Amnesty : des industriels de l’armement complices des violations des droits humains

(B2) Amnesty International, l’une des ONG les plus en pointe sur le plaidoyer contre les ventes d’armes, sort ce lundi (9 septembre) un nouveau rapport sur le sujet. L’association a interrogé directement les industriels pour comprendre comment ils prennent en compte la problématique des droits humains dans leur activité commerciale.

Un hélicoptère Panther (Eurocopter / Airbus) sur le point d’être livré à l’Arabie Saoudite en 2010. (©Jerry Gunner)

Manque de transparence

Sur les 22 géants mondiaux interrogés, aux États-Unis, en Europe, en Chine, en Russie, en Israël et au Brésil, seuls huit ont accepté de répondre : Airbus, BAE Systems, Leonardo, Lockheed Martin, Raytheon, Rolls-Royce, Saab et Thales. Et encore, les réponses, publiées en annexe du rapport, sont très majoritairement rédigées par des communicants et pour le moins laconiques.

Déresponsabilisation

La principale conclusion de l’étude porte sur l’absence de responsabilisation des industriels. Ils estiment tous que ce sont aux États de prendre la décision d’exporter ou non et de suspendre ou non des livraisons ou des fournitures de services. Un argument qui a ses limites : si ce sont bien les États qui donnent les autorisations d’exportations, les industriels sont à l’initiative des requêtes.

Une éthique floue

Les industriels qui ont répondu à Amnesty insistent sur leurs engagements éthiques. L’ONG note cependant que malgré ce discours de façade, aucun n’a été en mesure de fournir des exemples concrets de décisions éthiques. Elle cite en exemple l’industrie pharmaceutique : plusieurs entreprises de ce secteur ont choisi de se positionner publiquement contre l’usage de leurs substances dans des exécutions aux États-Unis, en Chine, au Vietnam ou en Thaïlande, et, dans le doute, de renoncer à des ventes. L’idée serait que Nexter ou Airbus prennent publiquement la parole pour regretter les utilisations inquiétantes de leurs armes au Yémen, par exemple.

Complicité

Pour l’ONG, les industriels sont « complices » des violations des droits humains perpétrées par les armes qu’ils ont vendues. Amnesty rappelle que plusieurs textes internationaux de l’ONU et de l’OCDE engagent les multinationales à veiller à ne pas enfreindre les droits les plus élémentaires. L’ONG n’a cependant encore jamais fait suivre ses accusations d’illégalité, dans le contexte de ventes d’armes, de procédures effectives en justice.

(RM)

Lire : Les ventes d’armes de la France à l’Arabie Saoudite illégales ?

Télécharger le rapport d’Amnesty International