Elections 2019. Les conservateurs en chute au Parlement européen ?

(B2) Le futur Parlement européen sera caractérisé par le morcellement des forces politiques, mais aussi par la progression des eurosceptiques. Parmi ceux-ci, les Conservateurs et réformistes européens (ECR) semblent être les seuls à avoir une tendance à la baisse. Ils pourraient perdre au moins une dizaine de sièges et ainsi passer de troisième à cinquième voire sixième groupe.

Un groupe politique en hausse depuis sa création, en 2009

Cette formation conservatrice eurosceptique a été fondée en 2009 à l’initiative de l’ancien premier ministre britannique, David Cameron. Elle avait alors 54 députés européens. Depuis, le groupe politique est devenu le troisième (en taille) au sein du Parlement européen, avec 77 députés, de 19 pays et 26 partis politiques différents. Le groupe s’est agrandi, il y a tout juste quelques semaines, avec l’incorporation de deux députés des Démocrates suédois, attachés auparavant au groupe Europe des libertés et démocraties directes.

Les députés conservateurs sont anti-immigration, pro-Atlantistes et libéraux sur le plan économique.

Un Tchèque comme tête de parti

S’ils n’ont que très peu de chances d’obtenir la présidence du Parlement européen ou de la Commission européenne, le groupe a décidé de jouer le jeu des Spitzenkandidat et a élu le député tchèque Jan Zahradil comme tête de liste.

La participation britannique, pas si décisive

Aujourd’hui, les députés britanniques sont 19, soit près d’un quart du groupe. La participation (ou pas) du Royaume-Uni aux élections européennes est donc perçue comme déterminante pour la composition du futur groupe. Leur départ affaiblirait le groupe politique, le reléguant à la cinquième ou sixième place. Pour autant, leur présence ne sera pas suffisante pour permettre au groupe de se maintenir à sa position actuelle. Selon les derniers sondages, les Conservateurs britanniques (Tories) s’effondreraient aux européennes, et perdraient sept de leurs 19 députés actuels. Ces prévisions reflètent d’abord l’échec politique de Theresa May mais aussi la tendance générale européenne de déclin des partis de gouvernement et la poussée des eurosceptiques.

Le PiS polonais en position prédominante 

L’autre grand parti au sein du groupe politique est le PiS (Droit et Justice), le parti conservateur et eurosceptique au pouvoir en Pologne. Il devrait d’ailleurs passer de 19 à 22 sièges dans le prochain Parlement, sous le leadership de celui qui est le numéro deux du groupe à Bruxelles, Jarosław Kaczyński.

Les « petits » pays maintiennent leur présence

Le reste du groupe est actuellement renforcé par une petite vingtaine de députés, venus de plusieurs pays principalement à l’est de l’Union, que ce soit au sud ou au nord. On retrouve ainsi l’Irlande, la Grèce, la Croatie, Chypre, la Lettonie et la Lituanie, parmi les pays où sont attendus un député pour la formation. Bulgarie, Tchéquie, Roumanie mais aussi Pays-Bas, Finlande et Suède apporteraient deux députés chacun.

Danemark, Italie et Allemagne en ordre dispersé

Au Danemark, le parti Dansk Folkeparti est en légère chute. Il devrait obtenir uniquement deux députés, soit un de moins qu’aux élections antérieures. Côté italien, quatre à cinq députés devraient participer au groupe, principalement venus du parti Fratelli d’Italia, conduit par l’arrière petit-fils du dictateur Benito Mussolini. Outre Rhin, les prédictions sont difficiles. Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) devrait passer de cinq à 11 sièges. Pour autant, sa tête de liste, Jörg Meuthen, s’est beaucoup rapproché de Matteo Salvini et pourrait pousser ses compatriotes à rejoindre l’ENL.

Que ce soit au Danemark, en Italie ou en Allemagne, la permanence de leurs 18-19 députés dans le groupe n’est pas acquise. Tant le PPE que les extrêmes droites ont lancé leurs opérations de séduction.

Quid de l’arrivée de nouveaux partis ?

Pour l’instant, le groupe n’a jamais eu de membres français ni espagnol. Cela pourrait changer. En France,  Nicolas Dupont-Aignan et son parti (Debout la France), l’ancien associé de Marine Le Pen, a annoncé vouloir rejoindre ce groupe, le présentant comme le seul à avoir des propositions eurosceptiques structurées. Le Néerlandais Thierry Baudet (Forum for Democracy) a fait de même. Une conférence de presse conjointe était organisée à Paris, le 27 février, pour faire l’annonce, à laquelle s’étaient déplacés le co-président Ryszard Legutko (PiS, Pologne), ainsi que le Tchèque Jan Zahradil.

L’inconnue espagnole

En Espagne, l’inconnu est le parti d’extrême droite VOX. Tout juste arrivé dans les institutions, il pourrait obtenir six sièges et rejoindre l’ECR. Kosma Zlotowski, trésorier du groupe, a joué le rôle de parrain du parti espagnol, pour l’introduire à Bruxelles, avec notamment une conférence de presse pendant laquelle Santiago Abascal a pu présenter son programme. Zlotowski a également accompagné Abascal pour visiter la clôture de Melilla en pleine campagne législative en Andalousie. On l’a vu plusieurs fois à Madrid. Toutefois, les indépendantistes flamands, soutiens de Puigdemont, siègent également dans le groupe, alors que Vox a fait de la Catalogne son fer de croisade. Le plus logique serait donc de les associer à l’ENF de Matteo Salvini et Marine Le Pen. 

Une alliance avec l’extrême droite : entre possibilité et rivalité

Une alliance, voire une refonte, avec les partis plus à droite est possible, et même espérée par certains. Marine Le Pen veut créer une Alliance européenne pour les peuples et les nations (AEPN), regroupant notamment l’ECR. Selon elle, ni les Allemands de l’AfD ni Vox ne vont rejoindre les conservateurs. La Française s’est montrée confiante, dans une interview au journal belge Le Soir. « Peut-être que, quand les Polonais s’apercevront qu’ils n’ont pas intérêt à garder un groupe plus faible que précédemment, ils reviendront à la négociation. » Le co-président polonais s’y oppose fermement pour l’instant, affichant ouvertement son ambition d’être incontournable à Bruxelles après le 26 mai. Le groupe se veut un allié naturel du PPE pour constituer une majorité. Au niveau idéologique, l’ENL est jugée trop protectionniste. Dernier élément, et pas des moindres, le refus de s’associer au nom de Le Pen, une « marque toxique », selon un membre du parti.

(Leonor Hubaut)

Lire aussi :