Les Danois se déploient au Mali : Minusma d’abord, puis Barkhane

(B2) Le Danemark a confirmé mardi (13 novembre) l’envoi d’un avion de transport C130J Hercules au Mali dans le cadre de la mission des casques bleus (MINUSMA). C’est le premier des trois déploiements prévus dans les mois à venir. Copenhague va fournir aussi des hélico à l’opération Barkhane et une unité de renseigment pour la MINUSMA.

L’avion Avion C130J Hercules des forces danoises a décollé aujourd’hui de Aalborg, direction : Bamako (crédit : MOD Danemark)

Basés à Bamako

65 soldats — pilotes, mécanos, personnel de soutien, interprètes — accompagnent l’avion ainsi qu’une unité médicale (médecins et infirmières et une unité de sécurité chargée de garder le camp international, l’avion et les installations de maintenance, comme de sécuriser l’appareil lors de ses déplacements. Ils devraient être opérationnels à partir de la mi-novembre. Ils seront basés à l’aéroport international de Bamako, dans le camp international géré par la Norvège. Ce durant six mois.

Un aspect multirôle

Les pilotes danois assureront les vols intérieurs au Mali nécessaires à la Minusma, mais ils pourront aussi « exceptionnellement s’acquitter de tâches de transport pour le compte de la MINUSMA dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord » précise le ministère de la défense. L’appareil aura un aspect multirôle : transport des troupes, de matériel, rapatriement de malades et de blessés. Il est équipé pour pouvoir larguer du matériel en vol avec parachute, comme d’un dispositif d’aides à la recherche et au sauvetage et à la récupération d’images aériennes.

Une rotation assurée avec trois autres pays

Cette contribution de Copenhague s’inscrit dans le cadre d’un programme de rotation conclu avec la Belgique, la Norvège et le Portugal visant à fournir en permanence un avion de transport C-130 à la Minusma. Les Danois ont déjà été présents dans la Minusma en 2014 et 2017.

Deux autres contributions

Fin 2019, les forces armées vont envoyer deux hélicoptères de transport et environ 70 personnes au Mali pour soutenir l’opération Barkhane. Ils viendront compléter puis relayer les hélicoptères britanniques.

Début 2020, une dizaine de militaires vont également rejoindre la Minusma, pour former avec les Allemands une unité de renseignement allemande qui sera basée au grand camp de Gao de la force des Nations unies. Objectif : rassembler et analyser des informations sur la situation au Mali.

« Nous voulons soutenir la stabilité et la sécurité dans toute la région afin qu’elle ne soit pas sous le contrôle d’extrémistes et de trafiquants » a souligné la ministre de la Défense, Trine Bramsen.

(NGV)

Le travail (difficile) des garde-côtes libyens filmé. Éprouvant, émouvant

(B2) Le travail des garde-côtes libyens est souvent décrié mais rarement connu. Une équipe de France 24 a réussi à embarquer, suivant un sauvetage de bout en bout. Un témoignage émouvant

C’est à 130 km des côtes libyennes que le navire des garde-côtes s’approche d’un radeau en déroute. Les 126 personnes à bord, des Soudanais en grande majorité, ont dérivé durant 18 heures. Les Libyens ont été avertis par les centre maltais et italien de secours (MRRC) (comme le veut la procédure internationale).

Le travail des garde-côtes

On reconnait des méthodes de secours éprouvées, dérivant des formations européennes (selon nous), visant à sécuriser la situation et ramener tout le monde à bord en sécurité. « Attache-bien le bateau. Ils vont tomber. Doucement, chacun son tour. Les enfants d’abord ». Un des garde-côtes commande la manœuvre. Tout le monde est récupéré sain et sauf. Mais les conditions à bord restent sommaires : pas de gilets de sauvetage à bord, pas de nourriture. Ce bateau des garde-côtes n’est d’ailleurs pas vraiment équipé pour assurer un sauvetage aussi important. Et, cependant, les garde-côtes font le travail régulièrement, intervenant parfois hors de la zone, « dans la zone SAR maltaise » indique la journaliste de France 24.

