Les premiers S400 arrivent en Turquie

(B2) Un Antonov 124-100 des forces russes a livré vendredi (12 juillet) les premiers éléments du système de défense anti-aérienne S400 à la Turquie.

(crédit : MOD Russie)

Une livraison faite avec tambours et trompettes côté russe. Le ministère russe de la Défense n’était ainsi pas peu fier d’annoncer cette livraison à un des principaux membres de l’Alliance atlantique « dans le cadre du respect des obligations contractuelles ».

(NGV)

Frappe militaire en Syrie. Quelques ratés dans l’envoi des missiles

(B2) La ministre des Armées Florence Parly a refusé vendredi (20 avril) de commenter les informations de presse faisant état d’aléas techniques expérimentés par les armées françaises lors des frappes occidentales en Syrie, qui auraient empêché de tirer autant de missiles que prévu.

Pas de commentaire sur des informations classifiées

« Je n’ai pas l’intention de commenter les performances de tel ou tel système d’armes, ces informations, qu’elles soient vraies ou fausses, sont classifiées, je ne les commenterai pas », a réagi la ministre sur France Bleu Provence. « Nos objectifs ont été atteints et nous n’avons rien à ajouter concernant la performance des systèmes d’armes », a-t-elle fait valoir. L’état-major des armées, contacté vendredi, n’est naturellement pas plus prolixe: « L’effet militaire a été atteint. Nous ne commentons pas les détails de la planification opérationnelle ».

Un Scalp manquant

Lors des frappes, Paris a annoncé avoir tiré douze missiles de croisière (9 depuis des Rafale, 3 depuis une frégate) sur la centaine ayant visé la Syrie dans le cadre de ces frappes. D’après le blog Le Mamouth, suivi par d’autres médias, un Rafale n’a pas réussi à tirer l’un des dix missiles Scalp devant être lancés depuis les airs par les avions français.

NB : en général, les Rafale sont équipés de deux missiles qui sont tirés en même temps. Le chiffre de 9 tirs, assurés par 5 Rafale, annoncé officiellement, était donc assez étrange. Le missile a finalement été largué en mer.

Et un raté maritime

En parallèle, d’après la Lettre A, et plusieurs autres confrères, la marine aussi connu quelque soucis avec ses missiles. La frégate Aquitaine qui devait assurer les premiers tirs a connu un raté au lancement et n’a pu assurer sa mission. C’est la frégate Languedoc qui a dû prendre le relais, pour assurer le lancement de trois missiles de croisière navals (MdCN).

NB : un raté qui n’a pas vraiment entravé la mission générale. Ce type de ratés est courant dans des missions de frappes. D’où en général, une planification assez large en termes de nombre de missiles envoyés sur les cibles. En l’occurrence, avec 103 missiles sur trois « petits » objectifs, les alliés avaient prévu très, très large !

Une première utilisation opérationnelle

C’est la première fois que la France employait ce type de missile, d’une portée de 1.000 km, rejoignant ainsi le club fermé des pays disposant, comme les États-Unis et la Russie, de missiles de croisière embarqués sur des bâtiments de surface. « Pour la première fois, sans moyens amphibies, sans forces spéciales, sans porte-avions, avec les frégates notre pays dispose d’un missile qui peut toucher des installations en profondeur sur les territoires adverses », a déclaré à l’AFP le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck,

Une capacité unique en Europe

« A l’intérieur de l’Union européenne, la France est la seule à disposer de cette capacité » a-t-il ajouté. « Les objectifs ont été touchés. C’est une première démonstration opérationnelle de l’efficacité du système. Néanmoins on a toujours une expérience à retirer de l’ensemble du processus, c’est ce qu’on va faire dans les semaines qui viennent », a-t-il ajouté, sans plus de détails.  Ces missiles de croisière navals sont appelés à équiper prochainement les sous-marins nucléaires d’attaque français Barracuda, dont le premier exemplaire doit entrer en service en 2020.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec AFP et Romain Mielcarek, à Paris)

Article complété le 22.04

(B2 Pro) N°39. Le bouclier anti-missiles de l’OTAN

(B2) L’OTAN a fait de la défense antimissile, sous impulsion américaine, une de ses priorités pour protéger le territoire des Etats membres comme ses forces déployées sur le terrain. Pour l’Alliance, la prolifération des missiles balistiques dans le monde représente « une menace croissante pour les populations, le territoire et les forces déployées des pays […]

Visitez Moscou, ses monuments et… ses lance-missiles

zoom sur l’affiche campagne d’Aeroflot

(BRUXELLES2) Quand l’Aeroflot se pique d’une campagne publicitaire pour attirer le chaland sur ses lignes pour découvrir Moscou, elle n’utilise pas n’importe quel argument.

Plusieurs placards ont ainsi fleuri récemment dans les lieux publics, notamment le métro bruxellois. Et, ainsi qu’on peut le découvrir avec un oeil exercé – comme l’a remarqué mon collègue Georgi Gotev d’Euractiv (lire sur son blog en anglais) – , on aperçoit que les rues sont vides et que les véhicules circulant sur les quais de la Moskova en contrebas du Kremlin, ne sont pas tout à fait des véhicules ordinaires, encore moins des cars de touristes. On est plus proche de lances-missiles Sol-Air montées sur véhicules blindés, type Iskander ou S 300.

2e zoom sur l’affiche campagne d’Aeroflot

Une manière subliminale sans doute de vanter la sûreté des vols Aeroflot, ou les différents intérêts qu’il y a à visiter une ville « d’art et d’histoire » – comme on dit dans les bons guides touristiques – doublée d’une solide expérience militaire. En tout cas une campagne publicitaire qui ne passe pas inaperçu à deux pas des sièges des institutions européennes !

 

Russie et Finlande : la guerre des mots, sur fond arctique

Exercice de tir de missile sol air, entre Finlandais et Norvégiens (crédit : Nordefco)

(BRUXELLES2) Alors que le gouvernement finlandais n’a toujours pas opté sur une adhésion à l’OTAN, la Russie vient de dire, de façon claire et nette, « Niet » à cette possibilité, si d’avance elle se concrétisait. Pour le général Nikolai Makarov, le commandant des forces de défense russe, une telle adhésion représenterait une « menace pour la Russie ».

Un danger pour la Russie, la Finlande ?

« La participation de la Finlande aux exercices de l’OTAN prouve que la Finlande s’implique de plus en plus dans le cercle des activités de l’OTAN. Dans certaines conditions, cela pourrait même causer un danger militaire pour la sécurité de la Russie », a affirmé le général dans son allocation devant l’Association des stagiaires de défense nationale à l’Université… d’Helsinki début juin, rapporte la presse finlandaise. Il pointe notamment du doigt les exercices de la défense nationale finlandaise à proximité de la Russie.« On peut se demander contre qui on s’apprête à combattre », s’interroge-t-il. Makarov n’est pas avare de déclarations tonitruantes. Ainsi début mai, lors d’une conférence sur la défense anti-missile à Moscou, il n’avait pas hésité à estimer que « Compte tenu du caractère déstabilisant du bouclier antimissile européen (…) la décision de porter une frappe préventive (…) pourrait être prise (par l’État-major russe) si la situation devait s’aggraver ».

La crainte de voir la Finlande se rapprocher de l’OTAN

Selon Charly Salonius-Pasternak, le chercheur de l’Institut finlandais des relations internationales, spécialisé dans les questions de sécurité, ces propos du général Makarov ne sont pas totalement inopinés. « Sa proximité avec le coeur du Kremlin laisse à penser que ce qu’il dit n’est pas contre ce que le Kremlin pense, même s’il a utilisé ses propres mots » a-t-il confié dans un échange avec B2. Et le chercheur de lire ainsi le message russe. Au-delà des exercices, « c’est le niveau actuel de la coopération avec l’OTAN, sur l’Arctique notamment, (qui) est problématique pour la Russie. Bien que Makarov ne le mentionne pas explicitement, on peut considérer qu’il fait référence à des discussions sur la Finlande et la Suède pour participer à la surveillance de l’espace aérien islandais. »

