L’engagement européen dans Takuba. Task-groupe, types d’action, droit de poursuite, approche phasée

(B2) L’engagement européen se met en place, après l’accord des Tchèques dans Takuba. L’occasion de revenir sur la façon dont cet engagement va monter en puissance

La formation d’unités légères de reconnaissance et d’intervention (ULRI), notamment à moto, est un élément clé de la stratégie de Takuba-Barkhane (crédit : EMA / Barkhane – archives B2 – juin 2020)

Un partenariat franco-européen

Un task-groupe commun avec les Français

Le principe de l’engagement européen, c’est que l’unité étrangère est intégrée dans un task-group (TG) commun avec une unité française. De la même façon qu’a été créé un task-group avec les Estoniens (basé à Gao), un task-group sera ainsi créé avec les Tchèques pour agir en binôme.

Gao pour les Estoniens, Menaka pour les Tchèques

Il sera basé principalement au nord-est du Mali (Ménaka), dans une zone, très sensible, celle des trois frontières, située à proximité du Niger. Si nécessaire, le ‘task-group‘ peut être « réaffecté pour opérer dans d’autres régions du Mali » nous indique-t-on.

Un commandement français, une discipline nationale

Point important : le partenaire européen, qui accepte de déployer ses forces, accepte de le faire « sous le commandement français de la force Barkhane ». Mais la discipline sur ses militaires nationaux reste du ressort du pays engagé.

QG de N’Djamena

Des officiers européens seront également présents au QG de l’opération Barkhane au Tchad à raison de quelques individus, notamment pour la planification des opérations.

Le cadre juridique

Comme tout engagement international, avant d’envoyer ses hommes sur le terrain, le pays concerné doit envoyer à la France et au Mali une missive par laquelle il accepte expressément toutes les conditions mises à l’accord sur le statut des forces (SOFA) convenus entre Français et Maliens. Un dispositif assez classique dans les opérations multinationales, dénommé SOFA (lire notre article détaillé : Le statut des forces dans Takuba. Le texte du SOFA conclu entre Paris, Bamako et les partenaires européens).

Deux types d’action : soutien

L’objectif est affirmé : « appuyer les forces armées maliennes dans leur combat contre les groupes organisés menant des activités terroristes ».

Avec les forces maliennes

L’essence du travail consistera à conseiller (Advise), assister (Assist) les unités de l’armée malienne (FAMA) partenaires (cf. encadré) et les accompagner dans les activités de combat (Mentor) dans le cadre des opérations spéciales et antiterroristes.

… ou en autonome

Mais la task-force Takuba (TFT) peut aussi la conduite d’opérations séparées sans l’implication des forces maliennes, afin d’assurer sa propre sécurité et de créer les conditions pour la préparation et la conduite d’opérations conjointes ultérieures, dans les conditions fixées dans les opérations de Barkhane.

Droit de poursuite

Si nécessaire, ou lors de la persécution de groupes terroristes, les activités peuvent être étendues aux zones frontalières du Niger voisin. En plus d’éventuelles opérations opérationnelles transfrontalières, le territoire du Niger sera en partie utilisé pour sécuriser les transferts logistiques.

Les trois phrases de Takuba

La montée en puissance de dans la task-force Takuba est divisée en trois phases.

Au cours de la première étape de plusieurs mois, une équipe avancée doit préparer les conditions du déploiement des différentes forces dans la zone d’opérations sur le lieu de l’opération future.

La seconde phase — l’essentiel de l’opération — devrait durer douze mois (2021) et vise à préparer les troupes maliennes à mener des opérations autonomes et à les accompagner dans des opérations de combat contre des groupes terroristes dans des zones de responsabilité désignées.

La troisième étape devrait durer douze mois supplémentaires (2022). Cette fois, il s’agit de permettre aux forces partenaires maliennes de combattre de manière indépendante les groupes militants islamistes et, si nécessaire, à continuer de les accompagner dans les opérations de combat sera évaluée.

Ce calendrier des différentes phases de l’opération va être « ajusté en fonction de l’évolution de la situation et des conditions de l’opération », mais aussi de l’arrivée des différents contingents européens (tchèques, suédois, italiens). Le déploiement ayant pris un peu de retard à la fois avec l’épidémie de Covid-19, les nécessaires autorisations parlementaires dans les différents pays et surtout, en dernier lieu, les interrogations après le coup d’état au Mali.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Les ULRI, élément clé de la stratégie au Mali

L’élément clé de la stratégie mise au point par les Français avec les Maliens consiste à former des unités légères de reconnaissance et d’intervention (ou ULRI). Équipés de matériel neuf (véhicules de type pick-up, motos, casques, gilets de combat, systèmes de transmissions…) fourni par Barkhane, ces soldats maliens devront être capables de faire du combat en terrain découvert, mais aussi urbain.  Ils sont aussi formés au secourisme de combat,  au tir ainsi qu’à la lutte contre IED (engins explosifs improvisés). L’ULRI n°4 a ainsi été présentée à un panel de responsables militaires européens, début octobre, sur les bases opérationnelles de Gao et de Ménaka.


 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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