Ma mission de paix au Proche-Orient, par Miguel Angel Moratinos

(B2) Miguel Angel Moratinos a été ministre espagnol des Affaires étrangères, ambassadeur espagnol en Israël, puis envoyé spécial de l’UE pour le Moyen-Orient. Pendant sept ans, de 1996 à 2003, il a parcouru la région avec un but : la paix entre Israël et la Palestine. Il livre son témoignage, et ses analyses géopolitiques

Pas besoin d’être un fin connaisseur du conflit entre Israël et la Palestine pour lire ce livre. L’ancien envoyé spécial emmène le lecteur avec lui, comme un confident, et lui décrit les lieux, les personnages… C’est comme si vous étiez dans la salle de négociation. Il ne mâche pas son discours non plus, disant vertement ce que d’autres disent plus bas, mezzo vocce.

Un manque de leadership en Europe sur le Proche-Orient

« Les Européens ont toujours caché leur mauvaise conscience en payant, puisqu’ils n’avaient pas le courage d’exercer davantage de pression politique sur les États-Unis », dénonce clairement Miguel Angel Moratinos dans son livre. Mais les déclarations ne suffisent pas non plus.

« L’unanimité dans les formes, dans les principes, dans les déclarations, dans les conclusions, c’est très bien, mais quand il faut passer à l’action politique réelle, il y a des divergences car il n’y a pas, en Europe, de leadership. » Un conseil important à l’heure de la Commission géopolitique voulue par Ursula von der Leyen.

Mais l’ancien envoyé spécial « est convaincu que l’Europe est suffisamment responsable et capable d’aider à faire la paix au Proche-Orient et que les Européens, mêmes s’ils doutent de leur ressources et de leur potentiel, sont dotés d’une capacité à faire bouger les choses ».

La paix n’est pas une utopie… ou presque

« Oui, la paix n’est pas une utopie ; oui, la paix est possible et la lecture de ce livre a prouvé la volonté, la capacité et l’envie de paix de tous les acteurs. » Miguel Angel Moratinos est formel. Il y a de l’espoir. Et c’est bien ce sentiment que donne son livre.

Néanmoins, l’ancien ambassadeur reste réaliste. Il se désole par exemple que « ce processus de paix, nécessaire au commencement, est devenue malheureusement au fil du temps un ‘but en soi’ et non la quête du but final, à savoir la paix définitive. La communauté internationale s’est accommodée, de guerre lasse, d’une situation bancale et elle s’est contentée d’un processus qui, avec ses hauts, ses bas et ses atermoiements, s’est avéré incapable en fin de compte de résoudre définitivement le conflit historique. Aujourd’hui, il n’y a plus ni de feuille, ni plan, mais ce qui est le plus grave, c’est qu’il n’y a pas de route non plus ».

Enfin… Ne ratez pas la dernière partie. Elle établit un panorama complet des revendications des deux parties, et offre une frise chronologique. Très utile pour les néophytes comme les esthètes. On s’y perd tous un peu parfois !

(Aurélie Pugnet)

  • Editions L’Harmattan, 2019, Paris, 296 pages, 32 euros

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