Agir ensemble, le mot clé d’Emmanuel Macron. Un triptyque pour l’Europe de la défense

(B2 à l’Hôtel de Brienne) Dans son allocution aux armées à la veille du défilé du 14 juillet, samedi (13 juillet), Emmanuel Macron a tenu, entre autres sujets (la modernisation de l’armée, les retraites, le souvenir aux morts et soutien aux blessés), à redire la nécessité d’une Europe de la défense

Emmanuel Macron à l’Hotel de Brienne aux côtés de F. Parly (Min. Armées) et G. Darrieussecq (Min. Armées). Au premier plan, le général François Lecointre, chef d’état major des armées (© NGV – B2)

« Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. La construction d’une Europe de la défense, en lien avec l’Alliance atlantique est pour la France une priorité. Elle constitue le fil rouge de ce défilé. »

Ce discours est intéressant à différents points de vues

Au-delà de mots qui peuvent sembler convenus, le président français semble redéfinir ce que représente pour lui l’Europe de la défense. Une vision qui est appelée à être plus consensuelle auprès de l’ensemble des partenaires européens comme des Américains.

Plus d’hésitation terminologique

En premier lieu, après quelques hésitations terminologiques — défense européenne, armée européenne (1) — , on en revient au mot d’origine « l’Europe de la Défense » qui a l’avantage de ne pas définir qu’un aspect, mais de bien symboliser l’ensemble de la politique européenne de défense (les Allemands utilisent le terme d’Union européenne de défense qui est assez semblable en quelque sorte).

Un triptyque d’actions

Ensuite, le président présente cette Europe de la défense comme reposant sur trois éléments : la culture stratégique, les capacités communes et les opérations. Il trace ainsi une certaine cohérence entre diverses initiatives qui semblaient un peu confuses.

Une autonomie stratégique française au service de l’Europe

Enfin, il laisse de côté l’autonomie stratégique qui est, elle aussi, redéfinie comme une autonomie stratégique française « au service de l’Europe ». Ce qui est plus crédible. La notion d’autonomie stratégique ‘à la française’, n’étant pas partagée (loin de là) en Europe. Il lance aussi un appel du pied aux partenaires européens les plus sceptiques sur une initiative européenne trop ‘décollée’ de l’Alliance atlantique.

Une capacité d’agir collectivement

Pour le président français, les mots clé sont désormais : « Agir ensemble » et « renforcer notre capacité à agir collectivement ». « Car notre sécurité et notre défense passent par l’Europe. » Cette Europe de la Défense ne signifie « pas de renoncer à la souveraineté nationale ni renoncer à l’Alliance atlantique ».

Additionner nos atouts

« Cela signifie [qu’]additionner nos atouts peut nous permettre de gagner en force et en efficacité. C’est acter le fait que notre Europe est aussi une Europe qui protège, et que cette mission pour nos peuples la rendra plus crédible encore. »

Une culture stratégique commune

« Agir ensemble c’est faire en sorte de constituer une culture stratégique pour demain et pouvoir envisager des engagements opérationnels conjoints » a indiqué le président français mettant en avant l’initiative européenne d’intervention ou IEI (2), qui était à l’honneur du défilé du 14 juillet.

Des capacités en commun

« Développer des projets communs et des capacités collectives a du sens » a-t-il indiqué, faisant référence aux 34 projets de la PESCO (la coopération structurée permanente), au Fonds européen de défense et au projet de système aérien du futur (SCAF) développé en commun avec l’Allemagne et la France.

Des opérations nationales avec le soutien européen

« Il n’est plus une opération aujourd’hui sans des partenaires européens, sans dynamique européenne » citant l’opération Barkhane au Sahel, Chammal au Levant (Irak et Syrie) ou la mission Clemenceau autour du groupe aéronaval Charles-de-Gaulle.

Une autonomie stratégique précisée

Nous voulons « renforcer notre autonomie stratégique qui doit s’inscrire dans un cadre européen » a indiqué le président, faisant référence à l’effort de modernisation des équipements engagé (cf. encadré). « Notre nation doit agir aujourd’hui pour rester maître de son destin aux côtés des Européens. »

(Nicolas Gros-Verheyde, à Paris)

  1. « L’armée européenne c’est l’ambition » dit la ministre française des Armées Florence Parly dans une interview au Parisien
  2. Cette initiative issue du discours de la Sorbonne et lancée il y a un an semble patiner un peu malgré les dires officiels.

Un effort conséquent pour moderniser l’armée française

Le président a voulu aussi s’affirmer comme le garant de l’effort de modernisation de l’armée française qui passe par l’arrivée de nouveaux équipements modernes.

Une modernisation engagée

« La modernisation est lancée » a précisé Emmanuel Macron citant notamment les avions Rafale de 3e génération, le programme Griffon pour l’armée de terre, le nouveau sous-marin d’attaque Suffren, les nouvelles fusils d’assaut équipant l’armée de terre ou la nouvelle frégate FREMM et le navire Antilles-Guyane et navires. Équipements en bonne et dûe forme inclus dans la loi de programmation militaire (1). « Je veillerai personnellement à son application » (2). Le président a aussi annoncé la création d’un grand commandement de l’espace.

Un effort budgétaire sur le temps long

« L’effort budgétaire pour la défense sera tenu car le contexte stratégique le nécessite. C’est ma responsabilité de chef des armées de voir loin, de ne jamais céder aux sirènes du court terme, de maintenir notre nation dans le temps long de la victoire » indique E. Macron. Et d’ajouter : « La France est ambitieuse pour l’Europe. Elle l’est aussi et, avant tout, pour elle-même ».

Un message à vocation interne comme externe

Ce message a essentiellement une vocation interne, histoire de cautériser les plaies d’une armée un peu ébranlée par l’éviction manu militari du général de Villiers de ses fonctions de chef d’état-major en 2017, mais aussi de justifier aux yeux de l’opinion française un effort budgétaire au moment de choix délicats. Il a aussi une portée européenne (cf. ci-dessus) et au-delà, à destination des États-Unis de Donald Trump, demandeurs réguliers d’un partage plus important du fardeau, comme de certains voisins inquiétants : Russie, Syrie et Turquie (3).

(NGV)

  1. Pour être juste, il faut dire que cette modernisation a été engagée sous ses prédécesseurs. Il y a ainsi une nette continuation des présidences Hollande-Macron. Deux évènements ont principalement motivé cette remontée en puissance : l’intervention au Sahel en janvier 2013 et les attentats de 2015. Une singulière différence avec la plupart des autres pays européens qui n’ont commencé à prendre conscience du nécessaire réengagement qu’après l’intervention russe en Ukraine (lors du sommet du Pays de Galles en septembre 2014) et les quelques coups de semonce supplémentaires de Donald Trump.
  2. Lire aussi : LPM. La France met le booster sur sa défense et veut rester l’armée de référence en Europe
  3. La Turquie est mentionnée sciemment. Le gouvernement turc s’inscrit aujourd’hui très nettement à l’inverse des positions françaises, soutenant sur le terrain en Syrie comme en Libye des forces adversaires. Ses navires de forage sont présents dans la zone économique exclusive maritime de Chypre au détriment des intérêts chypriotes et français (Total étant présent), sans oublier l’équipement en missiles de défense anti-aérienne S400.