La Chine vient au secours de l’Italie. L’Europe perd le monopole de la générosité (v2)

(B2) Il y a quelques temps encore, les Européens avaient leur ‘core business‘ : l’aide humanitaire. En quelque sorte, l’Europe détenait un monopole : celui de la générosité. Épidémie de coronavirus faisant, elle a perdu cette faculté, sur son territoire même… C’est la Chine qui a pris le relais.

L’équipe médicale chinoise sur le tarmac de l’aéroport (crédit : Croix-rouge italienne)

Une aide de la Croix-rouge chinoise

Ironie de l’histoire, c’est à bord d’un Airbus A350 de China Eastern, affrété par la Commission nationale (chinoise) de santé et la Croix-rouge chinoise, qu’une équipe médicale chinoise a atterri, jeudi soir à l’aéroport de Rome Fiumicino. Objectif : aider l’Italie à contenir la nouvelle épidémie de coronavirus. Ce n’est pas une première. C’est la troisième équipe d’experts envoyée à l’étranger par les autorités chinoises. Deux équipes ont été envoyées, l’une en Iran, l’autre en Irak.

Une équipe de spécialistes du Coronavirus

À son bord, une équipe médicale de neuf membres, six hommes et trois femmes dirigés par le vice-président de la Croix-Rouge chinoise, Sun Shuopeng. Des réanimateurs — dont le professeur renommé de réanimation cardio-pulmonaire, Liang Zongan —, des pédiatres, des infirmières et des personnalités, très au fait de l’urgence coronavirus. Car ils ont géré l’épidémie en Chine. L’avion transportait aussi, selon la Croix-rouge italienne, plusieurs tonnes d’équipement et de fournitures médicales, dont des ventilateurs, des moniteurs et des défibrillateurs, permettant de mettre en place 30 unités d’équipements de soins intensifs, et des dizaines de milliers de masques et autres appareils médicaux.

La coopération entre Rome et Pékin renforcée

Luigi Di Maio, le ministre des Affaires étrangères en personne, a tenu à remercier, lors d’une conférence de presse, l’aide chinoise et la coopération en cours d’élaboration. « Ce soir, l’Italie n’est pas seule. De nombreuses personnes dans le monde nous soutiennent. »

Alla croce rossa con i medici cinesi

Eccoci dalla sede della Croce Rossa Italiana insieme al team di medici cinesi arrivati ieri per sostenere i nostri medici e operatori sanitari. Collegatevi in diretta.

Gepostet von Luigi Di Maio am Freitag, 13. März 2020

(Mis à jour) Aucune aide européenne

Si le mécanisme de protection civile a bien été activé le 26 février à la demande de l’Italie, il semble bien que Rome n’ait rien reçu. B2 en a eu confirmation. Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic, a bien lancé un appel lors du conseil exceptionnel des ministres de la Santé, le 6 mars, pour « travailler dans un esprit de coopération ». Les mécanismes de l’UE visant « à soutenir les États membres dépendent de la solidarité » a-t-il reconnu un peu dépité, devant le manque de réponses.

… une réponse en train de se préparer

L’Allemagne qui avait bloqué (comme la France) toute exportation de masques en dehors du pays « se prépare à fournir une quantité importante de masques à l’Italie » a assuré à B2 un porte-parole de la Commission (un million de masques a précisé Sonya Gospodinova, la porte-parole du commissaire Th. Breton en charge du marché intérieur). Outre le mécanisme de protection civile, il existe « un autre moyen pour l’Italie d’obtenir davantage d’équipements de protection, à savoir les achats conjoints ». La Commission a décidé « d’accélérer  le processus d’achat commun d’équipements de protection […] pour réduire au minimum les éventuelles pénuries ».

Commentaire : une bataille en train de se perdre

L’Europe vient de perdre une bataille sur son propre territoire et son domaine normalement réservé : l’aide humanitaire et la solidarité entre les États membres. Comme pour la Grèce, il y a dix ans, où elle en avait été réduite à quémander l’aide du Fonds monétaire international, un de ses plus puissants États en est aujourd’hui réduit à quémander l’aide extérieure, ne recevant pas suffisamment de l’aide intérieure. Les remerciements ardents à l’aide chinoise ne semblent pas pure courtoisie. Ceci devrait laisser des traces. La nouvelle route de la soie, à visée politico-économique, trouve ici sa justification. Et les Européens, affaiblis, laissent faire.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour le 16 mars à 12h30

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “La Chine vient au secours de l’Italie. L’Europe perd le monopole de la générosité (v2)

  • 15 mars 2020 à 09:03
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    Je suis tout à fait d’accord avec votre conclusion.
    Pourtant, pour moi l’initiative chinoise à aussi une motivation intrinsèque vu la répartition des citoyens chinois en Toscane et en Lombarde. + les clandestins. Malheureusement, je n’ai pas encore trouvé une bonne statistique là-dessus.
    Bonne journée. Restez en bonne santé
    H. Uwe Mergener

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