Un avertissement qui vise la neutralité de l’Arctique et au-delà les Etats-Unis

Si pour les Finlandais (et les Suédois), cette participation ressort plutôt de la coopération nordique, « parfaitement en ligne avec des efforts plus larges des pays nordiques en matière de défense (NORDEFCO), et comme un forum de coopération bénéfique pour leur propre sécurité », pour les Russes il parait en aller autrement. « Makarov a également déclaré que la coopération nordique (surtout dans les régions arctiques) était problématique. » La Russie considère ainsi plutôt « l’espace aérien islandais de surveillance comme un projet de l’OTAN. Et la Russie s’inquiète ainsi de ce que « NORDEFCO amènera la Suède et la Finlande à coopérer encore plus intensément avec l’OTAN ». de fait ce n’est pas la Finlande en soi qui est « une menace pour la Russie », mais sa « coopération accrue avec l’OTAN » qui pourrait rendre la situation plus difficile pour la Russie. De façon générale, on assiste là à la réitération d’une position russe classique, visant plus largement l’OTAN et les États-Unis, et leur « désir de ne pas militariser l’Arctique, et que l’approche ‘phasée’ de l’OTAN dans la défense antimissile balistique n’est pas acceptable pour la Russie. »

Le bouclier anti-missiles en version « intérim » (maj)

(BRUXELLES2 à Chicago) C’est fait ! Les Alliés ont pu déclarer à Chicago la capacité « intérimaire » pour le bouclier anti-missiles déployé sur le territoire européen. Un bon succès pour Barack Obama sur son sol. Un important travail en amont avait été engagé au niveau des experts, des ambassadeurs et des Ministres pour avoir un premier accord sur l’aspect financier du dispositif comme sur une partie de l’aspect opérationnel, notamment les règles d’engagement. Mais il n’a pas été possible d’aller plus loin. Et les discussions vont continuer pour arriver au second stade, la capacité « initiale ».

Un instrument complémentaire, défensif, non dirigé contre la Russie

Il est bien précisé, selon la déclaration publiée dimanche (20 mai) à l’issue de la réunion des Chefs d’Etat et de gouvernement que la défense antimissile (DAMB pour les intimes!) peut venir « compléter le rôle des armes nucléaires dans la dissuasion mais elle ne peut pas s’y substituer ». Cette capacité est « purement défensive et est mise en place à la lumière des menaces provenant de l’extérieur » de la région euro?atlantique. Les capacités de défense antimissile de l’OTAN devraient « compliquer les plans d’un adversaire et limiter les dégâts ». Une défense antimissile efficace pourrait « aussi offrir un instrument utile à la décision en période de crise ». À l’instar des autres systèmes d’armes, les capacités de défense antimissile « ne peuvent garantir une efficacité totale et pérenne ». Mais, « de pair avec des forces nucléaires et conventionnelles efficaces », elle montre la « détermination (de l’Alliance) à assurer la dissuasion et la défense contre toute menace pour la sécurité et la sûreté de nos populations ».? Précision ultime : « La défense antimissile de l’OTAN n’est pas dirigée contre la Russie ; elle n’a pas non plus la capacité de porter atteinte à la dissuasion stratégique russe. » Et l’Alliance de répéter « dans un esprit de réciprocité, de transparence maximale et de confiance mutuelle, » vouloir chercher « activement à coopérer avec la Russie dans le domaine de la défense antimissile » comme avec les pays tiers « déterminés au cas par cas ».

