[Evros, porte de l’Europe 2] La Turquie tire les ficelles aux frontières extérieures de l’UE (G. Koumoutsakos)

(B2 à Athènes) Georgios Koumoutsakos est ministre adjoint à la migration et l’asile dans le gouvernement de Kyriákos Mitsotákis formé en juillet 2019. Aujourd’hui, il accuse la Turquie de jouer avec les frontières de l’UE… 

G. Koumoustakos (© ES/B2)

Le nouveau gouvernement illustre le virage à droite de la Grèce, après cinq ans de gouvernement Tsipras (2015-2019). Ancien député européen (2009-2014), Georgios Koumoutsakos a été vice président de la délégation UE Turquie au Parlement européen.

L’accord entre l’UE et la Turquie, signé en 2016, prévoit que la Grèce puisse renvoyer en Turquie tout réfugié n’étant pas autorisé à rester en Grèce. Le nombre de retours est faible (1), comment l’expliquez-vous ? 

— Nous avons voté une nouvelle loi sur l’asile. Nous renforçons le personnel (pour l’examen des dossiers de demande d’asile) afin d’avoir des procédures très rapides. Si nous avons des procédures plus rapides, nous aurons la possibilité de retours plus nombreux. Nous avons déjà commencé, mais de l’autre côté, la déclaration commune prévoit des obligations pour la Turquie aussi. Ils doivent éradiquer les réseaux de trafiquants. Ils ne font presque rien en ce qui concerne les réseaux qui sont à côté de la Grèce. Sinon, on ne verrait pas ces gilets de sauvetage et bateaux sur nos côtes…

Le respect de l’accord tient au bon vouloir des Turcs ? 

— Les Turcs ont une autre obligation. Ils doivent dissuader l’apparition de nouvelles routes de migration terrestre. Là aussi, nous avons un problème entre l’ile de Samothrace (carte) et Alexandropoulis. Ils doivent faire quelque chose. Ils doivent aussi répondre aux questions des autorités grecques. Or, lorsque la police envoie des questions détaillées sur des trafiquants, il n’y a presque jamais de réponse.

La frontière reste donc sous pression ? 

— La répétition de déclarations turques disant « on va rouvrir les portes », que l’on a entendu au plus haut niveau du gouvernement turc, même au niveau du président de la République, sont une invitation aux trafiquants et aux migrants de venir aux frontières. Ce qui augmente la pression sur les frontières. Cela certifie en même temps qu’ils contrôlent les flux. Car en disant qu’ils peuvent ouvrir, ils admettent qu’ils contrôlent les flux.

Il y a pourtant cet accord entre l’UE et la Turquie, qui a posé un certain nombre de points en contrepartie de la Facilité accordée à la Turquie pour l’accueil des syriens sur son sol ?

— Nous soutenons pleinement l’application de la déclaration commune.

Au Parlement européen, des députés s’interrogent sur le fait que les autorités grecques n’autorisent pas Frontex à intervenir à la frontière avec la Turquie ? Est-ce exact ? —

— Bien sûr que non. Ce sont les autorités turques qui n’acceptent en aucun cas de voir Frontex patrouiller dans leurs eaux territoriales ou sur leur territoire. Nous, ce que nous voulons, c’est renforcer notre coopération avec Frontex. La coopération est essentielle pour nous. Mais les Turcs n’accepteront jamais.

Pour quelle raison ? 

— C’est une question à poser aux autorités turques.

Le Haut commissariat aux réfugiés exprime des réserves sur cette nouvelle loi sur l’asile (adoptée en juillet 2019 et applicable depuis le 1er janvier). Que lui répondez-vous ? 

— Nous avons commencé à appliquer cette réforme. Laissons-la se mettre en œuvre.

Avez-vous l’intention d’agrandir les barbelés aux frontières terrestres ? 

— Nous voulons renforcer la frontière terrestre, et la frontière maritime.

Avec des hommes et des barbelés ?

— Avec tous les moyens prévus.

(Emmanuelle Stroesser)

  1. Le gouvernement parle de 4000 retours en quatre ans

Interview réalisée en face à face, à Athènes, le 28 janvier 2020, à l’issue de la conférence de presse suivant la signature de l’accord entre la Grèce et l’EASO


Tous les articles de notre reportage [Evros, porte de l’Europe]

  1. Le fleuve Evros, l’autre porte d’entrée des réfugiés vers l’Europe
  2. La Turquie tire les ficelles aux frontières extérieures de l’UE (G. Koumoutsakos)
  3. En Grèce, le nombre de demandes d’asile en instance explose
  4. L’accueil et le traitement des réfugiés sous la pression de l’accord UE Turquie
  5. EASO va doubler ses effectifs en Grèce
  6. Le HCR, gardien du droit d’asile, en position d’équilibre
  7. Pour MSF, la seule crise est celle d’un manque de volonté politique
  8. Sharifi G. voulait rejoindre sa soeur en Allemagne, il a été emprisonné en Grèce

Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme.

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