Gigantesque explosion dans le port de Beyrouth. Les Européens se mobilisent (v11)

(B2) L’attention est tournée vers le Liban ce mardi (4 août) après l’explosion qui a eu lieu vers 17h10 (heure locale) dans le port de Beyrouth

Une méga-catastrophe

Un bilan qui s’aggrave d’heure en heure

Plus d’une centaine de morts (157 au dernier bilan) et plus de 5000 blessés ont été comptabilisés par la Croix-Rouge libanaise. Un bilan encore très provisoire, selon le quotidien l’Orient Le jour, qui pourrait s’aggraver encore dans les prochaines heures. 120 blessés sont dans un état critique. Et il y a toujours 60 disparus.

Plusieurs quartiers atteints

L’explosion, gigantesque, a en effet non seulement touché la zone portuaire mais les quartiers voisins, notamment Mir Mikael et plus généralement le quartier d’Achrafieh. Elle a été entendue à des kilomètres à la ronde. L’origine semble accidentelle selon des diplomates européens, dû « à l’explosion [en cascade] de stocks chimiques contenant de l’acide nitrique » (nitrate d’ammonium).

Hôpitaux submergés

Les hôpitaux libanais déjà aux prises avec l’épidémie de Covid-19 sont submergés. La Croix-Rouge libanaise a ouvert des centres de tri et de premiers soins dans plusieurs points de la capitale (place des Martyrs près de la mosquée Al Amin et au Forum de Beyrouth notamment).

Un navire de la FINUL touché

Un des navires que compte la force maritime des casques bleus a été touché par l’explosion et plusieurs de ses occupants blessés annonce la forces des Nations Unies au Liban, la FINUL. Il s’agit d’une corvette de la marine du Bangladesh, le BNS Bijoy. 19 marins ont été blessés, certains assez gravement selon la FINUL. Deux hommes particulièrement seraient en état critique, selon le site Defseca.

Des ambassades européennes endommagées

Plusieurs ambassades de pays européens ont aussi été touchées. L’ambassade belge a subi « d’énormes dégâts » selon le ministre de la Défense Philippe Goffin. Deux agents et deux membres de leur famille ont été légèrement blessés par des éclats de verre. L’ambassade néerlandaise a également été touchée, avec cinq blessés, dont un dans un état très grave. La femme de l’ambassadeur, Hedwig Waltmans-Molier, également diplomate, est décédée de ses blessures samedi (8 août).

Les représentations allemande comme autrichienne ont également été atteintes. Il y a des blessés dans le personnel allemand. Du côté autrichien on précise qu’il n’est « pas certain actuellement que les bureaux de l’ambassade puissent être utilisés dans les prochains jours ».

Une aide européenne qui se mobilise

Copernicus mis en œuvre

Le centre de coordination de la réponse d’urgence (alias ERCC, Emergency Response Coordination Centre) a rapidement mis en œuvre le système de repérage satellitaire Copernicus. Objectif : dresser une rapide cartographie de la situation et venir en aide aux autorités locales, indique Janez Lenarčič, le commissaire européen chargé de la gestion de crises. Le mécanisme européen de protection civile a été activé.

Le mécanisme européen de protection civile déclenché

Trois pays ont tout de suite répondu à la demande libanaise — la Grèce, les Pays-Bas et la République Tchèque — en envoyant des équipes de recherche et sauvetage. En tout, plus d’une centaine de personnes, spécialisées dans la recherche et le sauvetage en milieu urbain, avec des véhicules, des chiens et du matériel. Ces trois pays (avec la France) avaient très rapidement indiqué leur intention d’aider le Liban de façon concrète (1), tout comme la Pologne, l’Allemagne, l’Italie, Chypre, suivis par l’Autriche la Finlande, la Belgique et la Roumanie. Le Royaume-Uni a également répondu à l’appel. 

Une aide financière

La Commission européenne a annoncé mobiliser 33 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés 30 millions d’euros promis lors de la conférence internationale sur l’aide et le soutien à Beyrouth et la population libanaise. Une somme qui inclut des ressources disponibles dans le cadre du Fonds fiduciaire régional de l’UE en réponse à la crise syrienne et débloquées en juin. Un contrat de 8 millions d’euros a été signé jeudi (6 août) pour soutenir les services médicaux d’urgence de la Croix-Rouge libanaise « dans ses efforts à améliorer l’accès aux soins pré-hospitaliers d’urgence et aux services de transfusion sanguine » indique l’exécutif européen dans un communiqué.

