Rome et Londres se disputent le droit de ne pas accueillir les 105 migrants de l’Astral…

(B2) La crise à bord de l’Astral est terminée, a signalé il y a une heure Paolo G Brera, le journaliste de la Repubblica embarqué. Les 105 migrants à bord de ce voilier affrété par l’ONG Proactiva Open Arms sont en voie de transfert vers l’Aquarius de SOS Méditerranée et pourront être accueillis en Italie. Après plus de 24 heures de tergiversation, Rome a finalement donné son feu vert.

Un secours coordonné par Rome

Tout avait commencé dimanche. Le centre de coordination des secours de Rome lance l’alerte. Un navire chargé d’une centaine de personnes dérive sans moteur au large des côtes libyennes. Les gardes-côtes libyens sont avertis semble-t-il. Mais c’est l’Astral, le navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, qui se présente le premier sur les lieux. Il repère le canot pneumatique et se porte au secours des personnes en détresse. Près de 105 personnes sont ainsi récupérées, de multiples nationalités (Soudan, Érythrée, Ghana, Libye, Maroc, Pakistan, Égypte), dont 6 enfants et 32 mineurs isolés, comme le détaille le député italien radical, Riccardo Magi.

Italie et Royaume-Uni se renvoient la balle

Mais, comme en mars dernier (lire : Un secours a failli tourner mal au large de la Libye. Italie et Malte bloquent leurs ports), la situation se tend pour savoir où seront débarqués les rescapés. Ceux-ci sont consignés sur le navire, en attendant le bon vouloir d’une autorité d’accueil. Cette fois ce sont les autorités italiennes et britanniques qui jouent au chat et à la souris. L’Italie a coordonné les secours, mais l’Astral porte le drapeau britannique de Gibraltar et la zone de secours est proche de la Libye. Elle considère que c’est soit au navire de l’ONG de ramener les migrants vers le port le plus sûr le plus proche… c’est-à-dire en Libye, soit au Royaume-Uni de gérer le problème. La première solution n’en est pas une pour les volontaires de l’ONG. Quand à la seconde solution, l’autorité maritime britannique joue la montre. Elle affirmait dimanche soir « travailler » à une solution, selon les ONG. Mais sans vouloir cependant assumer l’accueil des migrants au Royaume-Uni.

Une situation précaire

Pendant le temps où les capitales tentaient de se mettre d’accord, la situation est rapidement devenue précaire. Car, contrairement à l’Aquarius, affrété par SOS Méditerranée, l’Astral est un petit navire. Les réfugiés ont dû être hébergés sur le pont, sans toilettes et dans le froid. Des bâches ont dû être d’urgence déployées raconte le journaliste de la Republicca. Ce durant deux nuits. « Ces rescapés, épuisés, ont besoin d’être mis à l’abri. La confusion et les retards mettent leur santé en danger » dénonce Oscar Camps, le leader d’Open Arms.

Les ONG pas bienvenues

La situation commence à devenir difficile pour les ONG au large de la Libye. Dimanche (6 mai), au large de Tripoli, les garde-côtes libyens avaient ordonné à l’Aquarius de quitter les lieux alors qu’il se dirigeait vers un bateau pneumatique en détresse. « Alors que plusieurs personnes étaient à l’eau, les Libyens ont ignoré nos appels pour leur porter assistance et nous ont sommé de quitter les lieux ». La veille, le navire 648 des gardes-côtes libyens, assez célèbre pour sa chasse aux ONG, a, lui, « ordonné aux navires Astral et SeaWatch 3 de quitter les eaux internationales sous la menace d’utiliser les armes » raconte sur twitter Oscar Camps le dirigeant d’Open Arms.

Commentaire : un durcissement italien et européen

On assiste à un durcissement italien vis-à-vis de la situation libyenne. Rome ne veut plus être en première ligne et accueillir tous les migrants sans solidarité européenne. L’Italie a ainsi décidé de revenir sur sa politique de porte ouverte, soutenue en cela, à mi-mots, par les Européens. L’objectif désormais partagé à Rome, Bruxelles et dans les capitales européennes, est de confier la gestion des secours aux gardes-côtes libyens, avec mission d’empêcher les départs ou de reconduire ceux qui auront échappé aux mailles du filet à terre, en Libye. Pas question donc de laisser le champ libre aux ONG. Même si, officiellement, on ne veut pas l’assumer totalement, il y a bel bien un changement de cap italien et européen.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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