L’ambassadeur d’Italie en RD Congo tué dans le Nord-Kivu. Une embuscade (v4)

(B2) L’ambassadeur d’Italie à Kinshasa, Luca Attanasio, a été mortellement blessé ce lundi (22.02) dans une attaque armée. Il était en visite dans l’Est du Congo, avec un convoi du programme alimentaire mondial

Luca Attanasio (crédit : Farnesina)

L’attaque s’est produite sur la Route nationale 2, à Kanyamahoro en territoire de Nyiragongo (Nord Kivu), près du lieu-dit « 3 antennes », à plus ou moins 15 km de Goma et 3 km de Kibumba, dans l’Est de la RD du Congo. Dans une zone qui n’était pas considérée comme très dangereuse. Deux autres personnes — le chauffeur Mustapha Milambo et un carabinieri de l’escorte Vittorio Iacovacci — sont également décédés.

NB : l’ambassadeur italien se rendait pour visiter un projet du PAM, soutenu par l’Italie, de distribution de nourriture et une cantine scolaire.

Une tentative de prise de d’otages

Les assaillants « au nombre de 6 et munis de 5 armes de type AK47 ainsi que d’une machette ont tiré en l’air, avant d’obliger les occupants des véhicules à descendre et à les suivre dans le fin fond du Parc » selon le gouverneur du Nord-Kivu cité par Radio Okapi. Ils ont commencé par abattre l’un des chauffeurs pour montrer leur détermination. Les écogardes du parc de Virunga et les soldats congolais des FARDC présents non loin ont commencé à se rapprocher. Les ravisseurs ont alors tiré à bout portant sur le carabinieri, décédé sur place, et sur l’ambassadeur, le blessant mortellement à l’abdomen.

Blessure mortelle

L’ambassadeur est mort en arrivant à l’hôpital de la MONUSCO de Goma. « Tout a été fait pour le sauver, en mobilisant notamment des chirurgiens du CICR (le Comité international de la Croix-Rouge) » a indiqué à B2 un diplomate. Mais rien n’y a fait. Agé de 43 ans, Luca Attanasio laisse une femme et trois jeunes enfants.

Des circonstances à éclaircir

« Deux serviteurs de l’État nous ont été violemment arrachés dans l’accomplissement de leur devoir » a confirmé le ministre italien Luigi di Maio (qui assiste en ce moment au Conseil des Affaires étrangères à Bruxelles). « Les circonstances de cette attaque brutale ne sont toujours pas claires et aucun effort ne sera épargné pour faire la lumière sur ce qui s’est passé » indique le communiqué de la Farnesina.

Un groupe rebelle : des FDLR ?

L’attaque est attribuée selon la presse italienne aux FDR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda, actives dans la région. Aucun véhicule des casques bleus de la MONUSCO n’escortait le convoi, sur une route considérée, a priori, comme sans problème.

Un diplomate apprécié

« Je pleure la mort de Luca, tué dans une embuscade près de Goma. Je perds un collègue et ami généreux. Pendant mon mandat en RD Congo, il m’a appuyé à tout moment, aussi dans les moments les plus difficiles » a indiqué Bart Ouvry, via tweeter, qui l’a cotoyé durant plusieurs années, quant il était ambassadeur de l’UE en RD Congo (aujourd’hui ambassadeur de l’UE au Mali).

L’un des plus jeunes du réseau diplomatique italien

« Actif et dynamique, courtois et toujours attentionné, Luca était l’un des plus jeunes ambassadeurs du réseau diplomatique italien. [Il] avait avec son épouse Zakia un attachement particulier à la RDC qui les avaient conduits à développer des activités caritatives en faveur des orphelins de Kinshasa » a précisé l’actuel ambassadeur de l’UE Jean-Marc Chataigner, qui n’était pas dans le convoi (contrairement à ce qui a été dit parfois dans la presse italienne et africaine). Je perds « un ami » a-t-il ajouté. « Ceux qui ont tué aujourd’hui Luca, Vittorio et Mustapha devront répondre de leurs actes devant la justice, tout comme ceux qui continuent à commettre chaque jour des crimes contre la population civile dans l’est du Congo. »

Un africaniste passé par le Maroc et le Nigeria

Diplômé de l’université commerciale Luigi Bocconi réputée de Milan (2001), Luca a commencé sa carrière professionnelle dans le conseil aux entreprises avant d’intégrer, en 2003, la carrière diplomatique. D’abord affecté à la direction des affaires économiques, puis au secrétariat de la direction générale de l’Afrique, il est ensuite chef de cabinet adjoint du sous-secrétaire d’État chargé de l’Afrique et de la coopération internationale (2004 – dans le gouvernement Berlusconi II).

À l’étranger, il a été chef du bureau économique et commercial de l’ambassade d’Italie à Berne (Suisse) (2006-2010) ; puis consul général à Casablanca (Maroc) (2010-2013). Après un retour à la Farnesina comme chef du secrétariat de la Direction générale de la mondialisation et des affaires mondiales (2013-2015), il repart en Afrique d’abord comme premier conseiller à l’ambassade d’Italie à Abuja, au Nigéria (2015 à 2017), puis à Kinshasa, depuis septembre 2017, d’abord comme chef de mission puis ambassadeur.

Un cas rare

Il est assez rare que des diplomates européens ou d’un État membre soient tués de façon violente dans l’exercice de leur fonction. Les derniers (qui figurent dans notre base de données ‘Memoriam‘) avaient été tués au Mali, lors de l’attaque du Campement en juin 2017 ou de l’attaque d’un restaurant à Bamako en mars 2015. Cela vient illustrer que la situation dans l’Est du Congo, passée sous les radars de l’actualité, n’est pas apaisée. Loin de là… Les circonstances devront cependant être éclaircies car il semble bien que ce soit la voiture de l’ambassadeur qui ait été délibérément visée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Papier mis à jour : (20h) avec les précisions sur l’ambassadeur UE (23h30) – les circonstances de l’attaque et les agresseurs – le commentaire de l’ambassadeur de l’UE.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).