Des personnes en grande détresse

Le désarroi des migrants et réfugiés est clair. Après 18 heures en mer. Ils s’imaginent être sauvés par une ONG. Quelle est leur déception quand ils découvrent être pris en charge par les Libyens. « Je ne veux pas retourner en Libye, je vous en supplie, amenez-moi en Italie » crie une jeune fille éplorée. Inutile d’interrogatoire supplémentaire. On comprend que c’est une question de survie. A mi-mot, elle confirmera aux reporters avoir été l’objet de violences sexuelles. « Son petit frère a été enlevé contre rançon. Son père a été battu, on lui a tiré dessus. On l’a extorqué, obligé de travailler de force sans être payé » raconte Julie Dungelhoeff.

Des Libyens débordés

De retour au port, l’accueil n’est pas vraiment à la hauteur. « Il y a plein de monde dans le centre, c’est plein » lâche un des responsables libyens. Hors caméra, le constat est encore plus terrible. « Qu’est-ce qu’on fait ? » s’interroge un agent libyen (du contrôle des migrations ?) à ses collègues, captés par une caméra discrète. « Personne ne veut d’eux, ni leurs ambassades ni les organisations internationales. » Les migrants seront embarquées sans ménagement dans un camion, direction un centre à Tripoli. Les coups pleuvent en général, témoigne un Tchadien. Devant les caméras, les Libyens n’osent pas.

Le sale boulot fait par les Libyens

On peut les incriminer, sans doute, les Libyens. Mais la réalité est que le Européens ferment les yeux, bien contents qu’ils bloquent tout départ. « L’Europe se débarrasse du sale boulot » comme le résume notre collègue de France 24.

(NGV)

Problème de serrage de boulons sur l’A400M, la Luftwaffe stoppe les arrivées

(B2) La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, a, pour l’instant, stoppé la reprise de deux nouveaux avions de transport A400M auprès d’Airbus. Cela s’explique par « des problèmes techniques récurrents avec les machines déjà utilisées, ainsi que par les caractéristiques manquantes du nouvel avion » indique Thomas Wiegold de Augengeradeaus. En cause un problème de fixation, de serra de vis sur les hélices qui peut endommager l’avion. « Le nouvel avion présente non seulement des défauts techniques, mais surtout n’a pas le niveau de performance requis » écrit notre collègue de Berlin.

(NGV)

Cinq soldats italiens blessés dans une explosion en Irak

(B2) Cinq soldats italiens ont été blessés dans une explosion d’engin explosif artisanal en Irak dimanche soir (10 novembre) a annoncé l’état-major italien. L’incident s’est produit vers 11h dans la région de Souleimaniye

Dans le cadre de la coalition contre Daech

L’engin a explosé « après le passage d’une équipe mixte de forces spéciales italiennes en Irak ». Officiellement, l’équipe était sur place pour une mission de « formation des forces de sécurité irakiennes » au sein de la « coalition pour la lutte contre Daech », Rome n’ayant pas autorisé des missions de combat.

Des forces spéciales engagées aux côtés des peshmergas

Les blessés appartiennent à la Task Force 44, basée à Kirkouk, qui regroupe les forces spéciales italiennes présentes en Irak : trois étaient du GOI de la Marine et deux du 9ème régiment d’assaut parachutiste Col Moschin. À priori, ils n’étaient pas vraiment en situation de formation, mais dans un ‘mentoring‘ très engagé. Selon l’agence ANSA, ils étaient en patrouille dans le Kurdistan irakien et opèrent aux côtés des hommes de l’unité tactique spéciale des Peshmergas.

Trois blessés graves, deux légers

Les soldats pris dans l’explosion ont été secourus et évacués avec « des hélicoptères américains appartenant à la coalition » afin d’être tous hospitalisés dans « un hôpital de rôle 3 [à Bagdad] où ils reçoivent les soins appropriés ».

Sur cinq soldats, deux ont été blessés légèrement, mais trois sont dans « état grave mais ne risquent pas la vie. Les familles des militaires ont été informées ». « Un aurait perdu quelques doigts d’un pied, un autre aurait subi l’amputation partielle des jambes et le troisième une hémorragie interne » selon Ansa.

En marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, la chef de la diplomatie européenne a exprimé son « inquiétude » et affirmé « suivre de près la situation ». Les Italiens avaient déjà subi une attaque, cette fois en Somalie (Trois militaires italiens de EUTM Somalia blessés dans une attaque à l’explosif).

(CG, st. avec NGV)

Mis à jour à 23h avec les précisions sur l’attaque.