Un soutien politique affirmé

Le président du Conseil européen Charles Michel a annoncé, via un tweet, se rendre au Liban samedi (8 août), « pour transmettre la solidarité de l’Europe avec les habitants du Liban ». Des rencontres sont prévues avec le président Michel Aoun (Courant patriotique libre/Maronites), le président du Parlement Nabih Berri (Amal/Chiites) et le président du Conseil des ministres Hassane Diab. « Choqués et attristés, nous sommes aux côtés de tous ceux qui sont touchés et nous leur apporterons notre aide. » Sur place, il a également évoqué « les défis à plus longue échéance » : « il est primordial que le Liban mette en œuvre les réformes structurelles fondamentales. Les Libanais peuvent compter sur l’Union européenne dans cet effort, mais l’élément déterminant réside dans l’unité nationale » souligne le communiqué.

Un pont aérien qui s’organise

En tout, onze pays de l’Union européenne + le Royaume-Uni ont répondu à l’appel du Liban par une aide directe, mobilisant plus de 330 sauveteurs et spécialistes (médical, risques, etc.).

France : huit avions militaires + 1 avion civil + 1 navire hôpital + 1 cargo + 124 sauveteurs, enquêteurs et médicaux

Du côté français, on n’a pas attendu. Deux avions militaires (un A400M Atlas et un A330 MRTT Phénix), transportant 55 personnes de l’UIISC1, l’unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile n°1 de Nogent le Rotrou (50 spécialistes du sauvetage-déblaiement et cinq experts du risque technologique) ont décollé de Roissy ce mercredi matin (5 août). À bord plusieurs tonnes de matériel sanitaire. De quoi monter un poste médical avancé pour prendre en charge jusqu’à 500 blessés.

Sapeurs pompiers militaires de l’UIISC1 sur le départ (crédit : Sécurité civile)

Cela suit l’intention affichée par le président de la République. « Des secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place » indique par tweet Emmanuel Macron dès 21h le mardi soir. Un autre avion (un Bombardier Global 6000 affrété par CMA CGM) avec à bord neuf marins-pompiers de Marseille (médecins et infirmiers) de l’unité médicale d’intervention en milieu maritime (UMIM) a atterri dans l’après-midi à Beyrouth.

Un troisième avion militaire, un A400M Atlas transportant un détachement de 60 personnels du ministère de l’Intérieur, des renforts du ministère des affaires étrangères et de la Croix rouge —  « des enquêteurs pour avancer dans les investigations, de recherche des corps comme des causes » de l’accident selon Emmanuel Macron —, a décollé de Vélizy-Villacoublay (région parisienne), jeudi (6 août), avec 15 tonnes de matériel et équipements. Le président français s’est rendu au Liban dès jeudi matin (écouter sa conférence de presse).

Il a été suivi (vendredi 7 août ) d’un avion C130J qui a décollé de la base aérienne d’Orléans avec du fret (11 tonnes de médicaments, ainsi qu’une palette de 10.000 doses de vaccins). Cela devrait permettre « la prise en charge de plus de 1000 blessés », précise le Quai d’Orsay. Un cinquième vol, assuré par un A310, a transporté personnels et frets, essentiellement pour assurer la relève de la FINUL. Trois autres vols militaires (deux A400M et un C160 Transall) sont prévus samedi 8 août et dimanche 9 août, afin d’acheminer notamment 13 tonnes de produits alimentaires et trois tonnes de médicaments.

Du côté de la marine aussi le soutien est actif, le BPC porte-hélicoptère amphibie PHA Tonnerre part dimanche (9 août) de Toulon pour arriver normalement jeudi suivant (13 août) à Beyrouth. Il permettra de déployer un hôpital de campagne. Il sera suivi par un cargo affrété par le ministère de la Défense. Au total, les armées auront convoyé 96 tonnes de fret, 130 personnes et 3 chiens (bilan au dimanche 10 août soir).

