La remontée verte (V2)

La remontée verte (V2)

Share

(B2) En quelques semaines, le panorama politique a changé. Si les forces eurosceptiques restent très présentes, apparait une nouvelle force alternative, plus européenne : les Verts. Du moins dans la zone du centre-Europe d’inspiration germanique.

© NGV / B2

On les disait il y a quelques mois dans les tréfonds des classements. Est-ce une soudaine prise de conscience des enjeux environnementaux, des changements climatiques, ou l’absence d’alternative dans les partis classiques ? Sans doute un peu de tout cela. Les Verts assurent dans les pays du centre et du nord de l’Europe une remontée en flèche.

De bons scores dans plusieurs pays

En Allemagne, lors de deux élections régionales emblématiques, en Bavière et en Hesse, en Belgique, lors des élections communales, surtout en Wallonie et à Bruxelles, au Luxembourg, les Verts ont atteint des scores importants, de l’ordre de 20%. Un dernier sondage en Allemagne pour les Européennes leur donne un score identique aux élections devançant de 4 points le SPD et l’AFD placés au coude à coude. Soit une vingtaine de sièges (7 de plus qu’aujourd’hui).

Aux Pays-Bas et en Finlande aussi

Dans d’autres pays, aux Pays-Bas et en Finlande par exemple, de bons scores sont attendus. Les GroenLinks néerlandais atteignent ainsi 16% et (soit 9 points de plus qu’aux dernières élections européennes 6,98%) et la place de troisième parti du pays. En Finlande, les résultats sont moins nets mais ils naviguent entre 12 et 13% (soit 3 ou 4 points de plus qu’aux dernières élections, 9,3%), même si le parti qui talonnait en début d’année le Kesk, le parti du centre du Premier ministre Juha Sipilä, a légèrement décroché (voir ici). L’Autriche reste dans ce concert une exception avec un parti vert qui plafonne autour des 5%.

Faiblesse latine et inconnue française

Cette remontée reste molle voire inexistante dans les pays latins. Ce qui tempère quelque peu l’enthousiasme possible. Très faibles en Italie et en Espagne, le seul espoir des Ecologistes réside dans l’hexagone. La France reste une grosse inconnue et un vrai défi. Les Verts demeurent, pour l’instant, au-dessous du score réalisé en 2014 (8,95%), malgré une légère remontée depuis l’été (de 4% à 7%). Un coup de mou sensible dans un pays qui envoie 79 députés au Parlement européen (5 de plus qu’aux élections de 2014) et où l’élection se fait désormais dans une circonscription unique sur des listes nationales (donc avec une proportionnelle plus efficace).

Un arbitre au Parlement ?

Cette progression pourrait provoquer un ‘petit’ bouleversement au Parlement européen. Les Verts, qui disposent aujourd’hui de 52 sièges, pourraient augmenter d’une dizaine ou d’une quinzaine de sièges (selon les prévisions) leur score. A l’échelle du Parlement ce n’est pas une révolution. Mais cela les amènerait non loin des Libéraux et permettrait au PPE et S&D d’envisager une alternative aux Libéraux et Démocrates, si ceux-ci se montrent trop exigeants pour rejoindre la coalition majoritaire.

Des contacts informels PPE – Verts

D’après nos informations, des contacts informels auraient déjà eu lieu à l’initiative du PPE avec les Verts. Et les Verts n’excluent pas de ‘monter’ dans une coalition. Une majorité alternative PPE-Libéral-Verts (dite coalition ‘jamaicaine’ *) ne serait pas possible — à l’image de ce qui pourrait se passer en Allemagne si les socio-démocrates du SPD quittaient la coalition au pouvoir —, mais une trilatérale PPE-S&D-Verts ou une quadrilatérale PPE-Libéral-S&D-Verts deviendrait possible, mathématiquement comme politiquement.

Commentaire : cette remontée fragilise la dialectique mise en place à la fois par Emmanuel Macron et par Viktor Orban d’une opposition entre les deux camps : les ‘progressistes’ et les ‘souverainistes’. Elle illustre que d’autres voies sont possibles : alternatives (les verts) ou plus traditionnelles (chrétiens-démocrates et socio-démocrates). Les derniers sondages laissent, en effet, entrevoir une tendance à la stabilisation de la baisse (même si celle-ci est très nette) des deux partis traditionnels, voire une légère remontée pour ces derniers dans les pays qui leur sont traditionnellement acquis (au nord de l’Europe notamment).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Du fait des couleurs Noir-Jaune-Verts qui se retrouvent sur le drapeau jamaicain et symbolisent les couleurs de la CDU-CSU (chrétien-démocrate), du FDP (libéral) et des Grünen (Verts).

Dans la série élections 2019, lire aussi :

Et voir notre dossier N°67. Elections européennes 2019

Version 2 : précisions apportées sur les sondages en Finlande et Pays-Bas, ajout d’un paragraphe sur la France