L’OTAN en mort cérébrale de Macron suscite des réactions en désordre

(B2) Si le président français avait pour ambition d’animer le débat, c’est réussi. Son ‘OTAN en mort cérébrale‘ asséné dans l’hebdomadaire britannique The Economist a suscité des réactions au plus haut niveau

Les membres de l’OTAN tentent de défendre le bien-fondé de l’organisation (crédit : OTAN)

Si certains partagent le constat d’une Alliance en grande difficulté politique, personne ne va, même mezzo vocce, dans le sens d’Emmanuel Macron. Et chacun se sent obligé officiellement de justifier l’existence de l’OTAN. Mais la plupart des arguments sont tirés du passé, non de la situation actuelle. Ce qui, d’une certaine façon, est reconnaître qu’il y a… un problème.

Un des partenariats stratégiques de l’histoire

« Je pense que l’OTAN reste un partenaire important, critique, peut-être historiquement l’un des partenariats stratégiques les plus critiques de toute l’histoire enregistrée » a défendu le ministre américain Mike Pompeo.

« I think NATO remains an important, critical, perhaps historically one of the most critical strategic partnerships in all of recorded history. »

Le pouvoir géopolitique en Europe, la sécurité à l’OTAN

« L’UE doit aspirer à devenir un vrai pouvoir géopolitique, mais l’OTAN est et devra rester la colonne vertébrale de notre sécurité sur les deux bords de l’Atlantique » a jugé la présidente slovaque Zuzana Čaputová, qui est du même bord politique et générationnel qu’Emmanuel Macron.

Berlin pas d’accord sur la forme ni sur le fond

« Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a souligné la chancelière allemande Angela Merkel recevant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Le président français a « utilisé des termes radicaux qui ne [sont] pas mon point de vue au sujet de la coopération au sein de l’OTAN », a-t-elle ajouté, selon l’AFP.

« Le pacte Nord Atlantique est une pierre angulaire de l’ordre mondial multilatéral » a renchéri le ministre allemand (SPD) des Affaires étrangères Heiko Maas.

L’OTAN essentielle pour Stoltenberg

« Nous sommes d’accord qu’une OTAN forte est essentielle pour la paix et la sécurité en Europe et que nous devons continuer à investir pour maintenir l’OTAN » a justifié le secrétaire générale de l’OTAN Jens Stoltenberg lors de sa réunion à Berlin avec Angela Merkel le 7 novembre.

 

« Toute tentative de distancer l’Europe de l’Amérique du Nord non seulement affaiblira l’Alliance transatlantique, mais risque aussi de diviser l’Europe. L’unité de l’Europe ne peut pas remplacer l’unité transatlantique »

L’OTAN a été un écran protecteur de la liberté

« En dépit de tous les remous des dernières semaines, je trouve que l’OTAN s’est montrée remarquable comme écran protecteur de la liberté », a affirmé Ursula von der Leyen vendredi soir, dans un discours prononcé à Berlin à la veille de la commémoration de la chute du mur. « L’Europe doit aussi apprendre le langage du pouvoir » a-t-elle ajouté selon Die Zeit. « D’une part, l’UE a besoin de plus de capacités militaires. D’autre part, elle doit faire davantage usage de la force disponible pour faire valoir les intérêts européens. »

Un rôle dans la sécurité partagée

L’OTAN « continue à avoir un rôle extrêmement important non seulement dans l’Atlantique Nord, mais dans le monde en tant qu’un groupe de pays qui se réunissent pour partager des valeurs, partager un engagement envers une sécurité partagée » a indiqué Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, relayé par la représentante permanente canadienne auprès de l’OTAN.

(NGV & CG, st. )

La PESCO ouverte aux pays tiers ? Arrêtons de l’annoncer tous les 4 matins

(B2) Régulièrement, on lit dans la presse que « ça y est, la coopération structurée permanente (PESCO) va être ouverte au Royaume-Uni, aux États-Unis, etc. » À chaque fois, passée l’annonce sensationnelle, la réalité reprend ses marques : il n’y a pas d’accord. Quelques médias, anglo-saxons en particulier, notamment le média en ligne Politico, se sont fait une spécialité de ces annonces sans lendemain qui ressemblent davantage à un coup de buzz, un bon ‘spin’

