Le crash Boeing 737 d’Ukrainian Airlines dû à un missile sol-air iranien (Trudeau)

(B2) Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a jeté un pavé dans la mare, ce jeudi (9 janvier), en annonçant cette nouvelle : le crash du Boeing d’Ukrainian Airlines à Téhéran n’est pas accidentel mais a une origine militaire. Une nouvelle crise commence ?

Justin Trudeau confirme l’origine du crash : un missile sol-air iranien (crédit : CPAC)

Des faisceaux de renseignements concordants

« Des renseignements de différentes sources, notamment de nos alliés et de nos propres services […] indiquent que l’avion [un Boeing 737] a été abattu par un missile sol-air iranien » a assuré Justin Trudeau lors d’une conférence de presse tenue dans l’après-midi.

Un tir non intentionnel sans doute

Ce missile a été tiré « sans doute de façon non intentionnelle » a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse tenue cet après-midi à Ottawa. Il n’a cependant pas voulu exclure la possibilité que le tir soit intentionnel.

Une enquête nécessaire

Le Premier ministre n’a pas voulu davantage de détails, assurant qu’il fallait avant tout « une enquête approfondie, crédible » pour déterminer les causes exactes de l’incident. « Les Canadiens ont des questions et ils méritent des réponses ».

Un crash juste après le décollage de l’aéroport de Téhéran

L’appareil, un Boeing 737, s’est écrasé, à 6h10 locales (3h40 heure Paris), mercredi (8 janvier), peu après (six minutes) son décollage, près de la localité de Sabashahr, au sud-ouest de Téhéran, après avoir tenté de faire demi-tour, selon l’Organisation de l’aviation civile iranienne (CAO), citée par l’AFP.

63 Canadiens et 16 Européens victimes

Les 176 personnes à bord sont toutes décédés. Parmi eux, figurent 16 Européens (10 Suédois, 3 Britanniques et 3 Allemands), 63 Canadiens, 82 Iraniens, 11 Ukrainiens (dont les 9 membres d’équipage), 4 Afghans, selon le bilan donné par Vadym Prystaiko, le ministre ukrainien des Affaires étrangères (1).

Une assistance néerlandaise et française

Le leader canadien s’est entretenu avec plusieurs dirigeants, notamment avec Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, qui a vécu un incident similaire lors du crash du MH17 en Ukraine, victime d’un tir des prorusses (2). Un échange d’expérience utile notamment sur le dialogue avec la Russie. « Les Néerlandais sont prêts à nous aider dans cette enquête ». La France, aussi, par le biais du président Emmanuel Macron « nous offre son assistance » a-t-il ajouté. Il pourrait s’agit notamment d’experts du bureau d’enquête accidents ainsi que du constructeur français Safran « puisque les moteurs [de l’avion] étaient fabriqués en France », a confirmé Justin Trudeau.

Commentaire : des responsabilités à dégager

Cette annonce met fin à toute une série de rumeurs qui commençaient à enfler. Elle met la pression désormais sur le pouvoir iranien qui va devoir clarifier rapidement les circonstances de l’incident (3). Par ricochet, elle pourrait mettre en lumière une certaine responsabilité indirecte américaine (même si elle ne peut pas être placé au même niveau). Le geste du président américain Donald Trump donnant le ‘feu vert’ à l’exécution extra-judiciaire du général Soleimani ayant contribué à l’augmentation des tensions dans la région.

Vers une équipe d’enquête Iran-Usa-France

Ce rebondissement contribuera-t-il à l’escalade des tensions dans le Moyen-Orient ou au contraire à une certaine volonté de déconfliction ? Il est trop tôt pour en juger. Mais on pourrait assister à une certaine ‘diplomatie du crash’. De façon assez ironique, selon les règles internationales, une enquête sur un crash d’avion réunit les services d’enquête du pays lieu de l’accident (Iran), du pays propriétaire de l’avion (Ukraine), du pays constructeur de l’avion (les Américains de Boeing et les Français de Safran). Des règles qu’entend respecter Téhéran affiche une dépêche de l’agence iranienne Irna. Les pays des victimes, notamment le Canada (2e pays originaire des victimes) pourraient aussi être associés. Du moins Justin Trudeau l’a demandé.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une interdiction de survol par précaution

 Une réunion extraordinaire des experts de la sécurité de l’aviation européenne devrait avoir lieu vendredi (10 janvier) afin « d’évaluer les possibles risques et implications » de la situation au Moyen-Orient, a déclaré Stefan de Keersmaecker, porte-parole ‘Transport’ de la Commission européenne, jeudi (9 janvier), lors du ‘briefing’ de midi. En attendant, l’agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a recommandé « d’éviter les opérations de vols commerciaux au-dessus de l’espace aérien irakien ».


  1. Les chiffres peuvent varier, plusieurs passagers possédant une double nationalité (Canadiens-Afghans et Iraniens). L’Iran évoque ainsi un autre bilan de 147 nationaux tués et 32 étrangers.
  2. Lire : Crash du MH17. Les coupables, les responsables. Comme un problème européen aussi !
  3. Lire aussi : L’Iran reconnait sa responsabilité

Mis à jour 11 janvier, 9h avec le renvoi à l’article suivant

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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