Financement en commun

Ce qui semble acquis aujourd’hui, c’est que les Alliés ne financeront en commun qu’une seule chose : le surcoût pour passer du C2 (le système de commandement et de contrôle) du dispositif antimissiles de théâtre (qui a déjà été agréé au sommet de Prague) à un C2 antimissiles de territoire. Le dispositif total coûtait environ 928 millions d’euros, dont un peu moins de 800 millions ont déjà été sinon financés, du moins engagés (au titre de la défense de théâtre). Pour être précis, 150 millions d’euros ont déjà été dépensés par l’OTAN et 650 millions environ doivent l’être dans les prochaines années. Le bouclier anti-missiles représente ainsi un surcoût de 200 millions d’euros, à répartir entre les 28 alliés selon les règles habituelles de financement sur une dizaine d’années. Si on prend en compte la clé de répartition fixée pour 2011, cela devrait faire environ 22 millions d’euros pour la France, soit environ 2 millions d’euros par an.

Et moyens en nature

C’est une « infime » partie du coût global de l’ensemble. Le bouclier tout compris « pèse » au moins quelque milliards de $, supportés en grande partie par les Américains : mise à disposition de navires – frégate « Aegis » (dotée d’un système de combat Aegis) qui pourraient être basés en Espagne, présence d’un radar américain d’alerte en Turquie, intercepteurs basés en Pologne et en Roumanie…

Quelques pays fournissent également des moyens « en nature ». La France devrait ainsi fournir ou mettre à disposition des moyens d’alerte avancée qui n’ont pas été spécialement développé pour la défense anti-missiles mais pour la dissuasion ou le renseignement : un radar transhorizon, terrestre, encore en développement (à l’Onera) et des moyens satellitaires sur la base du démonstrateur Spirale (entre 2009-2011). Les Pays-Bas et l’Allemagne devraient aussi participer en nature. Le premier a décidé de rénover 4 frégates avec des radars de défense anti-missiles tandis que le second a mis à dispostion les systèmes de défense anti-missiles Patriot. D’autres pays n’envisagent pas, en revanche, d’y participer. Il en est ainsi de la Belgique. « Nous ne participerons pas directement au bouclier anti-missiles, autrement que par le financement en commun » a ainsi précisé Didier Reynders lors d’une conférence de presse, ajoutant ironiquement « je n’ai pas senti de menace particulière suscitant la convocation d’un kern » (un conseil des ministres restreint).

Zone de couverture

La défense anti-missiles dans sa version « intérimaire » ne couvrira qu’une faible partie de l’Europe, la bordure sud-est : Turquie, Roumanie, Bulgarie, et une partie des Balkans. En gros, une capacité correspondant à la menace telle qu’elle est définie. C’est-à-dire celle de l’Iran, même si ce pays n’est à aucun moment désigné (mais c’est un secret de Polichinelle) qui ne dispose pas encore d’armes à longue portée pouvant menacer tout le territoire européen selon les experts. La capacité initiale (IOC) devrait être atteinte entre 2016 et 2018 et la capacité pleine (FOC) à l’horizon 2018-2020.

Règles d’engagement

Les règles d’engagement ont été agréées, avant le sommet de l’OTAN, entre ambassadeurs. « On ne peut pas se permettre de réunir un NAC (le conseil de l’Alliance Atlantique) et d’attendre une décision politique » a ainsi précisé à quelques journalistes (dont B2) un diplomate de l’Alliance. « En cas de tir d’un missile, il n’y a que quelques minutes pour réagir et intercepter celui-ci ». Il y a donc une « délégation d’autorité aux militaires, avec fixation d’un cadre strict sur la manière dont on délègue, précisant dans quels cas on tire, avec un degré de délégation variable selon la période de crise ». L’objectif est « que la marge d’appréciation des militaires soit aussi faible que possible, avec l’exécution de plans prédécidés ». Ensuite, « savoir qui appuie sur le bouton : la nationalité compte peu quand les règles sont prédécidées ». Une précision pas inutile. Car c’est, en effet, l’amiral US Jim Stavridis, commandant en chef des forces alliées en Europe (SHAPE), qui aura la main sur le bouton. Puisque les alliés ont décidé de le nommer chef de la défense anti-missiles.

