Afghanistan… Quand l’Europe venait au secours des Américains

(B2) 17 ans après le début de l’intervention de l’OTAN en Afghanistan, il est bon de se souvenir…

(crédit : Bundeswehr /Andrea Bienert)

Dans la balance des efforts européen et américain, et de la célébration de l’effort américain vital pour l’Europe dans les guerres 14-18 et 39-45, on oublie souvent l’effort, plus récent mais tout aussi notable, des Européens en réponse à l’appel à l’aide des Américains en Afghanistan. Une intervention mise en place dans le cadre de l’OTAN, à l’initiative des Américains et selon leurs principales orientations, après les attentats du 11 septembre 2001, mais qui a suscité un engagement net des Européens.

Un tiers des effectifs…

Selon la base de données B2 sur l’Afghanistan, les Européens ont en effet fourni (tous pays confondus, Danemark et Royaume-Uni inclus) environ un tiers des effectifs — ce qui n’est pas négligeable.

… et un quart des pertes

Ils ont subi durant les 17 ans d’intervention — dans la FIAS, la force internationale d’assistance à la sécurité (ou International Security Assistance Force IFAS) puis dans l’opération Resolute Support —, 25% des pertes : au moins 875 décès constatés exactement sur les 3557 totalisés sur l’intervention par le site icasultaties (1). Et encore, ce chiffre est un minimum car il ne prend pas en compte les militaires décédés ensuite.

Le Royaume-Uni a de loin été le pays le plus ‘engagé’ avec 455 décès, suivi par la France (90 décès) et l’Allemagne (57 décès) (2). Proportionnellement à sa taille, c’est cependant le Danemark qui a payé le plus lourd tribu (43 décès). Hors UE, c’est le Canada (avec 158 décès).

Le décompte des blessés plus difficile

Le décompte des blessés est plus difficile à recenser. D’une part car les pays ne mettent pas vraiment ces statistiques au grand jour. D’autre part car ces données sont plus complexes à compiler.

2188 blessés au combat chez les Britanniques

Pour avoir une idée, on peut prendre l’exemple de l’engagement britannique, le plus notable et le plus documenté. Sur la période 2001-2014, les Britanniques recensent 7436 blessés et malades (toutes causes confondues) admis dans leurs hôpitaux de campagne. Sur ce chiffre, il y a 5248 malades et blessés hors combat et 2188 blessés ‘en action’, dont 616 sérieusement atteints. Cela conduit à un ratio mort/blessés de 1 pour 5 si on prend uniquement ce dernier chiffre (et un ratio de pour 1 pour 16 au total). 250 soldats ont subi une amputation selon les statistiques officielles compilées par le quotidien The Guardian. Cela ne comprend pas les victimes, notamment de troubles psychologiques, qui se déclareraient ensuite.

Et 450 chez les Français

Pour la France, sur la même période selon une étude épidémiologique menée par le médecin des armées de l’hôpital Percy, Clément Hoffmann, avec plusieurs confrères (3), on recense 89 décès et 991 blessés et malades, dont 450 au combat ou par IED. Soit un ratio mort/blessés d’1 pour 5, sensiblement identique aux Britanniques.

Une estimation de 4300 blessés

Si on applique ce ratio aux pertes européennes, on atteint ainsi un chiffre d’environ 4300 blessés résultant de l’engagement en Afghanistan pour les troupes des différents pays de l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Pays de l’Union européenne uniquement (Royaume-Uni inclus). Chiffres fournis par icasualties, compilés pour l’UE par B2.
  2. Les statistiques de icasualties sont parfois sous-estimées par rapport aux chiffres nationaux qui tiennent compte des décès ultérieurs.
  3. A télécharger ici