De 2018 à 2019, une année tourmentée, cruciale. Trois chocs, trois défis

(B2) L’année 2019 s’ouvre après une année 2018 qui n’est pas aussi noire qu’on peut le penser. Certes l’Europe est loin d’être parfaite ou le monde merveilleux, elle représente tout de même un ilot de stabilité dans un monde plus en plus brutal

(crédit : MOD Espagne – Milex 2018)

L’année qui s’annonce est l’année de tous les dangers pour l’Europe : le Brexit, l’inconnue des élections européennes, le renouvellement des institutions européennes. Les deux pays qui vont se succéder à la tête de l’Union — Roumanie puis Finlande — auront fort à faire…

Une année cruciale

Premier choc : le départ ‘historique’ du Royaume-Uni de l’Union européenne.

C’est un bouleversement qui va bien au-delà d’un problème d’accords douaniers. Il va affaiblir le rôle qu’à toujours joué Londres d’être le pont entre le monde américain et le monde européen, il va affaiblir l’Union européenne qui perd un grand pays membre et fait naitre un concurrent dans la défense d’un certain modèle démocratique et de valeurs. Il met surtout à ‘nu’ l’Europe face à ses contradictions internes. On ne pourra plus demain désigner un bouc émissaire bien commode que jouait à merveille le Royaume-Uni. Chacun va être placé à ses contradictions : ceux qui rechignent à mettre la main à la poche et ceux qui rechignent aux abandons de souveraineté…

Deuxième choc : les élections européennes : To be or not to be

Le Brexit met le doigt sur plusieurs questions qui vont être au cœur des élections européennes. Faut-il être dedans ou dehors — un « to be or not to be » moderne situé — ou plutôt faut-il plus d’intégration ou davantage de souveraineté ? C’est autour de cette question fondamentale que pouraient se focaliser les élections européennes.

A cause (ou grâce à) une poussée eurosceptique, qui ne se cantonne pas aux extrêmes, la campagne européenne qui s’annonce va être focalisée, au-delà du traditionnel vote national de caution du pouvoir en place, sur des enjeux européens : Que doit être l’Europe demain ? Quelle position adopter vis-à-vis des migrations, de la mondialisation, du partage de l’économie ? Finalement de bonnes questions…

L’intégration européenne ne fait plus consensus, ou du moins ce consensus ne peut plus être géré loin des peuples. Les Européens qui se plaignent de la montée des populismes devraient au contraire s’en réjouir. On débat, on pose des questions, on se doit d’avoir des explications et des réponses.

Troisième choc : renouvellement institutionnel

Le troisième enjeu de l’année est le renouvellement des institutions européennes. C’est une mécanique assez complexe qui se met en branle. Les défenseurs d’une Commission politique risquent de se retrouver pris à leur propre piège. Quand il s’agit d’être bipartisan, avec un équilibre de pouvoirs entre chrétiens-démocrates et socio-démocrates, à tendance libérale, c’était relativement aisé, car il y avait une communauté de vues au-delà des appartenances politiques. Avec des positions de gouvernement, et de parlement, beaucoup plus tranchées, l’idée d’une Commission plus neutre, plus exécutive pourrait refaire surface.

Les trois défis qui attendent l’Europe

Si l’Europe est faible, c’est d’abord par les gouvernements qui la composent. L’Union européenne souffre aujourd’hui d’une faiblesse — celle des États qui la composent. Les institutions, en soi, résistent plutôt bien. Mais elles devraient apprendre à tenir compte des ‘peuples’. Quant à la relation avec Washington, le parrain éloigné, elle devient aujourd’hui problématique. Ce qui est, aussi, un défi pour l’Union européenne.

La faiblesse des États

On constate que les gouvernements des principaux pays européens ont mordu la poussière. L’Italie a vu arriver une nouvelle coalition au pouvoir formé des atypiques ‘5 étoiles’ et de la droite nationaliste de la Ligue du Nord. Le parti populaire a dû quitter le pouvoir en Espagne laissant place à un gouvernement socialiste minoritaire. En Allemagne, la Chancelière Merkel en proie à plusieurs défaites électorales dans les Länder a dû abandonner la présidence de la CSU. En France, l’envolée optimiste du président Macron s’est effondrée sous le poids de la réalité et d’une morgue insoupçonnée. Au Royaume-Uni, le gouvernement de Theresa May est coincé sur la question du Brexit. Dans les autres pays, les gouvernements au pouvoir sont aussi dans des positions fragiles. L’instabilité ne concerne pas que les grands pays. En Belgique, la coalition formée des nationalistes flamands et des libéraux s’est fracassée sur la question de l’immigration laissant place à un gouvernement intérimaire condamné aux affaires courantes, le temps des élections de mai. La Suède reste sans gouvernement stable, depuis les élections de septembre 2018.

Le défi du divorce avec Washington

L’élément majeur de cette année reste le divorce entre Européens et Américains. Que ce soit sur le statut de Jérusalem, l’accord nucléaire iranien ou le rôle de l’Alliance atlantique face à la Russie, il y a désormais une bonne feuille de papier épaisse entre Washington et Bruxelles. Nous ne sommes plus dans un différend d’ordre commercial, tenant à des entreprises concurrentes ou des différences de droits de douane. Il y a désormais un différend stratégique, à la fois sur la marche du monde mais aussi sur l’unité européenne. Celle-ci ayant été remise en cause de façon non anodine par le président américain Donald Trump. Si la notion de l’autonomie stratégique n’est pas définie de la même façon dans toutes les capitales européennes, le ressenti partagé est que l’allié américain n’est plus fiable à 100% comme par le passé.

Une certaine résistance plastique du système européen

Malgré tous les coups de butoir, le dispositif européen est resté en place et solide. Sur le Brexit, les ’27’ sont restés unis, malgré toutes les tentatives de Londres de les diviser. Et finalement, c’est l’unité britannique britannique qui s’est fracassée sur la solidité bienveillante des Européens. De la même façon, le dispositif des sanctions sur la Russie est resté intact, et reconduit régulièrement, même si plusieurs capitales ont exprimé des doutes.

L’Euro n’a sans doute pas atteint ses objectifs souhaités, notamment en matière internationale, mais la monnaie unique n’est plus autant critiquée en interne que dans le début des années 2010 et reste une monnaie d’échange international de premier plan. Ce qui n’est pas négligeable.

Cette résistance plastique du système européen tient sans doute à ce qu’il n’est pas un dispositif, dur, rigide, établi, mais qu’il s’adapte, comme la plasticine des enfants, et résiste finalement à toutes les tentatives de découpage. Les institutions européennes assises sur une législature de cinq ans et une grande coalition ont maintenu une certaine stabilité dans une volte-face de plusieurs gouvernements européens.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).