Les missions et opérations de la PSDC. Budget, personnel, commandement… le point

(B2) Plus d’une quinzaine de missions et opérations de la PSDC sont aujourd’hui déployées sur trois continents : Europe, Moyen-Orient, Afrique. Quel objectif ? Combien de personnel ? Pour quel budget ? Quel est leur chef ? Le point…

(crédit : EUTM RCA)

Ce point, synthétique, a pour ambition de donner un tour d’horizon des missions de la PSDC, et assimilées, en quelques lignes. C’est un travail original réalisé par B2. Car, de manière assez paradoxale, il n’existe pas de recensement officiel réalisé par les services de l’Union européenne. Nous avons donc fait le tour des missions et opérations pour avoir une vision aussi exacte que possible, qui n’est pas évidente, car tant les chiffres du personnel, que du budget sont sur des bases fort différentes et ne peuvent donner lieu à des comparaisons que relatives.

16 à 18 missions et opérations, civiles et militaires

Six missions et opérations sont d’ordre militaire (♦) : trois du type formation d’armée locale (EUTM), deux d’ordre maritime (EUNAVFOR) contre la piraterie dans le Golfe d’Aden et au large de la Somalie (Atalanta) et contre les trafics en Méditerranée (Sophia), une seule répond à une opération de stabilisation.

Dix missions sont d’ordre civil, principalement tournées vers le renforcement des forces de sécurité intérieure (EUCAP ou EUPOL ou EUBAM) ou le conseil au niveau stratégique (EUAM) ; une seule est d’observation d’un accord de cessez-le-feu (EUMM). Deux de ces missions doivent se terminer à la fin de leur mandat, d’ici 2020 : EULEX Kosovo et EUPOL Copps. Une est en sursis : EUNAVFOR Med / Sophia.

A celles-là, on doit ajouter une mission purement judiciaire, mais dérivée d’une mission PSDC et financée sur le budget PESC — les Chambres spécialisées du Kosovo —, et une mission de la Commission européenne qui répond aux mêmes objectifs et motivations, mais est opérée par des moyens différents (EUBAM Moldova).

Près de 6000 personnes mobilisées

En tout, ces missions et opérations regroupent environ 5500 personnes, selon notre comptage : un peu plus de 2200 dans les missions civiles, environ 3300 dans les missions/opérations militaires. L’effectif varie énormément selon les recrutements (missions civiles) et les périodes, surtout dans les opérations militaires : un navire de plus ou de moins, c’est immédiatement une variation de 200 à 300 personnes.

Un coût global de 900 millions d’euros

Le coût de ces missions se monte, selon l’estimation de B2, à 900 millions d’euros, supporté en partie par le budget communautaire et par les États membres. Pour arriver à ce chiffre, nous prenons en compte tout d’abord le budget affecté aux missions civiles, en tout 316 millions €, recalculé sur un rythme annuel, — financé en grande partie par le budget communautaire ordinaire —, et les 75 millions € de coûts communs des missions/opérations militaires — financés par un budget extraordinaire géré par le mécanisme Athena. Le coût total des missions civiles avoisine plutôt 350 à 400 millions d’euros, les États membres supportant 10 à 20% des coûts selon notre estimation (1), tandis que le coût total des missions/opérations militaires se monte à environ 500 millions d’euros (2).

Une répartition assez équilibrée des commandements

La répartition des nationalités de chef de mission/opération apparaît plutôt équilibrée, avec quinze nationalités représentées dans les chefs de mission et d’opération. Dans le détail, petite prime aux Italiens et aux Allemands qui dirigent trois opérations. Les Britanniques commandent deux opérations (mais plus pour longtemps, Brexit oblige). Un Français est aux commandes seulement, pour une mission (deux d’ici mars), idem pour les Espagnols.

Si on prend en compte les zones géographiques dont sont issus les chefs de mission ou d’opération, sept missions/opérations sont dirigées par des responsables venus de pays du Sud (Grèce, Italie, Espagne, Portugal), six par des pays du centre (Allemagne, France, Belgique, Autriche), quatre par des pays du Nord (Danemark, Finlande, Royaume-Uni) et quatre par des pays de l’Est (Bulgarie, Lituanie, Pologne, Roumanie).

  • NB : le total (21) est légèrement supérieur au nombre des missions/opérations, car il comprend également le commandant d’opération pour les opérations militaires. Nous ne tenons pas compte dans cet inventaire de la nationalité du commandement au niveau stratégique des missions militaires (le Finlandais Esa Pulkkinen) et des missions civiles (l’Italien Vincenzo Coppola). On peut noter qu’un pays tiers occupe un poste stratégique, un Américain étant placé comme procureur dans les Chambres spécialisées du Kosovo.

