La mise en place du SPV, l’instrument de troc avec l’Iran, une symbolique forte

(B2) La mise en place de cet instrument de troc (ou SPV comme Special purpose vehicle) par les Européens ne doit pas être négligée. Cette création est importante à plus d’un titre

Certes, cela n’a pas été facile et cela a demandé quelques longues semaines de discussion. Certes, cet instrument commence ‘petit’, par des secteurs  plutôt non stratégiques. Certes, on peut se demander si cela suffira à conserver suffisamment de flux commerciaux avec l’Iran. Mais il faut remettre le tout dans un contexte.

A partir de rien, et en restant unis

C’est la première fois qu’on bâtit un instrument de troc à partir de rien, en multilatéral. Un certain nombre de questions juridiques, économiques, étatiques étaient à régler. C’est logique. L’avoir fait, en un temps somme toute rapide, est remarquable d’une certaine façon. Avoir réussi à garder l’unité des trois grands pays (les franco-allemands, et britanniques) qui auraient pu avoir d’autres motifs de division (le Brexit), comme de l’ensemble des Européens n’est pas négligeable également.

Garder l’accord iranien vivant

Ce geste revêt aussi une double symbolique. Tout d’abord vis-à-vis de l’Iran. Les Européens du E3 marquent ainsi concrètement qu’ils entendent conserver toute sa valeur à l’accord sur le nucléaire iranien en faisant leur part de travail : faciliter les flux commerciaux dans les domaines non marqués par les sanctions. L’ambition de continuer à faire vivre l’accord sur le nucléaire iranien est d’ailleurs l’objectif ultime des Européens.

Un bras d’honneur à Donald Trump

Enfin, et surtout, c’est la première fois que les Européens, ensemble, mettent en place un outil délibérément destiné à contourner des sanctions américaines. C’est une certaine entaille à la politique de sanctions extra-territoriales des États-Unis, qui ne date pas du gouvernement actuel. C’est une marque précise, non plus seulement en paroles mais dans les faits, d’une opposition claire à la politique étrangère américaine sur une question stratégique (les relations avec l’Iran) (1). S’opposer de façon aussi délibérée sur une question stratégique, c’est un petit bras d’honneur à Donald Trump. On ne boudera pas donc ce (petit) plaisir.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire à suivre : Instex, l’instrument destiné à contrer les sanctions US est en place. Mais pas encore tout à fait opérationnel

  1. Dans le passé, il y a eu des oppositions entre Européens et Américains. Mais soit elles portaient sur des questions commerciales (ex. Airbus), soit les Européens étaient divisés (ex. Irak).