europe, pour négocier avec les Russes. Non seulement, elle parle russe mais surtout elle a cette sensibilité nécessaire. »

(Maj) quelques précisions ont été apportées notamment sur le chapitre « Caucus ».

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Louis Gautier (PS) : reprendre le projet européen, penser, agir, restructurer européen

(crédit : Fondation Jean Jaures)

(BRUXELLES2, entretien, exclusif) La position du candidat François Hollande étant pour le moins elliptique sur les questions de défense européenne, j’ai cherché à en savoir plus avec un spécialiste au PS, Louis Gautier. Ancien conseiller pour la défense de Lionel Jospin quand il était premier ministre (1997-2002) puis directeur adjoint du cabinet du ministre de la Défense Pierre Joxe (1991-1993), il anime  le groupe « Orion » en charge des questions stratégiques et de défense à la Fondation Jean Jaurès et est membre du think tank proche du parti socialiste, Terra Nova. Pour lui, il n’existe pas de « baisse de la garde » du côté de la gauche sociale-démocrate française, au contraire. Louis Gautier prône ainsi un sursaut européen en matière de défense ; il faut penser européen, restructurer européen, agir européen, précise-t-il.

La défense européenne est plutôt la grande absente des dernières propositions du PS ?

Non. Il n’était pas possible de tout développer dans ce programme. Mais, pour nous, les questions d’Europe de la défense sont importantes, et prioritaires sur l’Otan. Ce n’est pas une question de préférer une institution à l’autre. Les querelles institutionnelles doivent appartenir au passé. Il existe en revanche un problème européen. On le voit sur la Libye, on le voit sur le retrait désordonné en Afghanistan, il n’y a pas de position commune des Européens, pas de capacités communes non plus, pas de rationalisation des équipements. Nous observons là un désarmement budgétaire réel qui pose problème aussi bien dans l’Otan que dans l’UE. Et paradoxalement cela survient où l’Otan devient de plus en plus une organisation européenne. Car les Etats-Unis s’en retirent un peu, considérant que le continent européen est désormais unifié, pacifié, stabilisé.

Cela veut dire aller plus loin sur la défense

Oui. Si l’Europe résiste à la crise de l’Euro et va vers une intégration politique, la logique est d’avoir une stratégie entre Européens. Une stratégie que Sarkozy a « saccagé », en cherchant à créer la division, en allant à l’ONU tout seul sur la Libye, pour affirmer le leadership français, en concluant aussi un accord avec le Royaume-Uni… Au lieu de jouer la convergence, on a recréé de la division.

Mais il y a eu une restructuration de l’industrie française ? 

Une restructuration « nationale » de l’industrie de défense a été entamée. Mais cela ne suffit pas, il faut jouer européen. Regardons notre industrie nationale. Pour Nexter les jours sont comptés. DCNS a un plan de charge qui peut tenir 4 ou 5 ans, mais après, on peut s’interroger. On doit reprendre le projet européen. C’est plus difficile, c’est plus complexe mais il n’y a pas d’autre voie. Le prochain quinquennat sera celui d’une restructuration européenne. Le véritable pari industriel c’est la reconquête du marché européen. Si on ne s’unit pas, on se fait la concurrence à l’export.

Penser européen, au niveau opérationnel également ?

C’est une nécessité. L’exemple de la Libye le prouve. Nous avions là une opération, à proximité des frontières (donc sans trop de problème logistique), pas trop compliquée, sans projection au sol. Et les deux grands leaders européens (France, Royaume-Uni) ont été incapables – y compris dans une coalition – d’avoir les éléments structurels, et ont dû se retourner vers les Etats-Unis. Pour simplement acquérir la maîtrise aérienne initiale, nous étions courts sur pattes. Et si les Européens continuent à faire leur programmation militaire, chacun seul dans son coin, cela risque de continuer… Le Royaume-Uni et France sont presque les seuls à pouvoir assumer les missions d’entrée en premier sur une opération ; ils seront encore plus seuls demain.

