Le chancelier autrichien tacle l’opération Sophia

(B2) Sebastian Kurz est opposé à une reprise du volet naval de l’opération  « Sophia » (EUNAVFOR Med) même pour faire respecter l’embargo sur les armes contre la Libye. Et il le dit clairement

Sebastian Kurz passant en revue les casques bleus autrichiens au Liban (crédit : MOD Autriche, Dragan Tatic, janvier 2016)

Le contrôle des armes : un prétexte

« L’intention de relancer la mission de sauvetage de Sophia sous le prétexte de surveiller le respect de l’embargo sur les armes des Nations unies est un stratagème évident. Je dis clairement que cela n’arrivera pas. L’Autriche, ainsi qu’un certain nombre d’autres pays, le rejettent catégoriquement » affirme ainsi Sebastian Kurz dans une interview au journal allemand ce week-end ‘Welt am Sonntag‘.

La voie des airs plus praticable

L’opération a été « pratiquement inefficace entre 2016 et 2019 », pour contrer le trafic d’armes, alors qu’elle avait cela dans son mandat, dénonce-t-il. L’Union européenne, avec les pays partenaires, « ferait mieux de se concentrer sur le contrôle de la contrebande d’armes vers la Libye, au sol et dans les airs ».

Une opération Sophia, un billet d’entrée pour clandestins

Et de reprendre un vieux leitmotiv : « Au fond, ‘Sophia’ a toujours été avant tout une mission de sauvetage, qui est devenue le billet d’entrée en Europe pour des milliers de migrants clandestins. Cela a entraîné des décès supplémentaires en Méditerranée parce que cette région a attiré davantage de migrants ».

Commentaire : un propos à relativiser ?

Le chancelier autrichien n’a pas tort quand il dit que l’opération Sophia n’a pas été très efficace dans le passé sur le volet ’embargo sur les armes’. Mais quand il s’aventure sur le terrain ‘opérationnel’, il rejoint le camp des sémillants ‘Y qu’à, il faut qu’on’. Pour rappel, Vienne ne fournit actuellement aucun moyen aérien à l’opération Sophia alors que d’autres pays, tels le Portugal (jusqu’à peu), la Pologne ou le Luxembourg le font. Quant au volet terrestre, on attend de voir les soldats autrichiens à la frontière libyenne sud par exemple pour contrôler le trafic d’armes. Ce genre d’argument est plutôt une manière hypocrite de se défausser.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).