Europe Balkans

EUFOR Althea (stabilisation de la Bosnie-Herzégovine, suite aux accords de Dayton 1995) : environ 600 personnes, budget : 10,3 millions € (coûts communs, annuel). 14 États membres participants + 5 pays tiers (Albanie, Chili, Macédoine Fyrom, Suisse, Turquie). QG : Sarajevo. Commandant d’opération : général James Everard (SHAPE OTAN) (3). Commandant de force : général Martin Dorfer (Autriche).

EULEX Kosovo (État de droit) : 675 personnes, budget : 83,55 millions € pour deux ans (juin 2018 – juin 2020). 25 États membres participants et 2 pays tiers (Suisse, États-Unis). QG : Pristina. Chef de mission : Alexandra Papadopoulou (Grèce).

Chambres spécialisées du Kosovo KSC (justice) (4) : 150 personnes, budget : 86,25 millions € pour deux ans (juin 2018 – juin 2020). 23 États membres participants et 5 pays tiers (Canada, Norvège, Suisse, Turquie, États-Unis). QG : La Haye (Pays-Bas). Présidente : Ekaterina Trendafilova (Bulgarie). Procureur général : Jack Smith (États-Unis). Site

Caucase Asie Centrale

EUMM Georgia (observation des accords de 2008 dit Medvedev-Sarkozy) : 319 personnes (environ 210 experts internationaux + une centaine de personnel local), budget : 38,2 millions € pour deux ans (décembre 2018 – décembre 2020). 26 États membres participants. QG : Tbilissi (+ 3 Fields office à Gori, Mtskheta, Zugdidi). Chef de mission : Erik Høeg (Danemark).

EUAM Ukraine (conseil aux forces de sécurité intérieure – police et État de droit) : 300 personnes, budget : 33,84 millions € pour 18 mois (décembre 2017 – mai 2019). 24 États membres participants et 1 pays tiers (Canada). QG : Kiev (+ 3 Fields Office à Kharkiv, Lviv et Odessa). Chef de mission : Kęstutis Lančinskas (Lituanie).

EUBAM Moldova Ukraine (conseil et renforcement des capacités de surveillance aux frontières, autour de la Transnistrie) : 45 personnes + 73 locaux, budget : 15 millions € pour trois ans (2017-2020). 11 États membres participants. QG : Odessa + poste national à Chisinau (+ 6 Fields Office Odessa – Chornomorsk (port), Kuchurhan, Podilsk, Otaci, Chisinau et Basarabeasca). Chef de mission : Slawomir Pichor (Pologne) (5)

Moyen-Orient

EUPOL Copps – Palestine (conseil stratégique et formation police – justice) : 99 personnes, budget : 12,6 millions € pour deux ans (juillet 2018 – juin 2020). 20 États membres participants et 1 pays tiers (Canada). QG : Ramallah (Cisjordanie). Chef de mission : Kauko Aaltomaa (Finlande)

EUBAM Rafah (conseil gestion de frontières) : 18 personnes, budget : 2 millions € pour deux ans (juillet 2018 – juin 2020). 5 États membres participants. QG : Tel Aviv (Israël). Chef de mission : Günther Freisleben (Allemagne).

EUAM Iraq (conseil police, justice et État de droit) : 43 personnes (en augmentation), budget : 64,8 millions € pour 18 mois (octobre 2018 – avril 2020). 14 États membres participants. QG : Bagdad. Chef de mission : Markus Ritter (Allemagne).

Méditerranée Libye

EUBAM Libya (conseil gestion des frontières et réforme de sécurité) : 38 personnes, budget : 61,68 millions € pour 18 mois (janvier 2019 – juin 2020). 15 États membres participants. QG : Tunis + Tripoli (Libye). Chef de mission : Vincenzo Tagliaferri (Italie)

EUNAVFOR Med / Sophia (lutte anti-trafics Méditerranée et formation des garde-côtes libyens) : environ 1200 personnes, 3 à 4 bateaux, 2 à 4 avions. Budget : 1,1 million € pour trois mois (coûts communs, janvier – mars 2018). 27 États membres participants, mais seulement 6 avec des moyens (Italie, Allemagne, Espagne, France, Luxembourg, Pologne). QG : Rome (Italie) (+ base logistique à Augusta, base aviation à Sigonella). Commandant d’opération : contre-amiral Enrico Credendino (Italie). Commandant de force : contre-amiral Stefano Turchetto (Italie)

Afrique centrale

EUTM Centrafrique RCA (conseil stratégique, formation et entrainement militaire) : 187 personnes, budget : 25,4 millions € pour deux ans (coûts communs, sept. 2018 – sept. 2020). 8 États membres participants (Espagne, France, Italie, Lituanie, Pologne, Portugal, Roumanie et Suède) + 3 pays tiers (Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Serbie). QG : Bangui (+ centre de formation à Bouar en projet). Commandant d’opération : général Esa Pulkkinen (MPCC). Chef de mission : général Hermínio Teodoro Maio (Portugal).