Travailler en commun, cela veut dire quoi

Plutôt que chacun fasse sa programmation, et annonce ses moyens au cas par cas, il y aurait une logique à avoir une programmation commune. Il faut relancer l’affectio societatis des Européens sur eux même, les écouter davantage, et ne pas faire de déclaration sur le perron du sommet européen. (Mais) Il faut aussi accepter qu’on ne fera pas tout avec tout le monde.

Se retirer de l’OTAN, non

La France avait une situation confortable jusqu’ici, quasiment dedans, mais avec une certaine autonomie…  La réintégration décidée par Nicolas Sarkozy a réduit cet avantage à néant. Mais se retirer maintenant, non, on n’a rien à y gagner. En revanche, il vaut mieux arriver uni (entre Européens) quand on va à l’OTAN. Ce n’est pas à l’OTAN, où on fait de la coopération politique, sous l’oeil des Etats-Unis, qu’on pourra se coordonner.

Comment répartir le travail …

Les deux organisations sont différentes. L’une est une Alliance militaire. L’autre est une Union politique. Ne faisons pas des questions institutionnelles un préalable. Il faut être pragmatique. Soit c’est une opération avec les Américains, on peut aller avec l’OTAN ; soit c’est une opération européenne on peut utiliser l’OTAN ou les moyens autonomes. (…) Pourquoi ne pas utiliser les structures de l’OTAN quand c’est nécessaire. Mais si c’est une opération européenne (portée par les Européens), il faut que les Européens en aient le leadership. Si on ne peut pas l’obtenir, on peut le faire / on doit le faire au niveau de l’UE, de façon autonome. Par exemple, il n’est pas nécessaire, pas possible, de reconstituer un pool d’Awacs (qui existe déjà à l’OTAN), mais ses moyens sont placés sous un commandement de l’Union européenne ou un commandement européen à l’OTAN, pour ses propres besoins.

C’est le système Berlin Plus ?

Non. Le système Berlin Plus n’a jamais vraiment fonctionné.  Il faut avoir le contrôle politique des opérations. L’Union a vocation à être une union politique avec un contrepoids démocratique, ce n’est pas le cas de l’OTAN. C’est une grande différence.

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Pourquoi la PSDC n’avance pas, pourquoi l’OTAN progresse ?

Pourquoi la PSDC n’avance pas, pourquoi l’OTAN progresse ?

Le siège de l'Otan, un soir de neige après la réunion des ministres de la défense, février 2012 (crédit : NGV/Bruxelles2)

(BRUXELLES2) Cette question – Pourquoi la PSDC n’avance pas, pourquoi l’OTAN progresse ? -, nombre se la posent. Et chacun a sa réponse. Un officier, qui connait bien les deux mondes, a fait part récemment de son analyse. Son propos peut être discuté, désapprouvé ; mais il a l’avantage de pointer le doigt sur une série de problèmes.

L’UE a nombre « d’atouts », explique-t-il : sa puissance économique (un quart du Pib mondial), ses 500 millions d’individus, son 1,62 millions de soldats (contre 1,4 pour les USA), le 1er rang mondial pour l’aide au développement… Elle dispose d’un nouveau traité de Lisbonne, qui a institué les instruments nécessaires (SEAE, la Coopération structurée permanente (CSP), la clause d’assistance mutuelle, la clause de solidarité). Elle a acquis une certaine « légitimité opérationnelle acquise par la conduite de 24 opérations militaires et civiles en dix ans ». Mais elle n’arrive pas à transformer l’essai, contrairement à sa voisine, l’OTAN « Autant la crise stimule l’OTAN et la presse pour proposer des solutions vers plus d’intégration, autant elle inhibe côté UE » explique-t-il. « Le vent souffle fort, les voiles sont affalées et le bateau PSDC est « à la cape ». Et notre interlocuteur de discerner au niveau européen ce qui ne va pas.

1° La crise de l’Euro

Elle « a un impact considérable sur les Etats-membres ». l’attention et l’énergie de nos chefs d’état et du gouvernement sont mobilisées par le règlement de la crise économique et financière. L’esprit de défense s’évanouit. Par précaution et facilité (les Etats membres) se résignent à un repli sur soi, certains même reviennent à un neutralisme qu’on croyait révolu, à l’abri de la défense collective par l’OTAN.

