Centrafrique. Un premier détachement d’anciens rebelles réintégré

Centrafrique. Un premier détachement d’anciens rebelles réintégré

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Une centaine de soldats ont participé à la cérémonie officielle de réintégration des anciens rebelles (crédit : video EUTM Rca / sélection et cadrage B2)

(B2) C’est l’aboutissement d’un long travail de conviction, de formation. Une première « cohorte » d’une centaine d’anciens rebelles (ex Séléka, anti-balakas) a été officiellement intégrée lundi (5 février) à l’armée nationale après quatre mois de formation, au cours d’une cérémonie officielle au Centre de Formation de Kassaï, à Bangui (1). C’est un peu moins que l’effectif envisagé au départ (140 personnes, cf. ci-dessous). Mais c’est un pas essentiel : la première réalisation du projet pilote de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (DDRR) de l’armée centrafricaine. Les militaires ont été notamment durant quatre mois entraînés et formés par la mission européenne EUTM Rca.

Une route à parcourir encore longue

« Ce projet incarne l’engagement du peuple centrafricain sur la voie de la réconciliation et de la paix. (…) La voie du relèvement du pays est devant nous. Suivons-là dans l’unité, avec dignité, par le travail [NB : les trois mots de la devise centrafricaine]. La reconstruction de la Centrafrique comme la réconciliation nationale sont inscrites dans cette belle devise. Et si la route à parcourir est encore longue, nous savons que nous arriverons au but, car nous sommes plus forts ensemble » a souligné le général portugais Hermínio Maio, commandant de  l’EUTM RCA.

« Vous n’êtes plus les bourreaux du peuple »

Le président centrafricain Touadera qui n’a pas caché sa satisfaction de voir ce programme se concrétiser : « Beaucoup de stratégies avaient été essayées dans les années précédentes, mais sans réels succès » (2) . Il a aussi apostrophé les nouveaux militaires pour leur demander de laisser de côté leur ancienne appartenance. « Vous n’appartenez plus aux groupes armés, vous n’appartenez plus aux groupes politico-militaire, vous n’êtes plus les bourreaux du peuple, les auxiliaires du désordre et de la violence illégitime. Montrez au peuple que vous êtes les garants de sa sécurité (…) contre les mercenaires étrangers qui écument nos villages et pillent nos ressources ».

Un projet pilote visant 560 ex combattants

La phase pilote du programme DDRR proprement dit, avait été lancée fin août 2017 sous l’égide de la communauté internationale, impliquant notamment la MINUSCA et EUTM RCA. Elle concerne 560 ex-combattants, sélectionnés venant de 13 des 14 groupes rebelles qui ont accepté de participer à ce programme et sert de test au programme  complet qui vise au total à désarmer, démobiliser et réintégrer 7.000 ex-combattants.

Une moitié réintégrée dans l’armée, l’autre dans l’économie

La moitié d’entre eux devraient être réintégrés au final dans l’armée, dans deux vagues de 140 personnes, après désarmement, vérification de leur éligibilité, et formation par la mission militaire de formation de l’UE. L’autre moitié de 280 personnes doit être démobilisée et orientée, avec l’appui de la Banque mondiale, vers la réintégration socio-économique et communautaire. Ils recevront un appui aux activités génératrices de revenus individuelles ou collectives, ainsi que des subventions de projets en matière de relèvement de la communauté.

Une réintégration qui avait déjà anticipée par quelques initiatives. Ainsi début 2017, un atelier de menuiserie tenu par d’anciens rebelles de la Séléka a été inauguré au sein du camp Kassaï (lire : Transition en douceur à Bangui).

(NGV)

(1) Une cérémonie réunissant les principales autorités centrafricaines — le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le général Ngaïfei, chef d’état-major des armées, la Premier Ministre, le 1er vice-président de l’Assemblée Nationale, de membres du gouvernement – de représentants européens comme l’ambassadeur de l’UE en République centrafricaine, Samuela Isopi, et le chef d’EUTM RCA, le général Hermínio Maio ; ainsi que des organisations internationales, comme le représentant spécial de l’ONU.

(2) Trois programmes de DDR ont été menés en effet en 2003, 2008 et 2013 sans réel résultat.