[Evros, porte de l’Europe 7] Pour MSF, la seule crise est celle d’un manque de volonté politique

(B2, à Athènes) Apostolos Veizis dirige en Grèce l’unité de soutien opérationnel médical de Médecins sans frontières. Il assure qu’il « n’y a pas de crise des réfugiés ni de l’accueil des migrants, mais une crise de gestion politique »…

Apostolos Veizis, chef de l’unité de soutien opérationnel médical de MSF en Grèce, dans son bureau à Athènes (© B2/Emmanuelle Stroesser)

Selon le responsable de l’ONG, tout s’est aggravé depuis la signature de la facilité entre l’Union européenne et la Turquie, en mars 2016. Les conditions de vie dans les camps des îles de la mer Egée sont de pire en pire. « Ce n’est pas l’argent qui manque. Mais la volonté politique ». Celle qui devrait éviter que des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, de mineurs non accompagnés vivent dans des conditions indignes, au cœur de l’Europe.

Changement de rhétorique

La réforme de la loi sur l’asile, adoptée l’été 2019 par le gouvernement à peine installé, est perçue comme un geste avant tout politique. Il fallait marquer le coup. Aller vite. D’ailleurs, « elle a été adoptée en quatre jours » soupèse Apostolos. Il fustige le discours qui s’est durci. Qui fait que certains hommes politiques « ne parlent que chiffres, du nombre de containers et non plus d’êtres humains ».

L’accès aux soins entravé

La critique contre « l’Union européenne (qui) n’assume pas sa responsabilité » est directe. Médecins sans frontières a d’ailleurs choisi de ne plus recevoir de fonds européens depuis 2016. Un «  choix politique » assumé. Qui lui offre la liberté de dénoncer aujourd’hui les restrictions d’accès aux soins imposées depuis l’été dernier aux réfugiés, dont « des enfants gravement malades ». MSF cible notamment « les autorités grecques (qui) refusent de soigner des enfants gravement malades » sur l’île de Lesbos (1).

(Emmanuelle Stroesser)

  1. Cf. communiqué diffusé le 23 janvier.

Tous les articles de notre reportage [Evros, porte de l’Europe]

  1. Le fleuve Evros, l’autre porte d’entrée des réfugiés vers l’Europe
  2. La Turquie tire les ficelles aux frontières extérieures de l’UE (G. Koumoutsakos)
  3. En Grèce, le nombre de demandes d’asile en instance explose
  4. L’accueil et le traitement des réfugiés sous la pression de l’accord UE Turquie
  5. EASO va doubler ses effectifs en Grèce
  6. Le HCR, gardien du droit d’asile, en position d’équilibre
  7. Pour MSF, la seule crise est celle d’un manque de volonté politique
  8. Sharifi G. voulait rejoindre sa soeur en Allemagne, il a été emprisonné en Grèce

Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme.