Le travail (difficile) des garde-côtes libyens filmé. Éprouvant, émouvant

(B2) Le travail des garde-côtes libyens est souvent décrié mais rarement connu. Une équipe de France 24 a réussi à embarquer, suivant un sauvetage de bout en bout. Un témoignage émouvant

(crédit : France 24)

C’est à 130 km des côtes libyennes que le navire des garde-côtes s’approche d’un radeau en déroute. Les 126 personnes à bord, des Soudanais en grande majorité, ont dérivé durant 18 heures. Les Libyens ont été avertis par les centre maltais et italien de secours (MRRC) (comme le veut la procédure internationale).

Le travail des garde-côtes

On reconnait des méthodes de secours éprouvées, dérivant des formations européennes (selon nous), visant à sécuriser la situation et ramener tout le monde à bord en sécurité. « Attache-bien le bateau. Ils vont tomber. Doucement, doucement. Chacun son tour. Les enfants d’abord ». Le capitaine du navire commande la manœuvre. Tout le monde est récupéré sain et sauf. Mais les conditions à bord restent sommaires : pas de gilets de sauvetage, pas de nourriture. Ce bateau des garde-côtes n’est d’ailleurs pas vraiment équipé pour assurer un sauvetage aussi important. Et, cependant, les garde-côtes font le travail régulièrement, intervenant parfois hors de la zone, « dans la zone SAR maltaise » indique la journaliste de France 24.

Des personnes en grande détresse

Le désarroi des migrants et réfugiés est clair. Après 18 heures en mer, ils s’imaginent être sauvés par une ONG. Quelle est leur déception quand ils découvrent être pris en charge par les Libyens. « Je ne veux pas retourner en Libye, je vous en supplie, amenez-moi en Italie » crie une jeune fille éplorée. Inutile de faire un interrogatoire supplémentaire. On comprend que c’est une question de survie. À mi-mot, elle confirmera aux reporters avoir été l’objet de violences sexuelles. « Son petit frère a été enlevé contre rançon. Son père a été battu, on lui a tiré dessus. On l’a extorqué, obligé de travailler de force sans être payé » raconte Julie Dungelhoeff.

Des Libyens débordés

De retour au port, l’accueil n’est pas vraiment à la hauteur. « Il y a plein de monde dans le centre, c’est plein » lâche un des responsables libyens. Hors caméra, le constat est encore plus terrible. « Qu’est-ce qu’on fait ? » s’interroge un agent libyen (du contrôle des migrations ?) à ses collègues, captés par une caméra discrète. « Personne ne veut d’eux, ni leurs ambassades ni les organisations internationales. » Les migrants seront embarquées sans ménagement dans un camion, direction un centre à Tripoli. Les coups pleuvent en général, témoigne un Tchadien. Devant les caméras, les Libyens n’osent pas.

Le sale boulot fait par les Libyens

On peut les incriminer, sans doute, les Libyens. Mais la réalité est que le Européens ferment les yeux, bien contents qu’ils bloquent tout départ. « L’Europe se débarrasse du sale boulot » comme le résume notre collègue de France 24.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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