Libéraux, démocrates, et autres ‘Renaissance’, le groupe charnière

(B2) Au centre de l’hémicycle européen, les libéraux et démocrates veulent jouer le rôle principal pour forger de nouvelles majorités dans la future assemblée. Le pari suppose de réussir à élargir la famille au-delà de la seule République en marche côté français. Quitte à laisser tomber la pastille libérale pour insister sur les tendances progressistes et démocrates

La cohésion du parti se mesure au nombre de têtes de liste pour les Européennes. Pas moins de sept candidats principaux composent la ‘Team Europe’, dont la Danoise Margrethe Vestager, actuelle commissaire à la concurrence, qui se verrait bien première femme à présider la Commission européenne, ou l’Italienne Emma Bonino, une vraie passionnée de l’Europe, revenue en politique après un cancer qui a failli l’emporter.

Des bases (plus ou moins) solides

Au Danemark, les assises sont relativement stables. A peine bousculés par les socio-démocrates, les libéraux de Venstre (V/ALDE), membres de la coalition au pouvoir, assurent une deuxième position (autour de 18 % des intentions de vote). Le Parti social libéral Radikale Venstre (B/ALDE), plutôt centre gauche, auquel appartient Margrethe Vestager, reste à un à score très modeste (6%), mais équivalent à 2014. Les deux partis devraient donc au moins conserver respectivement deux sièges et un siège.

Des hauts…

« A strong C’s is a strong ALDE ! » proclamait le président du Parti de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE), Hans van Baalen, fin avril, ravi de saluer la progression de Ciudadanos aux législatives anticipées en Espagne. Le parti centriste espagnol pourrait multiplier par cinq son nombre d’élus, passant de deux à la dizaine. Et ainsi contribuer à gonfler les effectifs du groupe des libéraux démocrates. Sourires également de rigueur en Allemagne. Le parti libéral allemand (FDP) remporterait entre 7 à 8% des voix selon les sondages. Relativement faible mais constant depuis le début de la campagne. C’est surtout deux fois mieux qu’en 2014. Les libéraux autrichiens de NEOS devraient également dépasser leur score de 2014.

Mais aussi des bas

En Italie, c’est l’ancienne commissaire à l’aide humanitaire Emma Bonino (parti Radical) qui tient la tête de liste de Più Europa, une coalition de centre gauche de plusieurs partis dont le parti socialiste et le parti républicain. Mais, selon les sondages, elle frôle le seuil de 4% et risque donc de ne pas envoyer d’élus.

En Belgique, les libéraux flamands d’Open VLD, et son médiatique leader, Guy Verhofstadt, président sortant du groupe au Parlement européen, semblent en recul par rapport à 2014, victimes de la poussée de l’extrême droite comme des Verts en Flandre. Tandis qu’en Wallonie, l’alter ego libéral Mouvement réformateur tient sa ligne.

Le parti du centre moderne SMC, en Slovénie, avec la commissaire (au transport) Violeta Bulc tête de liste de la « Team Europe », n’est lui pas crédité d’assez de voix pour espérer un élu. En Finlande, le centre (KESK) perdrait des voix et un député. En Hongrie, le parti Momentum Mozgalom frôle la barre de seuil des 5%.

L’émergence d’un nouveau groupe

Tous les regards sont donc tournés vers la France et la liste ‘Renaissance’ portée par La République en marche (LREM), le parti du président français Emmanuel Macron. Son appel à l’émergence d’un nouveau groupe au centre de l’échiquier, pro européen bien sûr, pour succéder au groupe ALDE actuel a été reçu avec espérance. Mais cela suppose d’aller piocher à gauche et à droite. La moisson est pour l’instant faible si ce n’est quelques ralliements individuels que n’ont pas encore confirmés les partis.

Un élargissement à gauche : des tentatives bien floues

Certes le premier ministre socialiste, Antonio Costa, a apporté son soutien, le 11 mai, dans un tweet, au président français et à une Europe progressiste, appelant le 20 mai, sur le perron de l’Elysée, « à une grande coalition des démocrates et progressistes » au niveau européen. Mais une alliance ne signifie pas une fusion. Et rien ne dit encore que les huit députés socialistes portugais (selon les sondages) quitteront le groupe S&D. Loin de là. De même, l’ancien chef de gouvernement italien Matteo Renzi a apporté son soutien « à son ami Macron ». Mais cela signifie-t-il que son parti démocrate ralliera le nouveau groupe ? Ce n’est pas impossible. Le parti démocrate a toujours hésité entre le groupe des socialistes et celui des libéraux et démocrates. Mais tous les députés italiens, notamment ceux issus de la gauche, franchiront-ils le pas ? Là encore les pistes sont brouillées.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire notre dossier sur les élections : N°67. Élections européennes 2019 (V6)

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