La prise d’astreinte française au battlegroup 2019 se prépare

La prise d’astreinte française au battlegroup 2019 se prépare

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(B2) La France va prendre l’astreinte de la force de réaction rapide de l’Union européenne le 1er janvier prochain pour douze mois. Une durée double de la période ordinaire, pour cause de… Brexit. Elle s’y prépare

Afin de préparer cette prise de mandat, la France a commencé à former les officiers alliés qui prendront part à cette alerte. 13 Espagnols, 2 Grecs, un Belge et un Italien ont commencé ainsi à prendre leurs marques avec 15 de leurs collègues français en banlieue parisienne, au début du mois, vient d’annoncer l’état-major des armées. Une formation qualifiante, dispensée par l’Institut français pour l’enseignement stratégique et opératif (IFESO)

L’équipe des officiers embryon du PC de commandement du battlegroup français (crédit : ministère français de la Défense / DICOD / EMA)

Adossé au CPCO au Mont Valérien

Situé au sein du fort du Mont Valérien à Suresnes, adossé au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), le QG d’opération est une structure non-permanente apte à commander l’envoi d’un groupement tactique de l’UE (battlegroup) dans le cadre d’une opération de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune), durant toute l’année 2019 et non pas de six mois comme d’habitude. La France a, en effet, repris le créneau que devait assurer le Royaume-Uni mais qui, départ de l’UE oblige, il a renoncé à assurer.

Le commandement sur deux battlegroups de permanence

Au premier semestre, seront de permanence un groupement tactique espagnol (avec les Italiens et Portugais) et un groupement tactique français (avec les Belges). Au second semestre, le groupement tactique sera armé surtout par les Français. A signaler qu’un autre groupement tactique sera de permanence, constitué des pays de Visegard (Polonais, Tchèques, Hongrois et Slovaques) avec un QG d’opération situé en Pologne (1). La montée en puissance de l’OHQ du Mont Valérien devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2018 afin d’être pleinement opérationnel début 2019.

Une force théorique… pour l’instant

En théorie, cela permet à l’Union européenne de dépêcher dans un rayon de 6000 km une force d’environ 1500 à 2500 hommes, par exemple à des fins d’interposition en cas de conflit, d’évacuation de citoyens européens ou de soutien à une opération humanitaire. Encore faut-il que les Européens le veulent. Jusqu’ici, ils ont toujours refusé de le faire… même quand l’occasion s’est présentée.

Commentaire : un retour dans les commandements européens

Pour la France, 2019 (année électorale européenne) pourrait être le signe d’un retour dans les missions et opérations de la PSDC. A la prise de commandement pour les battlegroups, il faut en effet ajouter la prise de commandement de l’opération EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine par un officier supérieur français (lire : Brexit oblige, le commandement de l’opération EUFOR Althea va passer à un Français), ainsi que le transfert de Londres à Brest du MSCHOA — le centre de sécurité maritime pour la Corne de l’Afrique, à destination de la marine marchande (lire : Piraterie maritime. Le MICA de Brest prêt à héberger le MSCHOA et prendre le relais de Northwood) —, sans oublier la prise de commandement de la mission de formation de l’armée centrafricaine (EUTM RCA) à la moitié de l’année.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un scénario sur une sécession en Afrique

Réunis en groupes de travail, les officiers de l’état-major européen ont d’abord établi la cartographie des acteurs stratégiques concernés par le referendum d’indépendance d’une région africaine fictive. Une crise dans laquelle l’Union européenne va devoir engager rapidement une force de stabilisation. Le tout en anglais. « L’établissement d’une planification commune passe par une maîtrise indispensable de l’anglais, langue de travail courante », assure le chef d’escadrons Hugues, J5 au CPCO. « Mais il faut surtout savoir tirer parti de l’expertise de certains officiers maîtrisant particulièrement le processus de planification européenne, tout en prenant en compte les expériences opérationnelles de chacun. »

L’objectif de la formation était en effet de parfaire la connaissance des officiers sur la planification. Des instructions communes, détaillant la méthode de planification européenne, ont alterné ainsi « avec des phases de mise en situation réalisées sur le thème d’exercices proposés par les instructeurs ». Au fil de la semaine, l’état-major a ainsi construit la directive de planification stratégique (strategic planning directive), premier document produit par un QG d’opération au lancement d’une crise. Pour clôturer le tout, les ‘stagiaires’ ont planché devant le général de division Daniel Grammatico, directeur des opérations de l’état-major de l’UE (EUMS) et le contre-amiral Jean Hausermann chef ‘Plans’ au CPCO.


(1) Un QG qui ne figure cependant pas dans la liste des QG d’opération, de niveau stratégico-militaire, agréé au niveau de l’UE.