2° Le traité de Lisbonne

Il « change l’approche » de la politique étrangère de l’UE. L’action extérieure de l’UE « se cherche » entre communautaire et intergouvernemental. Les présidences tournantes sont limitées dans leur rôle d’impulsion et d’orientation. « Seuls des Etats membres de poids et solidaires peuvent encore donner cette impulsion indispensable à la PSDC. Mais il se heurte à l’inertie sceptique du grand nombre, au verrou britannique et au SEAE lui-même. Cela n’est pas suffisant. ».

Le SEAE

Le service européen d’action extérieure « ne joue pas encore son rôle de relais en ne s’étant pas approprié cette vision d’une défense commune à construire ». « Il souffre de tensions internes, de désorganisation et de procédures complexes et souvent paralysantes. L’ensemble constitue de nombreux rouages qui ne semblent pas « crampés » ensemble et ne produisent donc pas un mouvement cohérent. » En attendant, l’Union ne peut être au rendez-vous des crises, sauf exceptions mineures.  Remarquant « qu’il y a eu de graves erreurs de casting », l’auteur remarque cependant des améliorations. « Le secrétaire général, Pierre Vimont, est à la manœuvre pour réformer tout ça, rationaliser les processus et mettre en ligne tous les rouages. »

4° Des militaires inhibés

L’organisation souffre d’un faible nombre de militaires (200 en tout ), marginalisés et perçus comme étrangers à sa culture et à son projet. « Nous, les militaires n’avons pas su convaincre les hautes instances du SEAE de la nécessité d’un instrument militaire pour l’Union, ne serait-ce que pour compléter la gamme des instruments de l’approche globale. » Dans cette approche démilitarisée,  La Haute représentante n’est pas la seule, loin de là, à promouvoir une vision de « soft security » pour la PSDC et à n’évoquer les forces armées « qu’en soutien à l’assistance humanitaire ». La moindre évocation d’une idée d’opération militaire avec emploi des armes suscite des crispations. » « Le comble c’est que les militaires de la structure sont eux-mêmes « inhibés par les mises au défi de l’OTAN, prisonniers d’un principe de spécialisation au titre de la sacro-sainte « non-duplication », mal comprise, et rappelée tous les jours par les Britanniques : le militaire à l’OTAN, le civil à l’UE. »

5° Un manque de leadership

Le printemps arabe a constitué une « occasion manquée ». En loupant l’opération d’embargo maritime, en ne lançant pas l’opération de soutien militaire aux actions humanitaires.  « Il y a manifestement  à l’UE un manque de leadership, aussi bien côté des institutions bruxelloises que côté des Etats-membres. Et il y a eu manifestement un choix délibéré de plusieurs Etats-membres de bloquer toute initiative de la PSDC. » « Contrairement à l‘OTAN, il n’y a pas eu dans l’UE un pays comme les Etats-Unis, ou un groupe de pays, pas même un couple, capables d’assurer à eux seuls in fine le consensus par leur pouvoir d’influence. »

Et l’OTAN avance…

A coté, « L’Otan a du vent dans les voiles. Elle va bien et avance bien. (…) Avec un Secrétaire général dynamique, volontariste, qui a été Premier Ministre au Danemark pendant 7 ans et qui a une vision très politique de son rôle, la barre est bien tenue, fermement ». Elle progresse « par bonds successifs », ce sont les sommets, qui constituent chacun une étape politique très médiatisée. Chaque sommet compte un éclairage stratégique, une initiative capacitaire et une impulsion pour élargir (au moins) les partenariats  : Bucarest en 2008, Strasbourg-Kehl en 2009, Lisbonne en novembre 2010, Chicago en avril 2012. Mais le « principal facteur de légitimité » qui consolide l’Alliance, ce sont les opérations. » Afghanistan, Libye et smart défense constituent ainsi les vecteurs du développement de l’Alliance. NB : on peut y lire aussi en creux ce qui manque à l’UE : les sommets avec l’impulsion politique, les opérations, comme facteur de cohésion.

