Les trois priorités de Martin Dorfer pour EUFOR Althea et les forces armées de Bosnie-Herzégovine

(B2) Le général-major autrichien Martin Dorfer, commandant d’EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine, va quitter ses fonctions d’ici la fin juin. Dans un entretien à nos collègues de Radiosarajevo.ba, il dresse un bilan nuancé de l’action sur place, encourageant les autorités bosniennes à agir plus rapidement. Il critique de façon très claire la décision des Serbes de Bosnie de constituer des forces de police plus importantes

Un bilan un peu passé sous silence car la situation en Bosnie-Herzégovine est finalement assez calme au regard des autres enjeux internationaux. Mais les défis en matière de déminage, de stockage des munitions, de diminution des armes lourdes restent importants, tout comme la stabilité du pays.

(crédit : EUFOR Althea)

Un déminage pas encore vraiment efficace

Le système de déminage de la Bosnie-Herzégovine « est dans une phase de transition » reconnait-il. Les mines constituent toujours une « menace pour la population », ce qui impacte négativement l’image du pays « en tant que lieu de tourisme et d’investissement économique ». Il faut donc encore « l’améliorer et rendre plus efficace l’approche en matière de déminage ». Et d’ajouter : « nous ne sommes pas complètement satisfaits des progrès réalisés jusqu’à présent ». Pour autant, le travail est bien engagé tant côté européen que côté local.

Des initiatives lancées

Il y a deux ans, la délégation de l’UE et EUFOR Althea ont lancé une initiative visant à améliorer la situation dans le domaine du déminage. Initiative à la suite de laquelle la Commission européenne a soutenu financièrement un projet visant à examiner toutes les zones suspectes en Bosnie-Herzégovine (BiH). « Nous prévoyons une nouvelle évaluation réaliste des risques liés aux dangers des mines d’ici à février de l’année prochaine. » Quant au bataillon Demining des forces de Bosnie-Herzégovine, il fait un « excellent travail ». « Ils ont démontré leur capacité et leur engagement en matière de déminage » et méritent d’être soutenus. « Leur rôle et leurs capacités dans cette nouvelle approche de déminage à partir des terres devraient être renforcés. »

Un soutien actif de l’opération

L’opération EUFOR aide « en permanence » les forces de BiH avec des conseils et de l’expertise. L’EUFOR a également participé activement et aidé la Bosnie-Herzégovine à adopter une nouvelle stratégie de déminage pour la période 2019-2025. Cette stratégie devrait être incluse dans les amendements à la loi sur le déminage, mais également dans les statuts et règlements « afin que le processus d’élimination de toutes les menaces que représentent les mines sur le territoire de la BiH soit plus efficace et plus rapide », souligne le général autrichien.

Autre enjeu : les jeunes

EUFOR organise depuis 20 ans des cours sur la menace des mines en Bosnie-Herzégovine, « principalement [avec] les enfants en âge d’aller à l’école». Chaque année, « plus de 20 000 enfants » suivent ainsi les cours d’éducation d’EUFOR sur les dangers des mines.

La gestion des stocks d’armement

L’autre danger notable en matière de sécurité, c’est « la sur-accumulation d’armes et de munitions ». Cela « constitue un danger constant pour la sécurité humaine et la limitation des armements en Bosnie-Herzégovine ». La gestion des excédents de munitions, de mines et explosifs des forces armées de Bosnie-Herzégovine « est presque achevée ». Mais il reste encore d’autres tâches cernées dans le ‘plan directeur’ à réaliser (2).

Un marquage des armes militaires à étendre aux forces de police

« Nous sommes actuellement engagés dans le projet de marquage et d’enregistrement des armes légères et de petit calibre détenues par les forces armées de BiH », explique le chef de l’EUFOR. Mais il reste encore à faire. « L’idéal serait que l’initiative d’étiquetage et d’enregistrement des armes légères et de petit calibre soit étendue aux forces de police du pays afin qu’elles puissent également disposer de listes à jour de leurs fournitures. » Il est essentiel en effet aussi de « garantir la meilleure trace de ces armes en termes de limitation de la quantité d’armes ».

Délester le stock d’armes lourdes des équipements inutiles ou obsolètes

La troisième phase du plan directeur bosnien va concerner les armes lourdes des forces armées. « Il faut séparer ce que les forces armées peuvent encore utiliser de ce qui est obsolète et doit être détruit ». Des vérifications et inspections des installations de production spécialisées sont en cours, menées par EUFOR Althea en étroite coopération avec le ministère du Commerce extérieur et des Relations économiques de BiH. Objectif : « se familiariser avec la situation sur la production, l’importation et l’exportation de mines, explosifs, munitions et équipements militaires ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


La création de forces de police de réserve : une mauvaise initiative

La décision des Serbes de Bosnie, entérinée à la mi-avril par l’assemblée de Republika Srpska, de constituer une force de police de réserve n’est pas une bonne décision martèle le général autrichien selon Radiosarajevo.ba. Ce discours « ne contribue pas à la paix et à la stabilité en Bosnie-Herzégovine. Cela a déclenché une spirale négative de méfiance et de concurrence. La dynamique est troublante et crée des tensions et un approfondissement des divisions dans le pays, facteur de déstabilisation. »

Ce qui est plus important, c’est de « combler les lacunes des structures de la police ». C’est-à-dire d’avoir « des forces de police bien équipées et formées de manière professionnelle, sous contrôle démocratique, œuvrant de concert pour prévenir les crimes, enquêter sur les crimes et protéger les citoyens ».

« Au lieu de prendre des mesures unilatérales, les autorités de police devraient plutôt renforcer la coopération et la coordination en Bosnie-Herzégovine entre l’État, les entités et les cantons de la Bosnie-Herzégovine et au-delà des frontières avec leurs partenaires régionaux et européens. C’est dans l’intérêt de tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine. »


(1) Lire sur B2 Pro : Un nouveau chef de la force de stabilisation de l’UE (EUFOR Althea) en Bosnie-Herzégovine

(2) C’est le ministère de la Défense qui est chargé de retirer les munitions dangereuses ou en nombre excessif. Mais l’Union européenne, et la communauté internationale au sens large, contribuent à cette tâche. L’EUFOR Althea notamment gère le schéma directeur, qui coordonne divers aspects de l’aide.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).