En janvier 2018, le média américain annonce : « Le pacte militaire conjoint de l’UE sera ouvert aux pays extérieurs au bloc, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni, après le Brexit, mais uniquement au cas par cas » citant un document confidentiel (1). En septembre 2018, rebelote, les portes de la défense européenne pourraient s’ouvrir » annonce-t-il s’appuyant sur un projet de décision à débattre le mois prochain… Et en dernier lieu tout récemment, ce 6 novembre, cette fois c’est sûr. « Le Royaume-Uni après le Brexit et les États-Unis pourraient participer à des projets relevant du nouveau pacte militaire de l’UE, tout en laissant la Chine – et peut-être la Turquie – à l’extérieur », citant un nouveau projet de proposition (de 5 pages… !). Les articles sont rédigés avec grand talent, comme savent si bien le faire nos collègues anglo-saxons, mais sur le fond comme sur la méthode, on peut avoir comme un doute sur l’authenticité de ces informations, comme sur l’objectif recherché : informer… ou faire pression sur les récalcitrants ?

Dans la réalité, en effet, selon nos informations puisées à bonne source, et sans tapage, on n’est pas encore au stade de la décision. « On n’en est pas loin » certes, comme l’a confié à B2 un spécialiste du domaine. Propos confirmé par deux autres sources diplomatiques. Mais la décision n’est pas encore approuvée. Elle avait d’ailleurs très peu de chance de l’être, selon un (très) bon connaisseur des affaires européennes, consulté par B2 avant la réunion (lire notre papier détaillé).

Conclusion : pour être ‘bien’ informé sur l’Europe politique, sa défense, sa politique étrangère, je n’aurai qu’un seul conseil : vérifier à deux fois vos informations… et lisez B2 !

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Le principe du ‘cas par cas’ comme du caractère ‘exceptionnel’ de cette association sont déjà inscrits dans la décision de décembre 2017 établissant le cadre général de la PESCO (article 9). Cela n’a rien d’hyper confidentiel…

L’OTAN en état de mort cérébrale (Macron)

(B2)  Le président français Emmanuel Macron avait déjà été assez dur au Conseil européen en octobre dernier (lire : La faute lourde des Occidentaux et de l’OTAN en Syrie (Emmanuel Macron)). Il est encore plus dur dans un entretien avec The Economist, paru hier

Le bureau de l’Elysée – centre du pouvoir français (crédit : Elysée)

Être lucide

Il avertit les pays européens qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Amérique pour défendre leurs alliés de l’OTAN. « Pour la première fois, nous avons un président américain qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet ». L’exemple de la Syrie l’a montré. « Nous devrons à un moment faire le bilan de l’OTAN. Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN. Il faut être lucide », a déclaré E. Macron. « On doit en tirer les conséquences. »

Une offensive turque sans coordination

Ce constat est clair, si sur le plan militaire cela fonctionne, « sur le plan stratégique et politique, force est de constater que nous avons un problème ». « Nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN qui est la Turquie, dans une zone ou nos intérêts sont en jeu, sans coordination. Il n’y a pas eu de planification ni de coordination par l’OTAN. Il n’y a même pas eu de déconfliction par l’OTAN. »

Un réveil européen nécessaire

Il est grand temps que l’Europe « se réveille » a-t-il ajouté. L’Europe se trouve « au bord du précipice », a-t-il déclaré, et doit commencer à se penser stratégiquement en tant que puissance géopolitique. Sinon, nous ne « contrôlerons plus notre destin ». « Notre défense, notre sécurité, les éléments de notre souveraineté, doivent être pensés en propre. » Et la « première chose pour y arriver, c’est de retrouver la souveraineté militaire ». C’est-à-dire une « Europe de la défense, une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire ».

Une autre politique avec la Russie

Autre point d’indépendance : « rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie. » Les Européens doivent  « réinternaliser votre politique de voisinage, vous ne pouvez pas la laisser gérer par des tiers qui n’ont pas les mêmes intérêts que vous ».

La question de l’article V en débat

Durant cette interview (qui a eu lieu le 21 octobre dans son bureau de l’Élysée à Paris), le journal américain lui a demandé s’il croyait en l’efficacité de l’Article V, à l’idée que si un membre de l’OTAN était attaqué, tous lui viendraient en aide, ce qui, selon de nombreux analystes, sous-tend l’effet dissuasif de l’alliance. « Je ne sais pas » a-t-il avoué. « C’est quoi l’Article 5 demain ? C’est-à-dire que si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? »

(NGV)

Télécharger le transcript de l’interview en FR et en ENG

Les treize nouveaux projets de la coopération structurée permanente (PESCO)

(B2 – exclusif) Les ministres de la Défense doivent entériner, mardi prochain (12 novembre), treize nouveaux projets qu’ils comptent mener au titre de la coopération structurée permanente (PESCO)

(crédit : Commission européenne)

On arriverait ainsi à 47 projets après les 17 approuvés en mars 2018 et les 17 autres approuvés en novembre 2018.