Faut-il perdre espoir ?

Non estime notre auteur. Il y a des potentialités. Simplement « l’UE n’a pas assez pris conscience de ses capacités et qu’elle n’a pas encore su les mettre en œuvre pour devenir un véritable acteur global au service de sa propre sécurité mais aussi pour baliser son avenir. » Quant à opposer une organisation à l’autre, ce serait une erreur, souligne-t-il, « L’OTAN et l’Europe de la défense sont une seule et même matière. Leurs destins sont liés, nous n’aurons pas l’une sans l’autre et il n’y a pas d’alternative. »

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La nouvelle bataille d’Ulm. Les Allemands cherchent à fourguer leur FHQ (Maj)

(BRUXELLES2) Malgré les belles paroles sur la nécessaire solidarité, les Allemands – comme à peu près tous les autres pays – cherchent actuellement à communautariser leurs dépenses militaires qu’ils n’arrivent pas à justifier sur le plan interne. Ils avaient un temps penser à proposer leur quartier général d’Ulm comme un FHQ (quartier général de force) à l’Union européenne. Ils l’ont en fait proposé à l’OTAN dans le cadre des projets de Smart Défense. Une proposition qui embarrasse quelque peu au siège de l’Alliance. D’une part, elle intervient à un moment où l’organisation atlantique cherche plutôt à diminuer le nombre de quartiers généraux permanents. Sont ainsi sur la sellette le QG maritime italien, le commandement de Lisbonne, et en partie le commandement aérien d’Izmir (mais ce n’est pas fait)…

Et surtout, l’utilité d’un tel « machin » peut être discutée. Si l’intérêt d’un quartier-général d’opération permanent est incontestable, car il permet de planifier en continu et également de ne pas laisser perdre les compétences ; en revanche, un QG de force permanent apparaît plus hypothétique. Qu’y-a-t-il de commun entre un QG de force en Afghanistan (IFAS), au Liban (FINUL) ou une opération anti-piraterie (Eunavfor)… ? Pas grand chose. Quel est l’intérêt d’avoir un FHQ permanent ? Plutôt nul, selon des officiers bien au fait des opérations. Le FHQ s’adapte plutôt pour une opération et se configure conformément au terrain. A cela, s’ajoutent chez certains Alliés, la peur de dépendre du Bundestag pour l’engagement du FHQ en opérations, pour un oui ou pour un non. A quoi servirait alors un FHQ condamné à rester… à Ulm. :-)

(maj) Un diplomate allemand a tenu à apporter un démenti que je publie car il apporte un contre-point utile au débat. « « Ulm » est conçu comme un « Multinational Joint HQ », justement pour éviter une « bataille d’ownership » entre les deux organisations. « Ulm » pourrait être offert dans un cadre opérationnel OTAN ou UE. Mais « Ulm » n´appartiendra ni a l´OTAN ni à l’EU. » Ce lecteur conteste également tout sous-entendu économique. « Il serait certainement moins cher – et plus facile! – pour l´Allemagne d`entretenir « Ulm » à titre national. »

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Les US restent engagés en Europe. Un peu…

Panetta visite la base de Ramstein avant son départ pour Münich (crédit : ministère US de la Défense / Petty Officer 1st Class Chad J. McNeeley)

(BRUXELLES2) A Münich, à la traditionnelle conférence « sécurité et défense », le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Leon Panetta, a martelé que la crise économique changeait la donne coté américain, avec notamment une réduction des dépenses, d’engagement militaire comme d’investissement. Mais il a aussi tenu à rassurer ses alliés européens sur l’engagement en Europe.

