La ministre française Florence Parly approximative sur l’Europe de la défense

(B2) Est-ce l’effet du coronavirus, et une désorganisation passagère au sein du cabinet de la ministre des armées, ou un signal politique plus profond ? Toujours est-il que l’Europe semble être le cadet des soucis de Florence Parly, la ministre française des Armées. Et sa communication européenne semble aux abonnés absents

(crédit : ministère français de la Défense)

Alors que l’on clame « Europe Europe Europe » (comme le dirait le général de Gaulle) urbi et orbi, les éléments concrets de cette européanitude sont plus difficiles à mesurer. Trois exemples dans l’actualité récente le démontrent.

Premier exemple : l’oubli des Tchèques dans l’opération Takuba

Le 27 mars, en pleine tension sur le coronavirus, le ministère des Armées français communique sur la mise en place de la task force Takuba. Un communiqué aux allures de victoire (publié au début de la nuit, 21h) qui proclame l’opérationnalité de cette task force, mais oublie un acteur important : la République tchèque. Elle, qui a non seulement fait une promesse de contribuer, mais aussi engagé le processus au Parlement pour cela. Elle est dans la même position que la Suède. Mais si Stockholm est cité, Prague ne l’est pas (lire : Task force Takuba : l’oubli de la république Tchèque. Une bourde française ?). Le pourquoi de cet oubli est insondable. Serait-ce que Paris n’ait pas trop envie d’une promiscuité trop grande avec le premier ministre Andrej Babis, dont il partage les mêmes bancs au Parlement européen (du groupe libéral-centriste Renew), mais pas tout à fait la même approche ? Ou une boulette. En tout cas, cela donne une ‘fausse’ information par défaut.

Deuxième exemple : un gros défaut de communication, le MinArm français adopte le tout anglais

Le 23 avril, autre son de clairon du ministère. Les trois pays de l’initiative européenne d’intervention (IEI) – France, Royaume-Uni, Pays-Bas — mettent en place une coordination pour les secours Covid-19 dans les Caraïbes. Le communiqué est publié uniquement en anglais, une légère entorse à la loi Toubon sur l’usage du français. Un détail presque éludé sans souci par la communication de la Défense. C’est pour « être plus rapide » nous répond-on. Bizarre, l’Hotel de Brienne a eu largement le temps de se préparer. Le ministère néerlandais de la Défense a déjà communiqué sur le sujet, depuis… deux semaines. Le 9 avril, La Haye annonce le déploiement de son navire et la coordination avec les Français et Britanniques à la Martinique.

« Ook Frankrijk en het Verenigd Koninkrijk hebben elk een marineschip in het gebied. Met deze landen is een coördinatie-cel ingericht op Martinique om waar nodig samen te werken. Zo kan de Karel Doorman deze schepen voorzien van brandstof. »

Sur le fond, l’imprécision règne, la communication française passe ainsi sous silence la préparation aux ouragans, pourtant un aspect important dans les Caraïbes, mis en avant par les Britanniques (lire : France, Pays-Bas et Royaume-Uni se coordonnent dans les Caraïbes)

Troisième exemple : le projet de char franco allemand, entre Paris et Berlin, 48 heures de différence

Berlin publie le jour même (le 28 avril) de la signature d’un accord définissant les engagements du char du futur franco-allemand un communiqué assez général mais qui contient les informations principales. À Paris, la ministre des Armées, Florence Parly, se contente d’un pâle tweet deux jours après, sans plus de précision. Aucun communiqué ne sera publié.

Nous n’évoquerons pas ici la communication sur les cas de Coronavirus sur le porte-avions Charles-de-gaulle que nous avons suivi. La communication cahotique, contradictoire d’un jour à l’autre, est révélatrice d’un problème qui dépasse une simple question de mots ou de phrases (lire : Le groupe aéronaval français atteint au cœur. La situation minorée par les armées (v3)).

Une présence évanescente lors des conseils des ministres au plan européen

Quant à la présence de la ministre aux ministérielles à l’Union européenne (et à l’OTAN également), elle est tellement inattendue que la question n’est même plus abordée lors des briefings avant réunion (1). Alors que plusieurs des collègues européens viennent voir, avant, pendant, ou après « leurs » journalistes nationaux, la ministre a autre chose à faire que venir devant de simples ‘manants’ expliquer le contenu des décisions et discussions prises. Lors de la dernière informelle de Zagreb, où quasiment tous les ministres des Affaires étrangères ou de la Défense sont venus à se prêter à cet exercice, parfois de façon très informelle, ou individuelle, la ministre française est passée comme une flèche, sans aucun commentaire ni détail. C’est dommage, la voix de la France, pourtant si vocale sur l’Europe, est ainsi aux abonnés absents.

Commentaire : avant de crier sans cesse à la désinformation, ou de tancer les journalistes car il trouve leurs questions un peu trop pushi, le ministère français des Armées serait bien conseillé de d’abord mieux communiquer, à temps, de façon honnête, en donnant autant de détails que possible (et en français, s’il vous plaît). Une grosse remise à niveau s’impose.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. A l’exception de notre collègue de l’AFP, tenacité sublime de l’agencier oblige.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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