La liste en avant première

Nous avions annoncé – en avant première – dès le 30 septembre pour nos abonnés, la liste de ces 13 projets. Un petit scoop maison, complété aujourd’hui avec la liste des pays participants. Nous ouvrons cet article à tous nos lecteurs afin qu’ils puissent en prendre connaissance. Bonne lecture !

Lire : (B2 Pro) La troisième vague de projets de la PESCO : beaucoup plus ‘high tech’. La liste en avant-première

(NGV)

NB : cet article est lisible par tous et des extraits peuvent être reproduits. Mais à deux conditions : citer B2 – Bruxelles2 et/ou renvoyer à l’article (médias en ligne). Tout ‘oubli’ constitue une ‘contrefaçon’

L’offensive turque en Syrie rebat les cartes

(B2) Pour le général Claude Van de Voorde, chef du Service général du renseignement et de la sécurité belge (SGRS), l’avancée turque en Syrie amène plusieurs bouleversements

Même si sur le terrain la situation est très fluctuante, l’analyse du chef du SGRS faite devant les députés belges le 16 octobre dernier, mérite le détour.

Une situation qui peut aboutir à une impasse

Sur les cinq villes visées aux abords de la frontière — Ras al-Aïn, Tall Ayad, Manbij, Kobané et Qamichli — les deux premières sont tombées. Ce qui a entraîné le départ des troupes américaines. Pour le moment, « les Turcs restent dans le désert ». Les conclusions provisoires du SGRS sont qu’ils « se limiteront à ce triangle de 100 km de longueur et 30km de profondeur » en territoire syrien, souligne C. Van de Voorde mettant en évidence un point : « La situation actuelle va nous mener à une impasse ».

Une résistance kurde moins forte que prévue

Parmi les premiers constats, « la résistance kurde a été moins forte que prévue ». Ce qui explique une avancée turque assez rapide. Mais « l’alliance des Kurdes avec l’armée syrienne a changé la donne ». D’ailleurs, « les milices kurdes – les forces kurdes des SDF – sont à présent complètement intégrées dans une division de l’armée syrienne ». Cela constitue « un bouclier dissuasif vis-à-vis des Turcs, qui se montrent plus calmes et moins offensifs dans leurs actions ».

Un coup de maître des Russes

La Russie est gagnante dans cette action, selon C. Van de Voorde : « Il s’agit une nouvelle fois d’un coup de maître de la part du régime russe, puisqu’il renforce ainsi sa position dans la région au détriment de l’Union européenne et de l’OTAN. » Sur le terrain, la Russie est très présente. Sans qu’elle « participe pour l’heure effectivement aux combats, elle parraine l’armée syrienne » et dans certains cas, « les velléités offensives de l’armée turque sont tempérées par la présence d’une sorte de police militaire russe ».

… et une avancée syrienne

C. Van de Voorde rappelle aussi que s’agissant des « interlocuteurs pour l’avenir, la récupération du Nord-Est du pays par le régime d’Assad aura son importance » pour une solution future au conflit syrien.

(CG, st.)

La faute lourde des Occidentaux et de l’OTAN en Syrie (Emmanuel Macron)

(B2) Le président français Emmanuel Macron ne mâche pas ses mots sur l’intervention turque en Syrie comme sur le fonctionnement de l’Alliance atlantique

E. Macron, lors de sa conférence de presse au sommet européen, le 18 octobre (crédit : Conseil Européen)

Il l’a exprimé de façon assez vive à Bruxelles lors de la conférence de presse clôturant le sommet européen vendredi (18 octobre) dans l’après-midi. « Je considère ce qui s’est passé depuis plusieurs jours est une faute lourde, de l’Occident et de l’OTAN dans la région » a souligné le président français interrogé par un journaliste. « J’ai découvert par tweet que les États-Unis décidaient de retirer leurs troupes et de libérer la zone, comme tout le monde. »

