Les chrétiens-démocrates au Parlement européen : un leadership fragilisé

(B2) Les chrétiens-démocrates du Parti populaire européen (PPE) ont encore les reins solides, mais les chevilles fatiguent. Les dernières élections le confirment

(crédit : PPE)

Nous continuons notre ‘voyage’ dans les différents groupes, après les Verts, les conservateurs et les nationalistes, voici venu le tour des chrétiens-démocrates qui sont une des plus fortes sources d’inspiration de l’Europe actuelle. Tout toussotement dans ce groupe impacte donc l’Europe. L’évènement majeur de cette législature est que le PPE devrait perdre la majorité absolue qu’il forme en coalition avec les socio-démocrates. Majorité qui permettait aux deux groupes d’organiser une bonne partie de la vie politique européenne. Le temps où le parti faisait la pluie et le beau temps en Europe semble terminé. Et les divisions en interne s’aiguisent.

Un groupe dominant qui s’effrite

Fort de 216 députés au sein du Parlement européen dans la législature sortante (2014-2019), le groupe du parti populaire européen (PPE) devrait demeurer le plus important du prochain Parlement (2019-2024). Mais son pouvoir s’effrite. La première projection du futur Parlement européen – pour 705 députés -, suivant les intentions de vote collectées par les sondeurs dans les différents États membres en février, indiquait une perte d’au moins une trentaine de sièges (lire : Européennes 2019 : l’axe PPE-S&D perd sa majorité absolue). Tendance confirmée depuis.

Une érosion de voix

Cette érosion de voix traduit la poussée à sa droite, avec la montée des nationalistes/souverainistes et autres eurosceptiques. Mais aussi les tiraillements vers le centre. Le parti subit des tentatives de débauchage du centre qui cherche à arrondir son groupe pour figurer dans la majorité de gouvernement. A l’image de ce qui s’est passé en France, avec le parti La République en Marche d’Emmanuel Macron qui a gagné des voix sur la droite.

Des gamelles notables en Espagne et en Italie

La défaite du Parti populaire (PP) espagnol aux législatives anticipées du 28 avril (lire : Espagne. Le PSOE sort vainqueur sans majorité absolue) a surpris le groupe par son intensité. Le PP frôle même le passage en deuxième division, talonné par le parti centriste catalan Ciudadanos. Joseph Daul, le président du Parti populaire européen, reconnaît que cela mérite analyse. Mais il sera peut être trop tard.

En Italie, la défaite s’annonce cruelle. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi continue à céder du terrain, relégué en quatrième position loin derrière La Lega, le Mouvement Cinq Etoiles et le Parti démocrate (S&D). Les derniers sondages la créditent de moins de 10% des voix. Soit près de 7 points de moins qu’aux Européennes de 2014.

Un effritement dans plusieurs autres pays

L’Allemagne reste un socle solide, avec la CDU-CSU (PPE) largement en tête, mais le score promis est en deçà de celui obtenu en 2014. C’est le même cas de figure en France, où le bon score auquel aspirent Les Républicains ne doit pas faire illusion. Le parti n’atteint pas le niveau de 2014. Dans plusieurs pays, de taille moyenne, les partis affiliés perdent un ou deux sièges (Pays-Bas), voire risquent de tout perdre (Rép. Tchèque).

Des hausses minimes

Les bonnes nouvelles sont à regarder du côté du Portugal où le PSD Partido Social Democrata prend l’ascendant sur les socialistes. En Grèce également, où la Nouvelle démocratie obtiendrait près d’un tiers des votes, gagnant ainsi des voix, mais cela ne représenterait qu’un siège de plus (ou deux au maximum) par rapport à 2014. En Roumanie, le Parti national libéral, passé en 2014 du groupe ALDE à celui du PPE, tient la corde devant son rival traditionnel, le parti social-démocrate actuellement au gouvernement. En Bulgarie, le GERB préserve son tiers de voix.

Un retour des Britanniques défavorable

Le retour attendu des Britanniques dans l’hémicycle, au moins pour quelques semaines va être défavorable au PPE. Le parti populaire européen ne compte en effet que peu de députés britanniques, sauf ceux issus des partis d’Irlande du Nord. Cette participation va d’abord profiter aux Conservateurs et aux Socialistes.

Le cas ‘Orban’

Le ‘cas’ Orban agite, voire déchire le PPE depuis plusieurs mois, provoquant de réelles oppositions entre les partisans de sa mise au ban et ceux préférant le statu quo. Les critiques très dures proférées par le Premier ministre hongrois Viktor Orban contre le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, ou la tête de liste du parti, l’Allemand Manfred Weber, ont laissé des marques. Sans oser aller jusqu’à l’exclure, le PPE a suspendu le Fidesz en mars. Une hâche de guerre qui semblait semi enterrée, jusqu’au lundi 6 mai, lorsque Viktor Orban a annoncé qu’il ne soutiendra pas la candidature de Manfred Weber comme Spitzenkandidat.

L’unité à l’épreuve

Le leader hongrois se rapproche ostensiblement de l’Italien Matteo Salvini, chef de la Lega Nord et du prochain groupe nationaliste, comme des Polonais du PiS, qui devraient présider aux destinées du groupe conservateur. Ces rapprochements, accompagnés de ses provocations multiples, inquiètent. Cette guerre interne réveille d’autres oppositions plus étouffées, entre les partisans d’une ligne dure en matière notamment d’immigration (Hongrois, Autrichiens, Croates…) et ceux partisans d’une ligne plus classique (Belges, Italiens, Grecs). La cohésion du PPE est aujourd’hui réellement menacée.

(Emmanuelle Stroesser)

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