Les socialistes européens en quête d’un sursaut salvateur

(B2)  Les élections européennes vont être une étape douloureuse pour les socialistes européens, dont le nombre de députés au Parlement européen va chuter. Mais du fait des nouvelles distributions des groupes, les élus de la rose rêvent toujours d’isoler le parti populaire européen (PPE) et de s’imposer comme la première force dans l’hémicycle

Pedro Sanchez au soir de la victoire du PSOE espagnol aux élections législatives (28 avril). Victoire socialiste qui pourrait bien ne pas se reproduire au niveau européen (Crédit : AFP)

Les socialistes en perte d’influence en Europe

Si le groupe remonte dans les sondages depuis deux semaines, cela ne doit pas cacher une tendance de fond en Europe : le déclin des partis sociaux-démocrates et socialistes. Le groupe va perdre du poids, passant de 185 députés actuels à 150 maximum, selon les dernières prévisions. L’effondrement du Pasok grec, tombé sous la barre des 5% en 2015, n’était qu’un tir de semonce. Depuis, le recul s’est généralisé : aux Pays-Bas, en France, et dimanche dernier encore en Italie. Au sein de l’Union européenne, la famille socialiste ne participe plus au pouvoir que dans dix États membres.

Chute du noyau dur : Italie, Allemagne et Royaume-Uni

Aujourd’hui, trois pays dominent le groupe : l’Italie avec 31 députés, l’Allemagne avec 27 députés et le Royaume-Uni avec 18 députés. Cet équilibre va évoluer, avec une chute conséquente des partis socialistes dans ces trois pays. Si les Italiens devraient rester la première nationalité dans le groupe, ils n’obtiendraient que 18 sièges, selon les meilleurs pronostiques. Même constat chez les Allemands. Le SPD, jusqu’ici maillon structurant de la famille socialiste européenne, devrait perdre plus de 10 sièges. Pour le Parti travailliste britannique, la chute devrait être plus réduite, avec une délégation pouvant aller jusqu’à 15 députés.

Les Espagnols en position de force ?

Selon les derniers sondages, les socialistes espagnols pourraient obtenir jusqu’à 18 sièges, soit cinq de plus qu’actuellement. Fort de cette probable victoire, le PSOE se place en leader de la social-démocratie européenne. Après des présidences italiennes et allemandes, un Espagnol pourrait prendre la tête du groupe politique. La liste menée par le ministre Josep Borrell travaille déjà à Bruxelles pour tenter une telle ascension.

Les socialistes français, futurs grands absents ?

Pour les socialistes français, mai 2019 pourrait être une véritable hécatombe. En mars 2019, le Parti socialiste a choisi de se ranger derrière Place Publique pour les Européennes, renonçant ainsi à présenter son propre candidat comme il le faisait pourtant depuis 1979. Malgré cette union, les sondages créditent la liste PS-Place publique d’à peine plus de 5% des voix, passant ainsi à la limite le seuil pour envoyer des députés à Strasbourg. Plusieurs anciennes figures socialistes, telles que François Hollande ou Lionel Jospin ont, depuis, exprimé ouvertement leur soutien au parti du poing et de la rose, tentant d’assurer une présence socialiste au Parlement. Même s’ils parviennent à être représentés, les socialistes perdrons vraisemblablement leur influence. Les Irlandais pourraient également ne pas atteindre la barre des 5%.

L’inconnue roumaine

Les socialistes roumains passeraient de 13 à moins de 10 sièges, selon les sondages. Mais les relations avec Liviu Dragnea, le dirigeant controversé du parti socialiste au pouvoir en Roumanie, sont particulièrement tendues. Celui-ci pourrait mener son parti, le PSD, au sein de l’alliance d’extrême droite. De son côté, l’ancien Premier ministre roumain Victor Ponta, qui a quitté le PSD pour former son propre parti pro-roumain, devrait intégrer les conservateurs de l’ECR.

Pologne, Tchéquie, Portugal, Belgique, … en chute également

La tendance à la chute des socialistes se confirme aussi dans les pays de l’Est. En Hongrie, MSZP perd plus de quatre points dans les sondages, et devrait donc n’avoir que deux sièges, contre quatre actuellement. En République tchèque, le ČSSD n’obtiendrait que 7% des votes et un seul député (contre quatre pour la période antérieure). Pour le Parti socialiste belge, la chute devrait être moins forte, passant de quatre à trois députés.

Des hausses dans certains pays

Les tendances ne sont pas à la baisse dans tous les pays. Le groupe profite de la poussée de certains de ses membres. Les socialistes bulgares pourraient obtenir jusqu’à six sièges (+2), les Lettons deux sièges (+1), les Maltais quatre sièges (+1), les Slovènes deux (+1) et les Finlandais trois (+1). Dans plusieurs cas, c’est le statut quo qui est prévu : Danemark (trois députés), Estonie (un député), Irlande (un député), Lituanie (deux députés), Autriche (cinq députés).

Rester un partenaire incontournable … pour une nouvelle alliance avec les libéraux ?

Le groupe socialiste pourrait tout de même avoir entre 140 et 150 députés, se maintenant donc comme la seconde force dans l’hémicycle, à seulement une vingtaine de sièges du PPE. Et restant ainsi un partenaire incontournable pour une coalition. C’est d’ailleurs vers de nouveaux alliés que les socialistes se tournent, sachant que l’accord de 2014, entre S&D et PPE, ne pourra être renouvelé. Le chef de file des socialistes, le néerlandais Frans Timmermans, a tendu la main à la gauche européenne, aux Verts et aux Libéraux.

En marge de leur réunion de Sibiu, le 9 mai dernier, les socialistes Pedro Sanchez (Espagne) et Pedro Costa (Portugal) ont rencontré les libéraux belge et néerlandais Charles Michel et Mark Rutte pour tenter de créer une alliance et renverser les espoirs du PPE pour prendre le contrôle de la Commission européenne (lire : Les 27 ouvrent le bal des prétendants à la présidence de la Commission européenne (V2)).

Ce processus a été prolongé avec les appels de plusieurs responsables socio-démocrates à faire front commun contre les nationalistes et les conservateurs du PPE. Le dernier en date étant le Premier ministre portugais, António Costa. Venant de l’un des rares dirigeants d’un PS en bonne santé, cette complicité affichée est un précieux argument à la possible future coalition. Autre soutien, celui de l’ex-chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Celui-ci est plus symbolique, puisque Matteo Renzi n’a plus aucun poste politique, pas même au sein de son parti, et n’est plus vraiment en odeur de sainteté parmi ses camarades.

(Leonor Hubaut)

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