Le nouveau top chef européen : un choix ambitieux et une victoire de la french team (V2)

(B2) Les discussions de ces derniers jours pour choisir les prochains dirigeants de l’Europe ont été si chaotiques, si difficiles qu’elles laissaient poindre un compromis au rabais, avec des personnalités faibles. C’est tout le contraire qui s’est produit

D. Tusk, E. Macron et A. Merkel en consultation (crédit : Conseil européen)

L’ambition est au rendez-vous

Les quatre personnalités trouvées — l’Allemande Ursula von der Leyen à la Commission européenne, la Française Christine Lagarde à la Banque centrale européenne, l’Espagnol Josep Borrell à la diplomatie européenne et le Belge Charles Michel en ‘chairman’ du Conseil européen — ont toutes en commun d’être expérimentées et de vouloir pousser l’Europe dans ses retranchements. Non seulement elles portent l’intégration européenne dans leurs discours, mais elles l’ont chacune prouvé dans des actes et des projets dans le passé. Elles se complémentent. C’est plutôt rare au plan européen.

Une solution équilibrée

L’équilibre recherché est quasi-parfait : une parité hommes – femmes tenue (les femmes occupant des postes plus décisionnels que les hommes), la présence de petits et grands pays, du sud et du nord de l’Europe. Le quatuor de tête est complété par deux ou trois vice-présidents (F. Timmermans, M. Vestager et éventuellement M. Sefkovic), ce qui permet d’ajuster l’équilibre. Il y a d’ailleurs eu peu de critiques une fois l’accord scellé au sommet alors que la ‘bubble’ européenne est toujours prompte à râler.

Un couple franco-allemand à la manœuvre…

Ce choix est une victoire assez nette du couple franco-allemand qui a réussi à faire valoir ses vues, sans l’imposer par la force. Il a fallu pour cela un cataclysme : un sommet raté, lundi, sonnant comme un échec avec un zeste d’amertume. Ce sentiment d’échec sera analysé plus tard. Mais on peut d’ores-et-déjà estimer, quelques heures après que la poussière soit retombée, qu’il a été quelque peu peu exagéré, voire attisé. La sensation de désordre a permis d’éliminer en douceur les Spitzenkandidat et les ambitions personnelles.

… + des alliances qui rendent l’accord invincibles

L’alliance un peu contre nature, mais très réelle, entre les Visegrad et les partisans de l’intégration européenne. On est alors revenu aux trois principes de base de la politique européenne. Premièrement, ce sont les Chefs d’État et de gouvernement des ’28’ qui rythment les décisions. Deuxièmement, quand le couple franco-allemand est uni, il a un vrai pouvoir d’impulsion. Troisièmement, quand il sait créer autour de lui des alliances, il est quasi-invincible… Et, au final, c’est l’Europe qui gagne ! Il suffit de regarder le quatuor de direction européen obtenu — Allemagne, France, Espagne, Belgique —. Quatre des principaux pays qui, aujourd’hui, affichent sans ambiguïté une réelle ambition européenne (et en ont les moyens).

Le sens de la tactique française

Il faut aussi remarquer le travail particulier de l’équipe d’Emmanuel Macron. On peut aimer, ou ne pas aimer, le style du président de la République. Mais sa réussite est incontestable. La France obtient un poste stratégique, celui de la Banque centrale européenne, où elle pourra imprimer ou accentuer des réformes notables pour la politique monétaire européenne. La présidence de la Commission européenne, comme le poste de chef de la diplomatie européenne, sont confiés à des francophiles invétérés. Idem pour la présidence du Conseil européen confiée à un homme qui, au surplus, est proche du président français. Aux autres postes clés, on retrouve des francophones et francophiles. Et Paris garde encore un atout dans sa manche, celui du commissaire français qui n’est pas encore désigné.

Gardons cependant la tête froide

Convaincus de la nécessité de l’Europe, amis de la France, les personnes nommées sont néanmoins des personnalités à part entière, avec leur caractère, bien forgé par leur expérience. Elles ne se laisseront peut-être pas conter leur position aussi facilement qu’on pourrait l’espérer à Paris ou Berlin… « On verra » comme nous disait Josep Borrell 😉

(Nicolas Gros-Verheyde)