Covid-19. La Belgique a-t-elle fait le bon choix en interrompant la mission Foch à temps

(B2 – exclusif) La présence de 50 cas positifs sur le porte-avions français Charles-de-Gaulle interpelle d’autant qu’un seul cas avéré a été détecté pour l’instant au sein de la frégate belge Leopold Ier. Est-ce la chance ou la Belgique a-t-elle fait le bon choix tactique, en termes sanitaires, en interrompant la mission

Le Leopold Ier à quai le 27 mars (crédit : MOD Belgique / marine)

Voici les éléments rassemblés, à bonne source, sur l’évolution de la frégate belge Leopold Ier (F-930), qui participait à la task force 473 autour du porte-avions français Charles-de-Gaulle (R-91), après la découverte d’un cas suspect (confirmé entretemps de coronavirus) dans la frégate belge. À compléter le cas échéant ultérieurement.

La frégate belge avait-elle fait escale à Brest et les marins ont-ils pu quitter le bord ?

Oui, comme tout le groupe aéronaval, l’équipage belge a pu quitter le bord lors de l’escale de Brest (13 au 16 mars). Mais avec des consignes qui dépendaient de la situation locale « prévue à ce moment ». Parmi les consignes deux essentielles : éviter « certaines zones » et « se laver assez fréquemment les mains ». Le dimanche (15 mars), quand la ville est passée en ‘lock down’, les marins sont revenus à bord. Le Léopold I a quitté Brest le lendemain, lundi (16 mars).

Que s’est-il passé quand un cas de coronavirus a été connu ? L’état-major français a-t-il été prévenu ?

Le marin présentant des signes suspects caractérisés a été évacué de la frégate belge dès le 20 mars. Dès confirmation que le test était positif au coronavirus (NB : le 24 mars), ordre a été donné de préparer le retour en Belgique. L’état-major (français) du groupe aéronaval a été alors prévenu.

NB : On ne peut pas imaginer, connaissant la chaîne hiérarchique impeccable au sein de l’armée française et la valeur stratégique et symbolique du Charles-de-Gaulle, que cette information ne soit pas remontée rapidement (voire immédiatement) à l’état-major de la marine, l’état-major des armées, voire au cabinet de la ministre et au cabinet militaire particulier du président de la République. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’autre réaction côté français. Mystère…

Qu’est-il advenu de l’équipage belge ?

La frégate belge est arrivée le 27 mars à 9h20 à sa base de Zeebruges/Zeebrugge. Là, l’équipage a été accueilli par la chaine médicale. Ensuite, tout le le monde a été mis en quarantaine pour une période de 14 jours (durée d’observation standard), afin d’éviter au maximum des contaminations supplémentaires dans la population, soit à domicile, soit à la caserne. Pour les militaires avec de la famille chez eux « qui font partie du groupe à risque » (personnes plus âgées ou souffrant de défaillances pulmonaires), la Défense a prévu une mise en quarantaine dans une installation militaire (école militaire). Chaque marin a reçu un package d’information, des consignes à suivre et des coordonnées de contact, et est suivi de près, médicalement et psychologiquement, durant toute cette période, m’assure-t-on.

Y-a-t-il d’autres cas connus ?

Aucun autre cas n’a été détecté pour l’instant (8 avril), selon une source officielle, soit près de 14 jours après la découverte d’un cas suspect (20 mars).

Au final, quelle tactique au plan sanitaire était la meilleure ?

La question peut se poser tant au niveau sanitaire qu’opérationnel. Côté sanitaire : 40 suspects sur le ‘Charles’, 1 cas suspect (confirmé entretemps) sur le ‘Leopold Ier’ et pas d’autre cas suspect. Au niveau opérationnel, côté belge, la frégate est au port, la quarantaine est quasi terminée. Et (en pure théorie), elle pourrait de nouveau être opérationnelle. Côté français, le porte-avions n’est toujours pas au port, la quarantaine n’est pas terminée. Le porte-avions serait donc inopérationnel (toujours en théorie) durant au moins une bonne quinzaine de jours…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).