(maj) précisions sur les coûts et les Etats participants

Télécharger le texte de la déclaration « Revue de la posture de dissuasion et de défense » (OTAN 20 mai 2012)

La position française sur le bouclier anti-missiles, prudente réticence

Le Command et Control, centre nerveux du bouclier anti-missiles, et objet de toutes les attentions des Français

(BRUXELLES2 à Chicago) La position française sur le bouclier anti-missiles, mis en place par l’OTAN (à la demande des Américains), a évolué au fil du temps. De très réticente, au début du projet, cette position est devenue moins hostile au fil des années, estimant que défense anti-missiles était complémentaire de la dissuasion nucléaire. Mais il y encore des résistances, des réticences qui ne s’expriment pas qu’à gauche. Avant de céder ses fonctions, Gérard Longuet, le ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy avait ainsi souligné – devant quelques journalistes dont B2 – que tout ne pourrait pas être réglé à Chicago. « Il y a toute une série de questions qui ne pourront pas être réglées à Chicago, en l’état de l’art, de la technologie, et des finances. » A commencer par celle des déchets. « Que se passe-t-il avec les débris et déchets d’un missile intercontinental détruit sur le territoire européen pour protéger le territoire américain » ? De façon plus générale, il avait aussi exprimé certaines réticences sur ce bouclier anti-missiles, « ce mythe de la protection absolue » qui existait déjà « avec la guerre des étoiles » et existe toujours. La « défense de théâtres d’opération contre des missiles à courte portée est en partie plausible (tandis que la défense de territoires contre des missiles à longue portée reste hautement problématique ». Et de conclure par un plaidoyer en faveur de la dissuasion nucléaire : « le rapport coût rendement justifie pleinement le choix français de la dissuasion. Ce qui évite de le faire payer à un prix trop élevé. »

Les 4 conditions posées par la France

François Hollande, comme auparavant son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, ont repris à Chicago, à leur compte certaines des préventions françaises. Le Président de la république a ainsi résumé, dimanche en fin d’après midi (heure de Chicago), les quatre conditions posées par la France : 1° La défense anti-missiles « ne peut pas être un substitut à la dissuasion nucléaire mais un complément » (NB : une tradition française qui figure dans la déclaration adoptée) ; 2° il doit y avoir un « contrôle politique de son utilisation. Nous aurons y à travailler » (NB : il s’agit essentiellement des règles d’engagement qui ont été approuvées pour la capacité intérimaire avant la réunion) ; 3° il importe que « nos industriels soient directement intéressés » ; 4° il doit y avoir une « maitrise des coûts pour qu’il y ait pas une dérive financière qui serait insupportable pour le budget de l’Alliance ».

La France donne son quitus au bouclier anti-missiles

François Hollande a ajouté un cinquième principe : « Il ne peut pas être question que des pays se sentent menacés par cet dispositif anti-missiles, je pense notamment à la Russie. Le dialogue avec la Russie doit donc être maintenu ». Et de conclure « Sur ces 4 conditions, le communiqué final nous donne satisfaction ».

Commentaire : même si le nouveau président français a crédité à son compte le succès de l’entreprise, on ne peut dégager entre la gauche et la droite française de grandes différences d’approche. Sur ce point, la position française est restée plutôt identique.

Entre l’OTAN et la Russie, un jeu apaisé ?

(BRUXELLES2) Ce n’est pas encore l’amour fou ni l’amitié solide. Mais entre la Russie et l’Alliance Atlantique, le temps des apostrophes publiques et des mots durs semble derrière… jusqu’à la prochaine fois. Avant la réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l’Alliance (jeudi 19 avril), plusieurs échanges téléphoniques ont eu lieu, notamment entre Rasmussen et Lavrov. Ce qui « donne à croire – selon un diplomate occidental – que les Russes veulent gérer de façon (plus) pragmatique leur relation avec l’OTAN ». Le temps des invectives, des grandes sorties médiatiques semble terminé, du moins pour le moment. Le ton semble différent de ce qu’on a entendu « pendant la campagne » confirme notre interlocuteur.