La crédibilité de l’OTAN compromise

Le futur à long terme de l’OTAN est en jeu, car l’offensive « affaiblit durablement notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain, qui se battront à notre côté, en pensant qu’ils sont protégés durablement » et surtout, « cela interroge aussi le fonctionnement de l’OTAN ». Le manque de communication entre Alliés est un problème. « Il est important que nous puissions nous réunir et nous coordonner, au moins entre les trois Européens (1) et la Turquie. »

La victoire de la loi du plus fort

« Aujourd’hui, dans la région, ceux qui sortent gagnants par la loi du plus fort […], ce sont la Russie, la Turquie et l’Iran. Je ne suis pas sûr que cela ait été exactement l’élément stratégique qui était le plus pertinent, ni pour l’Europe, ni pour les USA. »

Tous les combattants en Syrie ne sont pas du PKK

Il y avait sans doute de bonnes raisons à la Turquie. « Je respecte tout à fait la lutte contre le PKK et les terroristes. Je l’ai toujours dit au Président Erdogan. […] Mais beaucoup des forces démocratiques syriennes, et des combattants de la liberté, [comme] des combattants anti-Daech sur le terrain n’étaient pas du PKK. »

Ramener la Turquie à des positions raisonnables

Pour Emmanuel Macron, il faut « essayer non seulement de comprendre, mais de voir où la Turquie veut aller et comment la ramener à des positions plus raisonnables, qui permettent d’articuler sa sécurité intérieure et ses objectifs de sécurité intérieure avec aussi le respect de notre agenda et la juste solidarité qui est au sein de l’OTAN ».

L’autonomie stratégique européenne plus que jamais nécessaire

Le président français en tire une leçon pour l’Europe. « Nous ne pouvons plus être les partenaires minoritaires d’autres, mêmes si ce sont nos alliés, c’est tout ». Pour continuer à exister, l’Europe a besoin « d’une véritable autonomie, d’une Europe de la Défense véritable, c’est ça redevenir une puissance stratégique ».

(NGV et CG, st.)

(1) Le président pense certainement à la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Lire aussi :

Commission Von der Leyen. Donnez-nous des noms rapidement. Nous ferons le job (Sassoli)

(B2 au Justus Lipsius) Pour le nouveau président du Parlement européen, l’Italien David Sassoli, c’était jeudi (17 octobre), son premier rencontre au sommet avec les leaders des États membres. Devant la presse, il a tenu à défendre le travail mené par les eurodéputés qui ont rejeté successivement trois candidats commissaires, notamment Sylvie Goulard

David Sassoli face à la presse au sommet européen (crédit : Conseil de l’UE)

Un Parlement qui fait son job 

« C’est un parlement exigeant qui fait valoir ses prérogatives (…), et il a pris l’exercice au sérieux. La procédure a été respectée. »

Un Parlement très différent du passé 

« Notre Parlement est très différent du passé. C’est le résultat du verdict des urnes. On a observé que les sensibilités europhiles emportaient la mise, mais on n’a pas de groupe plus lourd que les autres autres, pourtant on a besoin de convergences pour une législature très politique. Il devra y avoir beaucoup de dialogue et de polémique entre les groupes pour que cela puisse se refléter. »

Pour travailler : une convergence des idées

« Nous avons besoin d’un dialogue entre les forces en présence européennes et qui ont une aspiration européenne. C’est cela la nouvelle donne. Nous avons des groupes qui ont besoin les uns des autres. Nous devons dialoguer […] pour avoir des convergences entre les idées. »

Un calendrier qui dépend des États membres

« Je ne sais pas quand la nouvelle Commission entrera en fonction. Mais il nous faut d’abord recevoir les trois noms. Et, cela, dans les quatre ou cinq semaines, si on veut respecter l’échéance de décembre, [avec] un vote à la plénière de novembre. Le Parlement n’a pas arrêté de se retrousser les manches. Il l’a fait de façon très minutieuse. Nous avons pris notre rôle au sérieux. »

Un rôle à prendre en exemple 

« Les commissaires européens seront dotés de compétences très larges. Il est donc normal pour le Parlement de les vérifier en amont. Ce serait mieux si c’était comme cela aussi au niveau national. Les parlements nationaux devraient prendre exemple sur le Parlement européen. »

(Aurélie Pugnet)