Grèce : 12 sauveteurs et 1 chien

Dès mercredi (5 août) matin également, une première équipe de l’unité spéciale grecque de lutte contre les catastrophes (EMAK), avec 2 véhicules, 12 sauveteurs et un chien, sont partis par un avion C-130 des forces aériennes, indique la protection civile grecque. Athènes est prête à envoyer une aide supplémentaire et du matériel médical au Liban, a indiqué le premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

L’équipe EMAK sur le départ (Crédit : protection civile grecque)

République tchèque : 36 sauveteurs et 5 chiens

Une équipe de secours tchèque, composée de 36 pompiers secouristes et 5 chiens de sauvetage, spécialisés dans la recherche de victimes de catastrophes dans les décombres, est partie mercredi (5 août) à 16h, a fait savoir le même jour le ministre de l’Intérieur, Jan Hamáček.

Pays-Bas : un avion et 60 sauveteurs

Mercredi soir (5 août), c’était au tour de l’équipe de recherche et de sauvetage en milieu urbain (USAR) néerlandais de s’envoler de l’aéroport d’Eindhoven à bord d’un avion civil vers Beyrouth. À bord plus de 60 personnes (pompiers, policiers, médecins et militaires), spécialisés dans la recherche de personnes disparues. Quelque 16 tonnes d’équipement lourd avec sauvetage et chiens suivent par un avion de transport lourd type C-17.

Allemagne : un navire et une unité de reconnaissance médicale

Berlin a décidé de réaffecter la corvette Ludwigshafen am Rhein qui dépendait de la FINUL vers l’assistance à la catastrophe. Le navire a quitté Limasol à Chypre jeudi matin (6 août) à 7 heures locales et doit être sur place après un trajet de six heures. Avec son médecin de bord, l’équipage d’environ 70 personnels est prêt à porter secours.

L’unité de soins intensifs mobile de la Bundeswehr à Cologne/Wahn destinée au transport aérien stratégique de patients (StratAirMedEvac) a été placée en état d’alerte accru. Une équipe de reconnaissance médicale de la Bundeswehr est déjà partie d’Allemagne avec un avion Global 5000. Selon le résultat, l’hôpital mobile pourrait être déployé et opérationnel en 96 heures, indique la Bundeswehr.

Pologne : 45 sauveteurs + 11 spécialistes (médecins, experts )

Un groupe de sauveteurs a décollé de Varsovie vers Beyrouth mercredi (5 août), à bord d’un avion de ligne régulière de la LOT vers 23h le soir. À bord, un groupe de recherche et de sauvetage du service d’incendie (USAR), composé de 43 sauveteurs et quatre chiens, renforcés de six médecins et cinq experts en matière de risques biologiques, radiologiques et chimiques et explosifs du Centre polonais pour l’aide internationale (PCPM Polskiego Centrum Pomocy Międzynarodowej). Groupe groupe dirigé par le brigadier Mariusz Feltynowski, qui a déjà dirigé les opérations de sauvetage lors des missions après les tremblements de terre en Haïti et au Népal. Ils sont arrivés dans la nuit (3 heures du matin) à Beyrouth, selon les pompiers polonais.

L’équipe de sauveteurs polonais USAR avant le départ (crédit : Państwowej Straży Pożarnej)

Italie : 14 spécialistes des risques technologiques + un navire hôpital

Une équipe de 14 pompiers spécialistes des risques NBCR (Nucléaire, Biologique, Chimique et Radiologique) est arrivée à Beyrouth jeudi (6 août). Ils sont dirigés par la cheffe d’unité Stefania Fiore. Objectif, selon la sécurité civile italienne : « apporter un appui technique sur les risques chimiques et évaluer l’état des structures endommagées » par l’explosion.

Un avion a aussi décollé de la base d’intervention d’urgence humanitaire des Nations unies à Brindisi, organisé par le ministère des affaires étrangères, en collaboration avec le département de la protection civile, avec 8,5 tonnes de matériel médical mis à disposition par la coopération italienne, indique le ministre des Affaires étrangères Luigi di Maio sur facebook. Enfin, un navire hôpital devrait rejoindre le Liban également.

Finlande : une équipe de coordination de sauvetage

La Finlande envoie une équipe finlandaise de sauvetage, d’assistance technique et de soutien (TAST), formée aux opérations de sauvetage internationales. L’une des tâches de cette équipe sera de soutenir une équipe de coordination de l’aide internationale. Une aide matérielle est aussi prévue, contenant fournitures médicales et matériel d’hygiène.