L’OTAN au coeur des alliances

« Je crois qu’aujourd’hui les réalités budgétaires et stratégiques offrent à l’OTAN l’opportunité de construire une Alliance dont nous avons besoin pour le 21e siècle, le noyau d’un réseau étendu de partenariats à travers le monde » assure-t-il. Parmi les concrètes preuves de l’engagement en Europe et dans l’OTAN, Panetta voit l’approche graduelle vers une défense anti-missiles européennes. « Les Etats-Unis vont installer des stations (anti) missiles en Roumanie et en Pologne, déployer quatre croiseurs à la Rota (Espagne) capable de détruire des missiles ballistiques, apporter une contribution majeure dans le financement du système AGS (Alliance Ground Surveillance) – avec des drones de reconnaissance, de surveillance et de renseignement Global Hawk ainsi que l’équipement de contrôle au sol. »

Une brigade pour la NRF de l’OTAN

Les Américains s’engagent également à mettre à disposition une brigade pour servir de contribution à la NRF, la force de réaction rapide de l’OTAN. « Les Etats-Unis avaient jusqu’ici approuvé la NRF mais n’avaient pas encore fait de contribution tangible à cause des obligations des guerres » explique le Secrétaire à la Défense.

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La Smart Défense, une pochette surprise, une illusion ! (De Maizière)

(B2) Dans une interview donnée au quotidien allemand Die Welt, Thomas De Maizière, le ministre allemand de la Défense, avertit de ne pas se faire trop d’illusion sur la Smart Défense, les projets de pooling and sharing de l’OTAN. « La Smart défense paraît à beaucoup comme une sorte de pochette surprise pour économiser de l’argent. C’est une illusion. Certains croient qu’ils auront alors une compétence gratuitement, qu’ils n’ont pas. D’autres se disent qu’ils vont recevoir l’argent des autres pour une compétence dont ils disposent. La vérité est la suivante: la Smart Défense ne permet pas d’économiser de l’argent, mais peut-être de réduire les dépenses futures. Donc, si j’ai un conseil, c’est celui là : tout essayer, mais tourner sa langue trois fois avant de faire de grandes annonces ! »

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L’AGS, le super drone de l’OTAN

(BRUXELLES2 au siège de l’OTAN) La réunion de Bruxelles des ministres de la Défense de l’OTAN aura été l’occasion pour les Alliés de décider la mise en place du dispositif dénommé AGS comme Alliance Ground Surveillance, permettant d’améliorer la capacité de surveillance et de reconnaissance aérienne. Un instrument « essentiel pour les opérations du futur » comme le souligne un responsable de l’Alliance.

Un des plus gros projets d’infrastructure de l’Alliance

L’AGS sera constitué de 5 drones HALE (Haute altitude, longue distance) RQ-4B Global Hawk, commandés depuis la base aérienne de Sigonello. Y seront concentrés les moyens de reconnaissance, surveillance et renseignement (JISR) comme le centre de formation d’exploitation des données (Nb: Une sorte de compensation pour les Italiens qui vont perdre un des quartiers généraux).

Ce dispositif sera financé par 13 des 28 membres de l’Alliance qui cotiseront au pot (Etats-Unis, Allemagne et Italie, pour les principaux pays (*) Français et Britanniques ne participeront pas directement au financement du dispositif. « Nous offrirons de la contribution en matériel » a précisé Gérard Longuet. Il s’agit ainsi des dispositifs d’acquisition et de surveillance, produits par les drones français. Les Britanniques utiliseront le même mode de contribution. « C’est un peu comme pour le système Awacs -  précisé à B2 un expert du dossier - Français et Britanniques ont leur propre capacité d’Awacs qu’ils mettent à disposition de l’Alliance. » Quant à l’Espagne, elle financera uniquement à hauteur de sa quote-part générale dans l’Alliance.

Le coût total de l’opération devrait se monter à 4 milliards de $, « un des programmes les plus couteux jamais entrepris par l’Alliance et un des plus compliqués technologiquement » se réjouissait un responsable de l’OTAN…  il y a quelques années.

Un projet ancien

On pourrait croire que ce projet ressort d’une des leçons retenues de l’opération par la Libye (Unified Protector) ; les Alliés participant à l’opération n’avaient pas de système de reconnaissance et surveillance et ont dû se reposer sur les Américains. En fait, si ce projet vient combler un des lacunes constatées, il remonte au début des années 2000 suivant un besoin déjà constaté par la conférence des directeurs d’armement. Au terme de deux années de réunions, un premier contrat avait ainsi été signé en avril 2005 avec le consortium d’industriels – l’Américain Northop Grumman, des industriels européens  (EADS, Thales, Galileo Avionica et Indra) et canadiens (General Dynamics Canada), réunis au sein du groupement TIPS (Transatlantic Industrial Proposed Solution). Le memorandum de programme (PMoU comme Programme Memorandum of Understanding) avait été signé en septembre 2009 Plusieurs études avaient suivi, notamment en 2009.