Le fait qu’il n’y ait pas de sommet Otan-Russie à Chicago est même plutôt un bon signe, selon notre interlocuteur. Tout le monde (les 29 – 28 de l’Otan + Russie) ont jugé que ce n’était pas opportun d’avoir un sommet Otan-Russie à Chicago ; la Russie ne l’a pas demandé ou n’a pas commenté publiquement qu’il ne se tenait pas. Bref, c’est profil bas dans les dissensions. On ne semble plus ainsi au temps où Elstine faisait faire demi-tour à l’avion de Primakov, le Premier ministre se dirigeant vers Washington, pour protester publiquement contre l’intervention au Kosovo.

Projets de coopération avec les Russes

Les différences continuent certes d’exister entre les deux parties : sur le bouclier anti-missiles notamment. « Elles ne vont pas se réduire du jour au lendemain. (Mais) cela n’empêche pas d’avancer sur d’autres sujets ».

Sont ainsi au programme : la lutte contre le terrorisme, contre la piraterie, des projets de coopération technique comme la lutte contre les engins explosifs en milieu ouverts, l’initiative sur les avions renégats (pris en otage). Et surtout le transit en Afghanistan, point vital pour les Alliés dans la phase de retrait, avec la mise en place d’un hub multimodal à Oulianovsk. Sur ce sujet, on semble bien avancer. Et le projet, malgré les critiques émises en Russie par les nationalistes ou communistes, semble bien parti. Il est d’ailleurs défendu par Poutine lui-même, selon l’AFP, comme il l’a expliqué devant les députés de la Douma. « Nous comprenons ce qui se passe en Afghanistan, n’est-ce pas ? Nous voulons que la situation y soit sous contrôle. (…) Nous ne voulons pas que nos soldats combattent sur la frontière tadjiko-afghane » (le  Tadjikistan est lié à la Russie par un accord de coopération). En Afghanistan, « L’Otan et la communauté internationale y sont présentes. Que Dieu les garde ! Qu’elles travaillent !. »

Proposition sur le bouclier anti-missiles

Des propositions ont été faites aux Russes pour tenter de réduire les divergences sur le bouclier anti-missiles. Les Etats-Unis ont proposé que les Russes participent à tous les essais anti missiles – en déployant leur matériel qu’ils veulent. Ils ont proposé également qu’un centre conjoint d’alerte avancé, « géré à 29 » (otan + Russie), soit installé en Russie et nourri par les Russes — ce qui serait un « gain pour les Russes en termes de transparence et pour les alliés en termes d’information » — et la mise en place d’un centre de coordination d’interception pour les vols de missile. Ce ne serait pas un centre commun (comme proposé par Medvedev à Lisbonne) ; il s’agit bien d’une coordination de « deux systèmes indépendants » : les Alliés interceptant les missiles sur leur territoire Otan ; les Russes sur leur territoire — . « Pour l’instant, les Russes l’ont refusé, ils continuent de prôner leur solution ». Mais, du côté Otan, on espère, on « attend une évolution des Russes » sur ce point.

Lire aussi : L’Otan en pourparlers avec les Russes pour augmenter les capacités de transit

La divergence entre l’Otan et la Russie persiste sur le bouclier anti-missiles

(crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Entre les Russes (à gauche) et l’OTAN (à droite), l’ambiance n’était pas à la fête aujourd’hui lors de la réunion du Conseil Otan-Russie. Et la distance autour de la table illustre bien la divergence d’appréciation sur la faisabilité du bouclier anti-missiles. Même le bouquet de fleurs n’y a rien fait…

Deux systèmes indépendants pour l’OTAN, un seul système pour les russes

Anders Fogh Rasmussen s’est cependant voulu rassurant, mercredi soir, en venant s’expliquer devant la presse. « Le missile n’est pas dirigé contre la Russie. Nous ne considérons pas la Russie comme une menace tout comme l’OTAN ne peut être considérée comme une menace par la Russie. » a -t-il expliqué en affirmant rechercher « une vraie coopération » avec la Russie. Mais l’OTAN promeut toujours la solution de « deux systèmes indépendants avec un même objectif, un système qui échange des informations de façon plus efficace entre le territoire de l’OTAN et le territoire russe. » a-t-il rappelé. Là où les Russes voudraient un seul système de bouclier pour les deux territoires.