Chypre : 10 sauveteurs, deux hélicoptères, deux avions d’aide

L’île de Méditerranée la plus proche du Liban a envoyé dès jeudi (5 août) une équipe de dix sauveteurs et huit chiens de recherche, à bord de deux hélicoptères de la police, partis de l’aéroport de Larnaca. Des équipes intégrées dans l’équipe grecque EMAK. Des fournitures d’aides médicales, alimentaires et logistiques ont également été convoyées à bord d’un Airbus A319 de Cyprus Airlines, le premier vol jeudi (6 août), le second le vendredi (7 août).

Equipe chypriote de sauveteur de la police (crédit : Aéroports de Chypre)

Autriche : un coordinateur de secours

Un officier expérimenté dans les opérations internationales de secours en cas de catastrophe, le capitaine Gernot Hirschmugl, est parti jeudi (6 août) renforcer l’équipe de coordination de l’ONU (composée de 12 personnes), précise le ministère autrichien de la Défense. L’Austrian Force Disaster Relief Unit (AFDRU), une unité spécialisée de l’armée, a été mise en alerte.

Belgique : un C130 avec de l’aide, mais pas d’équipe BFast

Un avion de transport C130 de la défense belge est parti ce vendredi (7 août) vers 20h de la base aérienne de Bruxelles-Melsbroek. À son bord, du matériel médical urgent et humanitaire pour la population, mais pas d’équipe de secours comme annoncé (cf. RTBF). La Belgique avait bien proposé d’envoyer une équipe BFast, multidisciplinaire, constituée « de membres de la protection civile spécialisés dans la détection de substances dangereuses (moyens de détection CBRN), et de membres de la composante militaire de la Défense en vue de la réalisation d’une évaluation complémentaire des besoins médicaux, du Centre des grands brûlés ainsi que de quelques experts chargés d’encadrer la mission ». Mais les autorités libanaises estiment que le pays n’a pour l’instant plus « de besoin urgent de secouristes supplémentaires sur place, mais plutôt de biens humanitaires » explique Philippe Goffin, le ministre de la Défense et des Affaires étrangères, dans un communiqué.

Roumanie : un avion de matériel

Environ huit tonnes de matériel médical ont décollé samedi (8 août) de la 90e base aérienne de transport à bord de deux avions des forces aériennes (un C-130 Hercules et un C-27J Spartan).

L’aide roumaine déchargée à Beyrouth (crédit : ministère roumain des Affaires étrangères)

Royaume-Uni : un navire

Londres envoie le navire HMS Entreprise actuellement amarré non loin du Liban, à Limassol (Chypre). Objectif : « aider aux travaux d’inspection du port de Beyrouth, évaluer les dégâts et aider à reconstruire cette structure vitale » selon les termes du ministre de la Défense Ben Wallace. Une petite équipe de militaires a également été déployée à l’ambassade « pour aider à identifier les besoins et coordonner l’ensemble des mesures de soutien aux forces armées libanaises » (soutien médical adapté, assistance au transport aérien militaire et capacités de génie et de communication).

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une coordination des secours sur place

La répartition des secours sur place fait l’objet d’une coordination sous égide de l’ONU. Différents secteurs ont été attribués aux équipes de recherche déjà opérationnelles : A pour les Néerlandais, B pour les Qataris, C pour les Grecs, F pour les Français (à côté des Russes qui s’occupent du secteur G), I pour les Tchèques.

(crédit : USAR.NL)

  1. Cf. communiqué du ministère grec des Affaires étrangères, tweets du ministre tchèque de l’Intérieur, Jan Hamáček et de la ministre néerlandaise de la coopération au développement Sigrid Kraag.

Mis à jour mercredi 13h et 20h, jeudi 19h, vendredi 12-13h et 16h, samedi 13h, dimanche 8h, avec les éléments du mécanisme européen de protection civile (v2), les détails des aides française (v2), néerlandaise et tchèque (v3), grecque et allemande (v4), l’aide supplémentaire française (v5), les aides polonaise, finlandaise et italienne (v6), chypriote et britannique, l’annonce par Charles Michel de son déplacement à Beyrouth (v7), l’aide potentielle belge et l’encadré sur la carte des secours (v8), précisions sur l’aide belge et roumaine (v9), aide supplémentaire française (v10), aide européenne et déplacement Michel (v11).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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