(*) ainsi que la Bulgarie, République tchèque, Estonie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Roumanie, Slovaquie, Slovénie.

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Les budgets de défense européens s’effondrent en 2011. Et 2012 ne sera pas mieux

Les budgets de défense européens s’effondrent en 2011. Et 2012 ne sera pas mieux

Les démonstrations de force risquent d'être limitées dans l'avenir (crédit : RAF / Ministère britannique de la Défense)

(BRUXELLES2) La baisse continue des budgets de défense en Europe depuis les années 2000 devrait encore s’accélérer en 2011. Selon les premières prévisions, effectuées par B2 avec les différentes données disponibles, le budget total pour l’UE-26 (*) s’établirait autour de 180 milliards d’euros. Un chiffre à comparer au montant de 194 milliards € constatés pour 2010 par l’Agence européenne de Défense de 194 milliards. Soit une baisse de 6-7% en moyenne. Des chiffres qu’on ne peut cependant pas confirmer à l’Agence européenne de défense, les résultats annuels étant communiqués plus tard.

Mais, selon les premiers indices, cette tendance n’est pas prête de s’inverser en 2012. Tout au plus peut-on espérer la stabiliser à l’horizon 2014. Tous les pays européens ont entamé, en effet, soit des réformes de structure ou de format (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Finlande, Pologne…) qui s’étalent sur plusieurs années ; soit contribuent à l’effort budgétaire général (Grèce, Italie, Espagne, Portugal, Irlande, France, …) ; soit les deux (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie…).

Pour 2012, les premiers chiffres laissent illustrer d’autres coupes. L’Italie prévoit ainsi de supprimer 1,45 milliard € pour 2012, et envisage des coupes identiques pour 2013 et 2014. La Grèce a baissé son budget en 2011 à moins de 5 milliards €, et prévoit un budget aux alentours de 4 milliards € pour 2012. Ce qui n’est pas suffisant selon la troika européenne qui réclame des efforts supplémentaires notamment dans le budget de défense. On pourrait croire que ces coupes n’affectent que les pays en difficulté, endettés. Que nenni. Au nord de l’Europe, les pays moins affectés par la crise de la dette et la crise économique ne sont pas épargnés par cet effort de « rationalisation budgétaire » La Finlande a ainsi prévu un budget en baisse pour 2012 de 90 millions €. Etc. Les Pays-Bas comptent économiser plus d’un demi-milliard : 400 millions par application de l’accord de coalition auxquels s’ajoutent 173 millions de réorganisation interne ; au programme diminution du nombre d’unités, . Seule, en fait, la Suède a décidé d’augmenter son budget pour les années à venir.

Un suicide collectif

Dans un espace de moins de dix ans (2006-2014), l’Europe pourrait donc avoir réalisé une réduction plus drastique de l’ordre d’un tiers de ses budgets de défense, selon nos estimations corroborées par celles d’experts du dossier. Soit un effort proportionnel supérieur à celui engagé aux Etats-Unis (même si les montants ne sont pas les mêmes). Mais dans le désordre, sans concertation, ni planification, ni organisation… Un vrai suicide collectif en quelque sorte. Puisque cette décroissance est non seulement quantitative et qualitative.

(*) 26 Etats membres sont membres de l’agence européenne de Défense (les « 27″), sauf le Danemark.

