Turquie-France. L’incident du Courbet est dépassé. L’OTAN essaie d’oublier

(B2) Après les propos heurtés entre Français et Turcs, y compris au sein de l’Alliance, l’heure est la déconfliction en mer pour éviter que l’incident ne se reproduise

Les frégates italienne Carabiniere (F-593), française Courbet (F-712) et turque Salihreis (F-246) naviguant de concert dans l’opération Sea Guardian début juin… avant l’incident (crédit : OTAN – Marcom – archives B2)

Le sujet ne figure pas à l’ordre du jour de la réunion des ministres de défense de l’OTAN qui s’ouvre ce jeudi. Il a été réglé auparavant au sein de l’Alliance, entre militaires.

Un rapport enterré

Le rapport demandé par les Français et entrepris sous l’égide du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg ne devrait pas rester dans les annales. On ne dit pas officiellement qu’il est enterré. Mais c’est tout comme. Loin de chercher à minimiser l’incident, la Turquie a joué les victimes cherchant à obtenir des excuses publiques pour sa mise en cause. Ce qui a torpillé d’une certaine façon un rapport sensé éclaircir les faits et apaiser les tensions. Les Alliés ont donc cherché d’autres « portes de sortie » pour éviter que la crise s’envenime.

Une réponse concrète : le gel des avoirs

La question du Courbet a, en fait, été « soldée » de deux façons. Au niveau de l’Union européenne, les avoirs de la compagnie maritime turque propriétaire du Cirkin ont été gelés (sur demande de la France), avec interdiction pour une source européenne de lui apporter tout financement (donc théoriquement toute commande !). Une décision prise le 21 septembre en même temps que quelques autres (Lire : Trois compagnies de transport mises à l’index pour avoir violé l’embargo sur les armes en Libye). Cela a semé la fureur de la Turquie au moins verbalement. Mais le message a été reçu cinq sur cinq à Ankara, comme dans les compagnies maritimes.

Une liste de navires surveillés et un plan d’action à l’OTAN

Au niveau de l’OTAN, le Cirkin figure sur la « liste d’attention » du Marcom (le commandement maritime de l’OTAN). En compagnie de quelques autres. Ce qui est aussi un signe de défiance vis-à-vis des Turcs et un signal très clair de la volonté de faire respecter les règles internationales. Mais le plus important, au sein de l’Alliance, est sans nul doute l’élaboration d’un plan d’action. Un plan qui « acte la réalité de l’incident et met en place une série de mesures pour éviter sa réédition », explique un diplomate.

Préciser le comportement des alliés en mer

Ce plan passe en revue le comportement des Alliés en mer, notamment dans l’utilisation des indicatifs de l’OTAN et des moyens associés à une opération OTAN (un des problèmes lors de l’affaire du Cirkin), comme la relation entre les navires de l’Alliance et l’opération européenne EUNAVFOR Med Irini. Ce plan mis au point actuellement dans les couloirs de l’Alliance a déjà produit des effets. « Dans le contexte tendu au large de la Libye, il n’y a plus eu d’incident de ce type », note un diplomate « L’incident du Courbet est derrière nous. » Du moins on espère…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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