Haut représentant : un poste qui n’attire plus vraiment

(B2) Au futur chef/fe de la diplomatie européenne, je recommanderai « non seulement beaucoup de patience, mais aussi beaucoup de passion pour la diplomatie et la défense, à ce travail qui est le plus fantastique du monde » confiait la Haute représentante actuelle, Federica Mogherini, à B2 il y a quelques jours. Un propos pertinent. On ne peut pourtant pas dire qu’il y ait beaucoup de ‘passionnés’ qui aient déclaré leur flamme pour l’instant

Personne ne semble avoir envie de se faire projeter dans la fournaise de la diplomatie européenne (crédit : DICOD 2016 – archives B2)

Un manque d’intérêt notable

En février, nous avions fait un premier tour de piste. Assez inquiétant (Lire : Commission 2019. Les candidats au poste de Haut représentant ne se bousculent pas. Six noms possibles et éventuels ?). Aujourd’hui, alors que se déroule un sommet européen consacré au renouvellement des institutions européennes, la tendance n’a pas changé. Elle s’est presque aggravée. Aucun candidat officiel ou officieux n’est en lice ou ne veut s’afficher. Le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans ne parait pas très intéressé par le poste. Les Espagnols qui auraient pu revendiquer la fonction (comme les Français) ont la tête tournée ailleurs (vers la Commission européenne). Seul le Slovaque Maros Sefkovic s’est déclaré officiellement intéressé, mais seulement à défaut de ne pas avoir un autre poste plus emblématique. Et davantage pour faire la nique à Frans Timmermans (lire sur B2 Pro : Les Visegrad présentent Sefkovic à la tête de la Commission, ou comme Haut représentant. Un coup bas à Timmermans).

Pourquoi ce désintérêt ?

La complexité politique

L’absence de majorité claire au Parlement européen comme au Conseil européen et le flou qui entoure la désignation du président de la Commission européenne ne facilitent pas les choses. La plupart des États membres préfèrent se concentrer sur ce poste-là, voire sur une vice-présidence de la Commission européenne avec un volet économique plus ‘rentable’ en termes d’influence, qu’un poste exposé de Haut représentant de l’UE, qui n’a qu’un pouvoir d’impulsion limité dans la diplomatie européenne.

Un poste de second rang

Malgré sa nomination par le Conseil européen, le poste de Haut représentant de l’UE n’apparait ainsi que comme un ‘second couteau’. Une fois que les autres postes de tête (Commission européenne, Conseil européen) seront pourvus, les critères nécessaires que doit remplir le futur chef de la diplomatie politique pour compléter l’attelage (parti politique, homme ou femme, zone géopolitique, etc) apparaitront par déduction.

Un job impossible à tenir

Hormis ces raisons assez conjoncturelles, il y a une raison à ce désamour, raison plus profonde. Le job apparait impossible à tenir à qui voudrait avoir un peu d’ambition. Il y a une erreur de base dans la définition du poste. Croire qu’en fusionnant des fonctions différentes, par une simple magie fonctionnelle, on va aboutir à davantage d’efficacité se révèle un leurre complet, surtout dans un monde de plus en plus complexe, où les États veulent continuer à jouer un rôle. Pour un État membre, avoir un représentant à la Commission qui court le monde, c’est l’assurance qu’il ne pourra pas être là à 100% au collège pour suivre tous les dossiers qui l’intéressent. Les futurs dirigeants européens comme les actuels chefs d’état et de gouvernement doivent s’attaquer d’urgence à ce défi s’ils veulent avoir un peu d’efficacité pour la diplomatie européenne. Lire aussi : Le bug système du haut représentant peut-il être résolu ?

(Nicolas Gros-Verheyde)