Les Russes menacent : faute d’accord, restera à développer les forces nucléaires

Le ministre russe de la Défense, Anatoli Serdioukov, n’a donc pas hésité à parler de « divergences substantielles » entre les partenaires, selon mes collègues de Ria Novosti. Les points de frictions portent sur l’essentiel : « en premier lieu, les garanties appelées à exclure la possibilité d’utiliser le bouclier européen pour intercepter les missiles intercontinentaux russes » et le second point de désaccord est de « définir l’aspect et l’architecture du bouclier antimissile en Europe ». Et il a menacé en cas d’absence d’accord avec l’OTAN, de développer ses forces nucléaires. « Nous n’avons pas d’autre choix, sinon nous serons obligés de relancer la course aux armements. »

Le bouclier anti-missile européen: un peu flou, avertit la Cour des comptes

Absence d’orientation claire, faiblesse des estimations sur tout le cycle et planification hasardeuse, le rapport qu’a publié cette semaine la Cour des comptes américaine (GAO) n’est pas tout à fait une ode au bouclier anti-missiles new look. La nouvelle approche pour la défense contre les missiles balistiques (BMD) en Europe, annoncée par le président Obama en septembre 2009, connait quelques approximations.

« Une planification efficace exige des indications claires sur l’état final désiré et les intervenants clés, y compris les commandements ». Ces « orientations ne sont pas encore en place pour l’EPAA (European Phased Adaptive Approach) » explique le rapport. Le ministère de la Défense (US) « n’a pas développé d’estimations du coût de cycle de vie de l’EPAA » car il estime que l’EPAA a une « approche évolutive qui va changer au fil du temps ». Une erreur selon le GAO. « Les meilleures pratiques d’estimation des coûts comprennent le coût des méthodes de développement des estimations valides, même avec de telles incertitudes ». Quant au calendrier de l’EPAA, il n’est pas pleinement intégré à l’acquisition, l’infrastructure et les activités du personnel qui doivent être synchronisées.

Conclusion : le ministère de la Défense connait un risque de voir « le calendrier prévu glisser, l’efficacité baissée et les coûts augmentés dans les différentes phases de mise en place de l’EPAA ». Un classique des investissements de défense…

A Télécharger ici

Le bouclier anti-missiles : 1 milliard d’euros

Les petites dissensions entre la France et l’Allemagne sur la définition du bouclier anti-missiles pourraient être vaincues « en dernière minute », selon l’agence de presse allemande DPA. Et celui-ci serait ainsi inscrit dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN. Coût d’un tel dispositif selon Berlin : 1 milliards d’euros répartis à raison de 850 millions € pour le développement du dispositif anti-missile et 147 millions € pour le développement et le réseau. On sait que l’Allemagne soutient une conception défensive du bouclier, dans le cadre du désarmement nucléaire. Tandis que la France le voit comme un moyen supplémentaire mais qui ne supplante pas la dissuasion nucléaire. La mise en place d’un système de défense anti-missile commun serait ainsi inscrit dans le concept stratégique de l’OTAN. La Russie serait invitée à participer au bouclier. Mais figure également à l’ordre du jour de la coopération OTAN-Russie : la lutte anti-terroriste, les forces de protection civile et l’assistance « technique » pour l’Afghanistan, à savoir les droits de passage des matériels en Russie et la fourniture d’hélicoptères de fabrication russe à l’armée afghane.