La PESCO… and so what ? Le loup est dans la bergerie

La PESCO… and so what ? Le loup est dans la bergerie

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(B2) Voir plus de dix ans après son instauration, la Coopération permanente structurée, le noyau dur de la défense européenne apparaitre, aurait normalement dû être un moment chargé en émotion, fort. La signature de cette « lettre » par un certain nombre d’Etats membres aurait dû être un moment « très politique ». Il n’en a rien été…

Une journée historique sans sel

La journée vantée comme « historique » a été plutôt sans sel et sans saveur. On aurait approuvé la cinquantième modification de la directive sur la qualité de l’air ou changé la moquette du 12e étage de la Commission que l’ambiance n’aurait pas été moins festive. Quelques applaudissements pour célébrer l’évènement, une conférence de presse d’une longueur infinie, avec une série de slogans prémâchés, assénés sans conviction, sans qu’on comprenne où était ni l’émotion ni l’enjeu de l’évènement.

Le chacun pour soi pour vanter la coopération

Tout le monde a vanté l’importance pour les citoyens ou/et la relance de l’Union européenne. Mais rien n’est venu étayer ce point ni dans les déclarations officielles des responsables européens ni dans les documents de « background » distribué (1). Une fois la réunion terminée, chacun des ministres s’est empressé de faire un point de presse devant ses journalistes, pour commenter sa position nationale. Aucune conférence ou annonce commune, qui aurait permis de commencer à percevoir ce que pouvait être ce projet « important » pour la défense. Comme d’habitude… (2).

Le moteur franco-allemand de la PESCO oublié

Tout le monde s’est aussi empressé de tirer la couverture à soi. Même la Haute représentante de l’Union, Federica Mogherini, qu’on a connu d’habitude plus fair play, s’est prise à ce jeu là. Tout l’évènement avait d’ailleurs été conçu pour « mettre en valeur Federica Mogherini dont nous connaissons la destinée impériale » comme ironise dans les couloirs un bon connaisseur du dossier. Ainsi la nouvelle dynamique du couple franco-allemand, à qui la mise en place de cette Coopération structurée permanente, doit beaucoup (en particulier l’équipe de Jean-Yves Le Drian et celle d’Ursula von der Leyen), tout comme la volonté déterminée du président de la Commission européenne, J.-C. Juncker ont été largement minorés. On peut aimer ou ne pas aimer ces trois personnages. Là n’est pas le propos. Il faut rendre à César ce qui est à César. Sans eux, la PESCO n’aurait jamais vu le jour…

Une coopération renforcée avec tout le monde

Sur le fond, personne n’a pu expliquer également comment une Coopération structurée avec quasiment tous les états membres (sauf Malte !) pourrait générer, mieux qu’aujourd’hui des résultats. Comment pourrait-on demain contourner l’unanimité, toujours obligatoire, pour déterminer les grandes orientations ou les nouveaux projets de la PESCO ? En sachant que certains pays (la Pologne en particulier) viennent en étant décidés à tout faire… pour ne rien faire ! (3)

Un peu de mémoire n’aurait pas fait de mal

Ajouté à cela aucun rappel de l’évènement qui a traumatisé la France il y a deux ans et qui avait déclenché la clause d’assistance mutuelle de l’article 42.7, qui était tout de même la première fois que l’Union européenne organisait cette solidarité. Ce qui est pour le moins incongru. Le tout vous laisse, à la fin de la journée, comme un goût d’amertume dans la bouche, d’un évènement raté…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Des documents rédigés en anglais uniquement. Pour en avoir demandé la raison, je me suis attiré un commentaire, chargé de mépris, d’un officier de presse du Service diplomatique européen « Mais tout le monde parle anglais, ici »… La Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, qu’on a connue plus habile, a même trouvé le moyen de se vanter durant la conférence de ne pouvoir répondre qu’en anglais.

(2) Aux réunions de l’OTAN, il est courant au contraire que plusieurs ministres choisissent le lieu pour annoncer leur collaboration conjointe sur l’un ou l’autre des projets.

(3) Le gouvernement polonais n’a réussi qu’in extremis à s’entendre pour signer la notification. Le ministre de la Défense était contre, le ministre des Affaires étrangères plutôt pour, le président tentait le compromis. Résultat, Varsovie a signé mais en mettant une déclaration à l’appui pour indiquer toutes ses réserves (Lire notamment : PESCO : la Pologne traîne les pieds). A l’intérieur de la PESCO, ce sera cependant le ministère de la Défense qui siégera… Point n’est besoin d’être grand expert politique pour devenir quel enthousiasme européen va l’habiter 😉

mis à jour 14.11 avec des précisions (notes de bas de page notamment)