Un traité mal vendu à Paris et Berlin : une erreur de communication, une faute politique

(B2) L’Elysée, comme la Chancellerie dans une moindre mesure, ont fait montre d’une certaine maladresse dans leur communication sur le traité franco-allemand signé ce mardi (22 janvier) à Aix-La-Chapelle

Au lieu de diffuser le Traité dès qu’il était finalisé ou adopté, Paris et Berlin ont trainé à publier le texte. Ils ont préféré tout d’abord en vanter le contenu dans des communiqués, avec quelques phrases toutes en emphases, soulignant combien le couple franco-allemand était beau et merveilleux. Deux communiqués publiés le 8 janvier par l’Elysée et le 9 janvier par la Chancellerie en témoignent (1). Il a fallu attendre encore une bonne semaine pour voir le texte publié (vendredi 18 janvier dans l’après-midi).

A l’heure du manque de confiance dans les médias et les politiques, et de l’internet tout puissant, cela a laissé le champ libre à toutes les idées farfelues. La rumeur fantasmagorique de la mise sous tutelle allemande de l’Alsace Lorraine — une grosse blague de potaches — ou celle du partage du siège français au Conseil de sécurité — une interprétation déformée — ont ainsi trouvé un terreau d’autant plus facile que le texte original n’était pas disponible.

Ce retard est inexcusable. C’est non seulement une erreur, c’est une faute politique, un manque certain de vertu démocratique. Tout cela pour réussir un petit coup de com’. Le couple franco-allemand aurait mérité un peu plus de considération de la part de ses dirigeants.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) B2 a dès ce moment là produit une première publication in extenso des articles ayant trait à la défense et à la diplomatie, à partir d’une version allemande ‘tombée du camion’ (lire : Politique, diplomatie, défense, les premiers éléments du traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle).

Lire aussi : Ras le bol du ‘blabla’ sur la désinformation. Commençons par bien informer

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

2 pensées sur “Un traité mal vendu à Paris et Berlin : une erreur de communication, une faute politique

  • 22 janvier 2019 à 12:19
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    En effet. Les gouvernements successifs ont manqué à leurs obligations d’information/explication/communication sur les questions européennes en général. La même carence va affecter la préparation des élections européennes. De multiples rapports ( y compris parlementaires) ont dénoncé ce « manquement » constant dont les effets sur l »opinion sont délétères. Une des raisons est l’absence d’organisme public explicitement chargé de cette fonction. Le « Service d’Information du Gouvernement » s’est avéré manifestement inapte à l’assumer – de même que les successifs Secrétariats d’États ou Ministères des Affaires Européennes. Il est étonnant que la Présidence Macron – pourtant très europhile – n’ait pas prévu d’initiative forte dans ce domaine. JGG

  • 22 janvier 2019 à 14:06
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    Et bien, rien de nouveau dans ce « nouveau » Traité. Au-delà de la répétition des très bonnes intentions de « changer pour que tout reste pareil » en ce qui concerne l’UE, tous les deux se sont mis d’accord que l’UE ne devait pas avoir un siège unique au UNSC, mais un double siège, un pour la France, qui conserve le sien, l’autre pour l’Allemagne qui est élevée par cela au rang de puissance mondiale, pourvu qu’elle ne se dote pas du nucléaire militaire.
    Evidemment pour la France, sachant que la montée de l’Allemagne ne pourra que venir d’un package beaucoup plus large et donc beaucoup moins probable, il s’agit de jouer la montre. Aussi pour détourner les allemands, en leur faisant miroiter un futur improbable, d’une posture plus pro EU réclamant que la France cede son siege à l’UE, ou au moins au noyau, collectif, des Etats Membres les plus cohérents en faveur d’une identité internationale européenne. Mais c’est trop tôt, sans doute…

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