Au Conseil européen, des tensions internes, très politiques

(B2) Les discussions au Conseil européen revêtent une alchimie qui tient tout autant de celle d’un club de dirigeants que d’une assemblée politique, opposant des partis politiques. Aujourd’hui, cette alchimie semble difficile à réaliser. Et une certaine prime à l’immobilisme existe. Pourquoi ?

Les leaders (sauf quelques uns) ont tombé la veste pour être plus relax (crédit : Conseil de l’UE – juin 2018)

Les évolutions au sein du Conseil sont plus lentes que l’apparence. Elles se déroulent au fil des élections nationales, qui se contre-balancent l’une et l’autre, et empêchent finalement tout basculement brutal. Mais elles existent. Il est intéressant de les observer car elles sont autant de marqueurs concrets de l’évolution des discussions ou des blocages.

Trois tiers équivalents en 2017

Pour sentir l’évolution actuelle, il faut voir la situation préexistante. Il y a deux ans, début 2017, le Conseil était constitué en trois tiers à peu près équivalents : 8 appartiennent aux Chrétiens-démocrates du PPE, 7 aux Libéraux et Démocrates de l’ALDE, et 8 appartiennent aux socio-démocrates (PSE). Il traduisait un équilibre aux 2/3 à droite et centre et 1/3 à gauche : 19 dirigeants peuvent être assimilés à la droite (ALDE, PPE et 2 conservateurs et 2 indépendants qui peuvent leur être assimilés) et 8 dirigeants à gauche (7 PSE et 1 Gauche).

L’écroulement des socio-démocrates

Deux ans plus tard, début 2019, cet équilibre a connu une certaine évolution. Les sociaux-démocrates du PSE se sont écroulé passant à 5 sièges. Ils ont ainsi perdu successivement 4 postes (Autriche, France, Tchéquie, Italie) au profit des libéraux et démocrates (France, Tchéquie), du PPE (Autriche), des Eurosceptiques (Italie). Le PPE a perdu un poste au profit des PSE (Espagne), mais a récupéré un poste occupé par un indépendant (Lettonie). A droite et au centre, les deux partis rivaux PPE et ALDE sont à égalité, à 9 sièges chacun.

Un rééquilibrage en cours

Le résultat des dernières élections ne doit pas être trompeur. La victoire des socio-démocrates (Finlande, Espagne…), est plutôt synonyme d’un certain rééquilibrage que d’une reconquête ou d’une révolution. Cette remontée ne permet pas encore de retrouver la position de 2017 et signifie plutôt un arrêt de la baisse. Quant à la droite, le rééquilibrage est aussi la norme, le PPE récupère une légère avance sur les Libéraux et Démocrates.

Le trio franco-allemand-espagnol en moteur de l’Europe

Si on ne prend en compte que les six plus grands pays, qui peuvent peser davantage au Conseil européen, cette image est différente. Trois sont dirigés par des leaders soucieux d’approfondir l’Union européenne (Allemagne, France, Espagne), trois par des leaders qui agissent plutôt dans le sens inverse (Italie, Royaume-Uni, Pologne). Ce qui donne clairement non plus à un couple, mais à un trio franco-allemand-espagnol, le soin d’être le ‘moteur’ de l’Europe… ou de ne pas l’être. Car ils n’appartiennent pas à la même mouvance : un est dirigé par un chrétien-démocrate (Allemagne), un par un centriste (France), un par social-démocrate (Espagne). Ce qui ne facilite pas toujours les accords.

Une prime à l’immobilisme

Même parmi les dirigeants dits ‘européens’, certains freinent des quatre fers à toute poussée supplémentaire d’intégration européenne : le chrétien-démocrate Viktor Orban figure parmi ceux-là, mais le Néerlandais Mark Rutte (libéral), le Danois Lars Løkke Rasmussen (Libéral) ou le Suédois Stefan Löfven (social-démocrate) sont assez réticents à tout pas d’intégration supplémentaire, au niveau politique comme au niveau monétaire. C’est une autre division, plus géopolitique que partisane qui se superpose aux clivages classiques. Une sorte de prime à l’immobilisme.

(Nicolas Gros-Verheyde)