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Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

La salle du conseil européen (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le constat était clair. A écouter nombre des interventions des responsables européens, industriels ou politiques réunis pour la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense, hier (31 janvier) ) Bruxelles, le constat semble clair. On arrive à une impasse sur le « pooling and sharing » s’il n’y a pas une impulsion politique supplémentaire, venue du haut. Le constat a été posé, les réflexions ont été menées, les premiers projets présentés… Mais comme l’a résumé Olof Skoog, qui préside le COPS, le comité politique et de sécurité, « l’approche bottom up (*) va avoir des limites ». Il avait auparavant expliqué que « notre rôle au COPS est de garder le momentum, d’envoyer un message aux capitales, de pousser à un débat stratégique sur les capacités. » Et cela ne suffit pas apparemment…  Il faudra bien à moment donné que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se saisissent de la question pour, sinon débattre en profondeur de ce thème, au moins donner un signal qui pourra ensuite être décliné dans chaque capitale, au sein des gouvernements, des administrations et des Etats-Majors. Si personne le revendique ostensiblement, c’est un fait qui ne peut être passé sous silence.

Des blocages multiples

On peut bien sûr imputer les blocages, lourdeurs, forces d’inertie dans les hiérarchies intermédiaires. On peut invoquer également que toutes les administrations sont bousculées par les différentes coupes budgétaires, qui interviennent parfois plusieurs fois par an, et ne permettent pas de prévoir au-delà de quelques mois ce qui peut se passer. Il y a également le calendrier électoral dans de nombreux pays ou la faiblesse des gouvernements dans d’autres. On peut aussi observer que l’agenda des chefs d’Etat et de gouvernement s’est jusqu’ici (depuis 4 ans !) focalisé sur quelques points : le sauvetage des banques d’abord, de la Grèce ensuite, l’endettement et la surveillance budgétaire après en passant par la régulation financière. Mais on peut aussi remarquer que le mot « croissance économique » a commencé à faire irruption aux cotés de ces préoccupations toutes financières, figurant officiellement ainsi en tête des préoccupations des 27 lors du dernier sommet, le 30 janvier. Comme l’a expliqué alors à B2, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg: « Nous pensons tous que la consolidation des finances publiques est importante, car il n’y aurait avoir de croissance sans considération des finances publiques. Mais maintenant nous admettons que les politiques d’emploi et croissance doivent venir compléter cette politique ». Autrement dit, les esprits semblent plus mûrs. L’inscription à l’ordre du jour de la question de Défense s’impose a priori.

C’est rationnel

Interrogée par B2, lors de cette réunion, le 31 janvier, la présidente de l’Agence européenne de Défense, Claude-France Arnould, s’est voulue prudente sur ce point — « Ce n’est pas à l’EDA de le dire » —, ne souhaitant pas déborder de son rôle. Mais elle n’a pu s’empêcher de reconnaitre que la nécessité était là : «c’est rationnel. » « C’est vraiment aux Chefs d’État et de gouvernement de se prononcer. (…) Il y a quasiment toutes les raisons que ce sujet monte au niveau européen. » Dans des domaines « aussi sensibles » pour déclencher la coopérations, il faut une « impulsion au plus haut niveau » a-t-elle expliqué, prenant en exemple le traité franco-britannique de Saint Malo. Certes « Tous les gouvernements sont aujourd’hui sous contrainte budgétaire ». Des contraintes prises en compte.  Mais les chefs de gouvernement « vont avoir une discussion aussi sur la croissance. L’industrie de défense constitue un important levier de croissance. C’est un moteur technologique (qui représente) de l’emploi, de l’investissement, de l’exportation…».

Le moment est opportun

Quant à la date, « Si ça pouvait être avant Chicago, ce serait bien sûr bienvenu… », a conclu CF Arnould. Cela peut paraitre difficile avec la contrainte de calendrier actuel qui pèse actuellement sur les 27, le prochain sommet formel étant prévu pour le 1er mars. Mais les sommets européens deviennent aujourd’hui monnaie courante. Et le moment paraît plus qu’opportun. A Herman (Van Rompuy) de jouer maintenant…

Lire aussi : Une informelle défense, quand même, au 1er semestre, mais à Bruxelles

(*) Cette approche consiste à pousser des projets – par le bas – venus des différents Etats majors pour essayer de faire rencontrer les besoins, de proposer des projets aux responsables politiques pour permettre ensuite leur mise en oeuvre.
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Une informelle défense, quand même, au 1er semestre, mais à Bruxelles

