Il n’y aura plus un seul officier allemand dans l’opération Sophia… juste quelques milliers d’euros

(B2) Toute participation allemande à l’opération EUNAVFOR Med / Sophia est désormais terminée

Le personnel allemand déployé au QG des opérations à Rome va retourner dans ses quartiers d’ici le 30 juin. Seule demeurera donc la contribution financière via le budget Athena = un peu plus de 0,5 millions d’euros selon nos estimations (pour les six mois de fin mars à fin septembre).

Le gouvernement fédéral a décidé, en effet, à l’issue du dernier mandat autorisé par le Bundestag, de ne pas présenter de nouvelle prolongation du mandat. Et aucune date n’est fixée pour celui-ci. Le ministère allemand de la défense l’avait signalé par écrit aux députés, il a expliqué, de vive voix cette fois, le non renouvellement devant la commission de la défense mercredi dernier (5 juin), indique notre collègue de Augengeradeaus.

Une nouvelle participation qui dépend des conditions politiques 

Ce n’est que si « les conditions préalables à la mise en œuvre complète de la mission principale de l’opération sont remplies » que le gouvernement fédéral examinera en temps utile une nouvelle participation de l’Allemagne. Comme le constate notre collègue Thomas Wiegold, la participation du personnel allemand à l’opération EUNAVFOR MED Sophia reste théorique. Il n’y aura pas de nouveau mandat pour ce déploiement de la Bundeswehr sans un certain délai : il faudra pour cela vérifier que les conditions sont remplies, une nouvelle proposition du gouvernement fédéral et une acceptation par le Bundestag.

Un nouveau coup dur pour l’opération

C’est un nouveau coup dur pour l’Italie et l’opération européenne, même s’il reste de l’ordre du symbolique. La décision principale avait été prise en janvier quand Berlin avait décidé de retirer ses navires de l’opération EUNAVFOR (lire : L’Allemagne se retire de l’opération Sophia), donnant ainsi le signal de la fin de la présence en mer de l’opération Sophia (lire : Opération Sophia. Stop ou encore !). Les autres pays avaient suivi devant le blocage persistant avec le gouvernement italien pour trouver une solution sur la répartition des migrants et réfugiés récupérés en mer par les navires européens. La seule façon de sauver l’opération avait été pour les États membres de lui conserver un volet de surveillance aérienne et de la prolonger pour six mois (jusqu’au 30 septembre 2019) (lire : La prolongation d’EUNAVFOR Med formalisée pour six mois. Les patrouilles aériennes intensifiées).

Un délai salvateur qui s’épuise

Chacun espérait que ce délai (après les élections européennes) pourrait être salvateur pour l’opération. Pour l’instant, le miracle ne s’est pas produit. Et la décision que vient de prendre le gouvernement allemand n’augure rien de bon. Le prochain rendez-vous des ministres de la Défense de l’UE est le 17 juin à Luxembourg. Mais il n’est pas évident qu’une décision soit prise à ce moment-là, ni même que le sujet soit discuté. Le prochain rendez-vous est fixé à Helsinki fin août pour la traditionnelle réunion informelle des ministres… On verra alors si l’air pur des lacs finlandais sera propice à plus de compromis entre les différents États membres.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).