La Libye n’est pas un pays sûr. L’opération Sophia sans navires pas efficace. Fed. Mogherini joue la franchise

(B2 à Luxembourg) A la fin de la réunion des ministres des Affaires étrangères lundi (8 avril) à Luxembourg, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, est revenue face à la presse sur les opérations de sauvetage des migrants

Federica Mogherini face à la presse au Conseil des Affaires étrangères (Crédit : Conseil de l’UE)

Celle qui est aussi la vice-présidente de la Commission européenne a indiqué de façon très claire un point fondamental :

« La Libye n’est pas un pays sûr. L’Union européenne ne l’a jamais considérée comme cela. Il n’y a pas de changement là dessus. Et les évènements récents nous rappellent que c’est le cas. »

NB : Cette assertion très claire tranche avec les atermoiements des Européens — Commission européenne comprise — qui louvoyaient entre respect des valeurs, en théorie, et sens des réalités, pour ne pas brusquer le travail des garde-côtes libyens en cours de montée en puissance, comme la position italienne qui est de considérer que toute personne sauvée dans la nouvelle zone de secours et de sauvetage (MRCC) libyenne devrait être ramenée en Libye.

L’opération Sophia sans navires est peu efficace

Quant à l’opération Sophia en Méditerranée (EUNAVFOR Med), au cas où certains n’avaient pas vraiment compris, la Haute représentante a enfoncé le clou. Sans navires, elle n’est pas efficace…

« Je crois — et pas seulement moi —, qu’une opération navale dépourvue de moyens navals ne peut pas s’acquitter de son mandat comme elle doit le faire. C’est la décision prise par les États membres. Nous la mettrons en œuvre comme nous le pouvons. [Mais] nous ne pouvons qu’espérer que les États membres trouveront [prochainement] un type d’accord différent vu la nécessité de maintenir une vigilance extrême en Méditerranée sur les flux migratoires et la sécurité. Sans les moyens de la marine, il est évident que cela ne peut être fait que de manière très limitée. Ce qui est regrettable. J’espère seulement que les États membres reviendront sur leur décision le plus rapidement possible. »

Commentaire : Une franchise qui ne plaira pas partout

Ce propos d’une rare franchise confirme trois points. Premièrement, l’option choisie par les États membres (continuer l’opération Sophia sans navires) n’était ni le choix premier ni même le choix secondaire de Federica Mogherini. C’est pour cela d’ailleurs qu’elle ne l’a pas proposée aux États membres (Lire : Une nouvelle mission pour succéder à l’opération Sophia ?). Deuxièmement, avoir une opération sans navires n’est pas aussi facile que cela à mettre en place, car les moyens aériens ne sont pas présents en renfort. Troisièmement, elle est loin d’être efficace au regard des enjeux en Méditerranée.

Certains États membres avaient été plutôt furieux non seulement des options limitées proposées par la Haute représentante, mais également de sa communication sur le sujet. Il est rare en effet qu’un responsable européen mette en cause directement les États membres. Un acte ressenti comme une déloyauté, ou au moins une entaille dans « l’obligation de coopération loyale entre institutions », nous a fait remarquer un diplomate, résumant un avis partagé. Le propos de Federica Mogherini à Luxembourg ne va certainement pas aider à panser les plaies…

Cette position de la Haute représentante, aussi directe, est, en effet, plutôt rare, au moins d’un point de vue public. Mais elle a le mérite de la clarté. Il est parfois sain pour le débat public que les Européens ne taisent pas leurs désaccords et expriment clairement leurs divergences de vues quand elles existent.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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