(BRUXELLES2, exclusif) « No« . Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE, a répondu, poliment mais fermement non, à la proposition chypriote d’organiser une réunion informelle des ministres de la Défense au premier semestre (durant la présidence danoise). Depuis le Traité de Lisbonne, la conduite de la politique de défense et de sécurité commune est du ressort de la Haute représentante et non de la présidence tournante, explique-t-elle en substance, selon les premières informations recueillies par B2. Et ce n’est pas le job d’une présidence tournante de la réunir, surtout celle dont ce n’est pas le tour de l’organiser.

Réunion le 18 avril ?

Il pourrait cependant y avoir une réunion informelle, à Bruxelles. Ce pourrait, le 18 avril, avant le sommet de Chicago. Une réunion qui serait alors orientée sur « le long terme stratégique, notamment sur les capacités ». Organiser la réunion dans la capitale européenne a effectivement beaucoup d’atout, à la fois pratique et politique. Mais cela fait perdre, à mon sens, beaucoup l’aspect informel et un peu l’intérêt de cette réunion. Son objectif n’est en effet pas tant de rassembler chacun autour d’une table, avec un horaire, et un agenda, mais justement de pouvoir casser les habitudes, en réunissant tous les ministres dans un même lieu (hotel et petit déjeuner compris), si possible un peu inhabituel, avec des horaires souples, de façon à chasser le ton officiel, de permettre toutes les conversations. C’est dans des conversations au petit déjeuner, au gouter ou à l’apéritif voire au digestif que peuvent s’esquisser les compromis ultimes, les idées intéressantes ou les projets nécessaires pour le futur. A défaut d’autre pays pour héberger cette réunion, on pourrait la tenir au vert, dans un castel à Dinant, ou au bord de la mer, par exemple, sur une plate-forme off shore, ou dans une péniche, voire dans une caserne… Pourquoi pas Beauvechain. Vite, une idée Mr De Crem !

Lire aussi : L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

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L’intérim de Beauvechain : mission accomplie

(BRUXELLES2) Ouf  ! peut-on se dire à Beauvechain. L’accueil d’une vingtaine d’avions gouvernementaux venus pour le Sommet européen sur cette base aérienne militaire, située à une quarantaine de km de Bruxelles, s’est déroulé « sans problème ». La grève générale en Belgique paralysait, en effet, le principal aéroport du pays, situé à Bruxelles, Zaventem ou Melsbroek (selon qu’on parle de l’aéroport civil ou militaire). Du coup, la seule solution pour permettre aux officiels d’arriver à temps à Bruxelles, sans trop de difficulté, a été de réquisitionner cette base militaire, d’ordinaire dévolue aux avions de chasse. « Malgré le fait que cet aérodrome ne dispose que d’une seule piste pour les décollages et les atterrissages, toute l’opération s’est déroulée sans aucun problème » explique un communiqué de la défense dressant le bilan de l’opération.

Au total, 20 avions transportant des délégations gouvernementales pour le sommet européen ont été déroutés vers cet aérodrome militaire. 17 appareils ont quitté la base aérienne de Beauvechain dès lundi (30 janvier) et les autres l’ont quitté ou la quitteront dans le courant de la journée de mardi (31 janvier). Les Chefs d’Etats – comme le Président français Sarkozy, le Premier Ministre britannique Cameron et la Chancelière Merkel – ont fait ensuite le trajet séparant Beauvechain et Bruxelles par la route.

Le contrôle du trafic aérien pour les arrivées et les départs a été assuré par la Défense. Pas moins de 200 militaires, basés à Beauvechain ou Melsbroek (Zaventem), ont été réquisitionnés pour assurer la sécurité, le contrôle du trafic aérien et le « handling » (assistance aéroportuaire).  Coût de l’opération : environ 100.000 Euros, comprenant la location de transports civils pour la mise en place du matériel, la location d’équipements supplémentaires (par exemple : les passerelles pour accéder aux avions), les prestations du personnel et l’appui médical. Ils « seront remboursés à la Défense ».

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