Elections 2019. Une place de choix pour l’extrême droite au Parlement européen

(B2) L’extrême droite (ou droite nationale) pourrait se profiler comme un des vainqueurs des élections européennes de mai. Sans atteindre un poids majoritaire

Marine Le Pen à Sofia (Photo : RN)

Le groupe ENL Europe des Nations et des Libertés pourrait ainsi plus que doubler son poids au Parlement européen, passant de 37 sièges aujourd’hui à plus de 80 sièges. Ce qui le propulserait à la quatrième place des groupes politiques européens, talonnant les libéraux et démocrates européens.

Des progressions de plusieurs partis

Le groupe profite en effet d’un double phénomène : d’une part, une poussée électorale de plusieurs de ses membres, en particulier la Lega Nord italienne et le Vlaams Belang belge ; d’autre part, le ralliement de certains partis anciennement dans d’autres groupes comme l’AFD allemande (qui a évolué d’un parti anti-européen à un parti d’extrême-droite) ou le parti du peuple danois, qui deviennent plus radicaux. Certaines progressions sont importantes au plan national, par exemple en Finlande ou en Estonie, mais elles ne produisent pas d’évolutions majeures en termes de nombre de sièges. Quant au Rassemblement national français, son score annoncé au-dessus des 20% ne doit pas faire illusion. Il rattrape en fait son niveau de 2014 et un nombre de députés sensiblement équivalent et pourrait ne plus être le premier parti français au Parlement européen (1).

Un groupe constitué de plusieurs partis

Ce groupe serait dominé par les Italiens et les Français qui devraient fournir, à eux deux, une bonne moitié des effectifs. Dans le détail des derniers sondages, cela donne :

  • Ligue du Nord italienne (± 32%, 23-24 sièges)
  • Rassemblement national français (± 24%, 18-20 sièges)
  • AFD allemande (±13%, 13 sièges) *
  • FPÖ autrichien (±22%, 9-10 sièges)
  • Vox espagnol (±12%, 6 sièges)
  • UKIP britannique (± 5%, 3-4 sièges) *
  • Vrais Finlandais (±18%, 2-3 sièges) *
  • SR et SNS slovaques (±10% et + 8%, 2 sièges)
  • Parti du peuple danois (± 12%, 1 siège)
  • Vlaams Belang belge (±8%, 1 siège)
  • PVV néerlandais (±6%, 1-2 sièges)
  • SPD Tchèque (± 6%, 1-2 sièges)
  • Volya Bulgare (± 5%, 1 siège)
  • EKRE estonien (±19%, 1 siège)

* Membre du groupe EFDD ils ont rejoint ou annoncé rejoindre le groupe ELN

Un leader italien et non français

A l’intérieur du groupe, un renversement de tendances s’opère. En l’état actuel des sondages, le Rassemblement national français de Marine Le Pen (ex. Front national) perd sa position de tête au profit de la Lega Nord ou Ligue du nord italienne de Matteo Salvini. Ce qui n’est pas le moindre des changements et pourrait provoquer quelques grincements de dents à terme.

Extrême droite ou droite nationale

Contrairement à ce qu’on peut penser, ce groupe ne serait pas situé à l’extrémité de l’échiquier européen. Le qualificatif d’extrême-droite peut d’ailleurs être contesté au vu de certaines prises de position qui tiennent plus de l’ordre du concept de « droite nationale » ou de « souverainisme ». D’autres partis sont franchement extrémistes, voire peuvent être qualifiés de néo-nazis, à l’image du Jobbik hongrois ou de l’Aube dorée grecque, qui vont tenter de créer un groupe à eux, mais pourraient échouer (2).

Un pouvoir d’influence

Ce poids ne sera pas suffisant pour influer de façon notable sur la politique européenne. Mais il sera assez important sur certains projets européens pour avoir un effet d’attraction sur les autres groupes eurosceptiques, voire certains partis appartenant aux groupes traditionnels tels la Fidesz de Viktor Orban (PPE) ou le PIS polonais de Jarosław Kaczyński (Conservateurs). Notamment sur des sujets tels que l’immigration, les pouvoirs de la Commission européenne ou l’intégration européenne. Il pourrait avoir un effet de retardement sur certains projets européens.

Des moyens renforcés

De façon plus concrète, cette progression donnera aussi au nouveau groupe des moyens plus importants, tant au plan du nombre de postes dévolus au groupe que des moyens financiers ou d’usage des moyens logistiques du Parlement (salles de conférence, etc.). Ce qui sera un levier appréciable pour nombre de partis le composant et aura un effet d’attraction supplémentaire sur des petits partis dispersés.

Un poids politique supérieur

Elle lui donnera droit aussi — si la règle de proportionnelle améliorée (dite loi D’Hondt) est respectée —, à des postes clés au Parlement comme la présidence de commissions. Il faudra simplement bien observer si le groupe utilise le levier du travail parlementaire de façon plus efficace qu’il ne l’a fait jusqu’ici. La possibilité d’obtenir un des postes de vice-présidence du Parlement est plus symbolique en termes de pouvoir, mais il a un effet de visibilité maximale, puisque les vice-présidents président à tour de rôle la plénière, et lui donne un droit de parole quasi-inépuisable.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. On peut se rappeler que le groupe avait perdu au fil des exclusions ou défections (notamment chez ‘les Patriotes’), plusieurs de ses membres, qui étaient partis siéger dans d’autres groupes.
  2. Ces partis s’effritent d’ailleurs (Jobbik), sont carrément en perte de vitesse (Aube dorée), voire n’obtiendraient aucun élu selon les prévisions actuelles (BNS bulgare).

Ce papier appartient à une série de courtes analyses sur l’évolution des groupes politiques, lire aussi :