La communication des armées françaises sur la sellette

(B2) Entre les armées françaises, dirigées par Florence Parly, et les journalistes, le fossé se creuse. La communication du ministère mise en cause

La communication lors de la pandémie de coronavirus a été souvent erratique, quand elle n’était pas incomplète et tardive – retour du groupe aérien embarqué du Charles de Gaulle (crédit : DICOD)

L’information du public dévoyée

L’association des journalistes de la Défense (AJD), (dont fait partie B2) a décidé de publier une lettre ouverte, la seconde en quelques semaines. Ce que demandent les journalistes au ministère est simple : donner de l’information au public, de façon claire, honnête et rapide.

Des dysfonctionnements révélateurs

Les dysfonctionnements sont nombreux : absence de réponse à temps, sélection arbitraire des journalistes, pression exercée quand l’article (ou la question) déplait, mensonges (délibérés) ou non des communicants…

Une volonté politique

Ce n’est pas un problème, ici, de savoir-faire. L’armée et le ministre en sont bien dotés. Et la plupart sont (très) compétents. Il s’agit ici bel et bien d’une volonté politique de tromper le public par l’intermédiaire des journalistes. Soyons clairs on est plus proches de la désinformation.  L’affaire de la contamination au Covid-19 du personnel du porte-avions Charles-de-Gaulle n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Et un manque de courage

Une réunion de ‘conciliation’ devait avoir lieu mardi (9 juin). Elle a échoué. Le conseiller communication de la ministre (Grégoire Devaux), a choisi de bouder la rencontre. Ce qui n’est pas pour nous étonner. Le communicant est plus prompt à donner des bons points et mauvais points et pratiquer la censure qu’à faire son travail. Courage fuyons…

L’Europe en bandoulière

Pour notre part, nous avons toujours été très étonnés du manque de disponibilité de la ministre française des Armées lors des réunions des ministres de la Défense, que ce soit au niveau de l’Union européenne ou de l’OTAN. La ministre est toujours ‘pressée’. Pourtant, l’Europe de la défense est une priorité officielle. Pour avoir une explication aux décisions prises ou aux rares communiqués de presse (vantant la politique ministérielle), il faut s’accrocher. Concrètement, il est plus facile aujourd’hui d’aborder un ministre de n’importe quel pays (USA y compris) qu’un ministre français inatteignable.

Un fait qui a son importance

Précisons que l’AJD n’a pour habitude de porter ce genre de débat sur la place publique. Ses membres sont plutôt ‘discrets’ et ‘disciplinés’, comme le veut le secteur qu’ils couvrent. Et s’il y a explication, elle se passe, en général, portes fermées. Cette prise à témoin publique — la première depuis la création de l’association de 1979 —, ne devrait donc pas être négligée, comme elle l’est actuellement. Elle doit être traitée avec sérieux, et au plus haut niveau, jusqu’au cabinet du Président de la République (Emmanuel Macron), puisque le cabinet de la ministre de la Défense (Florence Parly) semble considérer que c’est une peccadille.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger la première lettre du 7 mai et la seconde lettre du 9 juin

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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