En Libye, le trafic de pétrole prospère. Et il passe par… Malte

(B2) Le trafic de pétrole prospère en Libye. Un trafic lucratif, où l’île de Malte, face aux côtes libyennes, semble servir de base arrière

Un bateau utilisé par les contrebandiers, avec une mitraillette antiaérienne 23mm (anti-aircraft 23mm machine gun) (Source : ONU)

Environ 750 millions $ par an échappent au contrôle de l’État central et servent à la fois aux factions diverses opposées au pouvoir central comme aux contrebandiers. Le rapport de septembre 2018 du groupe d’experts de l’ONU sur la Libye le prouve.

De Malte à Zouara

Les navires impliqués dans la contrebande de carburant « partent de Malte et font route vers le sud en direction du golfe de Gabès (Tunisie). Arrivés à une distance de 40 à 60 milles marins de la côte tunisienne, ils désactivent généralement leur système d’identification automatique et font cap vers l’est en direction de Zouara » expliquent les experts de l’ONU. « Après avoir réalisé les opérations de chargement, ils retournent généralement à Malte ».

Zouara, point de départ des exportations illicites

Zouara constitue en effet « le principal point de départ des exportations illicites par voie maritime » de produits pétroliers raffinés. Le pétrole est acheminé dans des camions-citernes depuis la raffinerie de Zaouïa, au coeur des convoitises des divers groupes armés engagés dans les activités de contrebande, jusqu’au port de Zouara. Les camions peuvent transporter le carburant jusqu’à « trois stations de pompage » situées sur la côte de Zouara, à partir desquelles « les contrebandiers [utilisent] des tuyaux spéciaux pour charger le carburant dans des navires qui les [attendent] au large des côtes. » Le pétrole de contrebande peut également être livré directement au port de Zouara, où il est transbordé sur des navires de contrebande. « Environ 70 bateaux, petits navires-citernes ou chalutiers, se [consacrent] exclusivement à cette activité. »

Des réseaux contrebandiers actifs

Le groupe d’experts des Nations unies a identifié « une vingtaine de réseaux de contrebande […] en activité » qui emploient « environ 500 personnes. » Des réseaux bien existants malgré le fait qu’ils se soit « scindés en groupes plus petits et donc plus discrets » au cours de l’année 2018.

Des navires saisis

Face à ce trafic, les garde-côtes libyens ne sont restés pas inactifs ; ils ont saisi plusieurs navires à proximité de Zouara. Quatre bateaux ont ainsi été saisis entre 2017 et 2018 : le Stark, l’ukrainien Ruta, le Rex/Amargi et le Lamar. Les garde-côtes ont même ouvert le feu en 2017 sur un navire battant pavillon comorien, le Goeast, « soupçonné de se livrer à la contrebande de carburant ». Lequel s’est ensuite réfugié entre le 11 et le 19 octobre 2017 « au nord de Malte, au large du port de la Valette, en dehors de ses eaux territoriales », avant de déconnecter son système d’identification automatique et de se diriger vers le détroit de Kertch, en Crimée.

(Coline Traverson, st.)

Télécharger le rapport de l’ONU ENG / FRA

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).