Sahel

EUTM Mali (conseil stratégique, formation et entrainement militaire) : 620 personnes, budget : 59,74 millions € pour deux ans (coûts communs, mai 2018 – mai 2020). 22 États membres participants et 5 pays tiers (Albanie, Géorgie, Moldavie, Monténégro, Serbie) + 1 sous-traitant aérien (Afrique du Sud). QG : Bamako (+ centre de formation à Koulikoro). Commandant d’opération : général Esa Pulkkinen (MPCC). Chef de mission : général Peter Mirow (Allemagne).

EUCAP Sahel Mali (conseil stratégique et renforcement des capacités de sécurité intérieure) : 188 personnes (134 personnes + 54 locaux), budget : 28,45 millions € pour un an (janvier 2018 – février 2019). 15 États membres participants et 1 pays tiers (Serbie). QG : Bamako. Chef de mission : Philippe Rio (France).

EUCAP Sahel Niger (conseil stratégique et renforcement des capacités de sécurité intérieure) : 173 personnes (115 internationaux et 58 locaux), budget : 63,4 millions € pour deux ans (octobre 2018 – septembre 2020). 15 États membres participants. QG : Niamey (+ poste à Agadez). Chef de mission : Frank Van der Mueren (Belgique).

Corne de l’Afrique

EUNAVFOR Atalanta (lutte anti-piraterie au large de la Somalie) : environ 600 personnes (1 à 3 navires et 1 ou 2 avions patrouilleurs), budget : 11,7 millions € (coûts communs, janvier 2019 – décembre 2020). 19 États membres participants + 2 pays tiers (Monténégro, Serbie), mais 3 ou 4 seulement fournissent des moyens (navires et avions) de façon régulière (Italie, Espagne, Allemagne et France de façon partielle), sans oublier les équipes de protection placées à bord des navires du Programme alimentaire mondial assurées à tour de rôle par un pays (Croatie, Lituanie, Monténégro ou Serbie). QG : Northwood (Royaume-Uni) (+ base logistique et aviation à Djibouti) (6). Commandant d’opération : général major Charlie Stickland Obe (Royaume-Uni). Commandant de force : contre-amiral Alfonso Pérez de Nanclares y Pérez de Acevedo (Espagne).

EUTM Somalia (conseil stratégique, formation et entrainement militaire) : 183 personnes + 15 locaux, budget : 22,98 millions € pour deux ans (coûts communs, janvier 2019 – décembre 2020). 8 États membres participants et 1 pays tiers (Serbie). QG : Mogadiscio. Commandant d’opération : général Esa Pulkkinen (MPCC). Chef de mission : général de brigade Matteo Spreafico (Italie).

EUCAP Somalia (conseil stratégique et renforcement des capacités de sécurité maritime) : 110 personnes, budget : 66,1 millions € pour deux ans (janvier 2019 – décembre 2020). 17 États membres participants. QG : Mogadiscio. Chef de mission : Maria-Cristina Stepanescu (Roumanie).

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : la description de l’objectif de chaque mission est faite par B2, en se détachant parfois du langage officiel qui est par moment éloigné de la réalité.

  1. Le montant mentionné pour une mission civile représente une très large partie des coûts ; les États participants supportent seulement le salaire des personnels détachés. Un coût qu’on peut estimer entre 10 à 20%.
  2. Ce qu’on appelle les coûts communs ne représentent qu’une petite partie du coût d’une opération militaire : entre 10 à 15% selon les estimations.
  3. L’opération EUFOR Althea est la seule menée sous le format Berlin Plus (commandement mixte OTAN-UE). Le général Everard sera remplacé, avant fin mars 2019, par le général français Olivier Rittimann (lire : Brexit oblige, le commandement de l’opération EUFOR Althea va passer à un Français)
  4. La fonction juridictionnelle faisait auparavant partie de EULEX Kosovo. Elle en a été détachée et l’institution placée aux Pays-Bas, hors du Kosovo, suite au rapport du Conseil de l’Europe sur les trafics d’organes et pour éviter des pressions sur les juges ou des ‘neutralisations’ de témoins supplémentaires.
  5. Cette mission n’est pas strictement menée au titre de la PSDC, même si ses objectifs et moyens sont similaires. Son budget ne dépend pas de la PESC, mais de l’instrument du voisinage de la Commission. Elle figure néanmoins sur la liste des missions-opérations du service européen pour l’action extérieure (SEAE).
  6. Du fait du Brexit, le QG sera transféré à Rota (Espagne) et à Brest (France), sous commandement espagnol.

Mis à jour : correction sur le nom du chef d’EUTM Somalia, sur le nombre de pays participants et le nombre de personnel d’EUTM Mali

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).