Un groupe de forces spéciales européennes au sein de Barkhane. Cela avance lentement

(B2) Afin de compléter l’action de l’opération Barkhane au Sahel (Mali, Burkina Faso), les Français ont sollicité une dizaine de pays européens pour leur fournir quelques effectifs de forces spéciales. Mais les réponses tardent

Forces spéciales belges en entraînement au Sénégal (crédit : Mil.be / Archives B2)

Objectif : mentoring

L’objectif est d’avoir un groupe de quelques centaines de militaires capables de se déployer dans différents lieux du Mali pour accompagner les forces armées sahéliennes après les avoir formées. Il s’agit de faire ce qu’on appelle dans le jargon opérationnel du ‘mentoring‘. Ce qui permettrait aux forces françaises de se concentrer sur d’autres zones géographiques, pour traquer les groupes armés terroristes.

Un appel lancé aux forces spéciales européennes

L’idée avait déjà été évoquée par la ministre Florence Parly devant les forces spéciales à Pau à la mi-juin. « Si les Européens, qui sont directement concernés, ne le font pas, qui le fera ? » s’interrogeait-elle, évoquant « un projet qui consiste à fédérer des forces spéciales de différents pays afin de soutenir l’effort de nos forces spéciales, au Sahel par exemple ». Elle s’était montrée optimiste. « Les retours sont encourageants et j’ai bon espoir que ce projet pourra prospérer » disait-elle.

Silence radio sur les avancées

Depuis, on ne semble pas avoir avancé de façon décisive. Et, devant l’université d’été de la défense à Avord (près de Bourges), vendredi (13 septembre), la ministre s’est bien gardée d’évoquer ce sujet. Personne d’ailleurs ne se hasarde à avancer une date de mise en place de cette force. Des processus de consultation internes à chaque pays sont en cours, nous assure-t-on. Mais la situation politique instable dans plusieurs pays rend la chose très compliquée (1).

Plusieurs pays de l’IEI consultés

La liste des pays consultés elle-même reste secrète. « Inutile de mettre de la pression sur les pays concernés » précise-t-on de façon officielle. Mais, selon nos informations, les Pays-Bas et l’Estonie auraient été très concrètement sollicités pour fournir quelques dizaines de militaires chacun, ainsi que l’Espagne, le Danemark et le Royaume-Uni et d’autre pays participant à l’Initiative européenne d’intervention (IEI) (2). L’objectif étant de constituer une force de 400-450 personnes.

Un seuil minimal fixé à 200 personnes pour être efficace

En matière d’engagement concret, pour l’instant, on en semble cependant loin. Or, « pour avoir un réel effet, il faut avoir 200-250 personnes » a confié à B2 un haut gradé. En deçà, ce ne sera pas possible d’avoir une force spécialisée et autonome. La seule solution sera alors d’intégrer les contributions extérieures à la force Barkhane, comme c’est le cas actuellement pour la cinquantaine de soldats estoniens ou les hélicoptères britanniques.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Gouvernement en affaires courantes en Belgique, à la recherche d’une majorité en Espagne, issu d’un renversement d’alliance en Italie, en proie à des dissensions internes au Royaume-Uni ou avec un point d’interrogation en Allemagne. Sans compter les changements gouvernementaux à la suite d’élections générales, comme en Finlande ou en Estonie.
  2. NB : Officiellement cette idée n’est pas l’IEI. « Il ne faut pas associer à l’IEI ce qu’elle n’est pas », explique à B2 un très bon connaisseur du sujet. L’objectif de l’initiative, ce ne sont pas les opérations ou d’avoir une force opérationnelle, « mais l’anticipation, la réflexion stratégique, le partage d’analyses ».