Un pirate nigérian jugé aux Pays-Bas

(B2) Itoruboemi Benson Lobia, un des pirates nigérians, est arrivé jeudi (4 décembre) à l’aéroport de Schipol en provenance d’Afrique du Sud, et immédiatement transféré à la justice néerlandaise, selon la chaîne de télévision NOS. Ce au terme d’une procédure qui a duré près de deux ans.

FWN Rapide (crédit : Forest Wave)

Une prise d’otages au large de Port Harcourt

Le FWN Rapide of Groningen, qui bat pavillon néerlandais, et appartient à la compagnie maritime ForestWave avait été attaqué par des pirates au large de la côte du port Harcourt dans la nuit du 21 au 22 avril 2018. Il venait de Tadokari au Ghana. Onze des 14 membres d’équipage avaient été enlevés, puis retenus en otage durant plusieurs semaines. Les hommes restant – qui s’étaient cachés durant l’attaque – ont réussi à manœuvrer le navire pour le mettre à l’abri. Les otages avaient été libérés quelques semaines plus tard, le 18 mai, après versement d’une rançon. Les pirates demandaient 2 millions $, ils ont obtenu finalement 340.000 $ selon le Dagblad Noorden.

Arrêté lors d’un transit en Afrique du Sud

Il avait été arrêté en Afrique du Sud, par l’antenne d’Interpol à l’aéroport international de Tambo, près de Johannesburg en novembre 2018, alors que son avion faisait escale sur la route vers l’Ile Maurice. Le tribunal de Kempton Park s’était prononcé ensuite en faveur de son transfert en janvier dernier estimant que le gouvernement néerlandais avait apporté suffisamment de preuves pour permettre son extradition, selon le Sunday Times sudafricain. Mais l’accusé a contesté cette procédure, estimant ne pas être l’homme recherché. Son âge, un certain nombre de caractéristiques physiques comme l’existence d’une boucle d’oreille, l’ont trahi. « Les similitudes remarquables entre son apparence et les descriptions des témoins sont une vérité gênante » a indiqué le juge sud-africain.

Pas un simple comparse, mais un organisateur

L’homme, soupçonné d’avoir organisé l’attaque du cargo néerlandais FWN Rapide of Groningen, ‘est pas considéré comme un amateur par le Néerlandais qui le soupçonnent derrière d’être plusieurs attaques et, même, de diriger un consortium de pirates, plutôt bien organisé. Selon le capitaine du navire, les pirates ont ainsi utilisé des bateaux en plastique, difficilement détectables par le radar de bord. Même si aucun membre d’équipage n’était néerlandais, en raison de l’État du pavillon, le ministère public néerlandais a émis un mandat d’arrêt international contre lui.

Plusieurs précédents

Ce n’est pas la première fois que des pirates sont jugés par un tribunal néerlandais. Mais ce n’est pas tout récent. On se souvient que plusieurs pirates somaliens avaient été transférés aux Pays-Bas dans le début des années 2010. Selon notre base de données ‘pirates’, ils y a eu quatre transferts à l’époque portant sur 23 suspects au total. Le premier pour l’attaque du Samanyulo, navire battant pavillon des Antilles néerlandais, en janvier 2009 (lire : Après remise de pirates, l’Absalon intègre la CTF-151), le second pour l’attaque du Choizil, un yacht sud-africain, en novembre 2010 (lire : 5 pirates supplémentaires vont être jugés aux Pays-Bas), le troisième pour l’attaque d’un boutre iranien Hormuz, en avril 2011 avec neuf pirates transférés et jugés, et le quatrième pour la capture d’un autre boutre en octobre 2012 (lire : 4 pirates transférés aux Pays-Bas). Ils avaient été condamnés respectivement en juin 2010, en août 2011, en octobre 2012 et le dernier en avril 2015 (en appel).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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