Attaque terroriste sur Le Campement, Européens (et Maliens) ont, bien, réagi (V10)

(crédit : France 24)

(B2) Ces faits ont été soigneusement passés sous silence par les autorités européennes pour des raisons plutôt incompréhensibles (lire : Une communication à la nord coréenne. Un manque de tact et de stratégie). Ils méritent d’être retracés. Car la réaction européenne (et malienne) lors de l’attaque terroriste sur Le Campement à Kangaba, près de Bamako, dimanche (18 juin) a été exemplaire : rapide, diversifiée et efficace. Dans des moments où les Européens doutent parfois d’eux-mêmes, de leur capacité à réagir, à avoir leur propre défense, à former les autres, c’est une belle preuve de la dynamique possible.

Les militaires présents en civils retardent la progression des terroristes

De nombreux étrangers sont, en effet, présents lors de l’attaque, dont une dizaine de membres de la mission EUTM Mali (dont deux Irlandais) et des militaires de la MINUSMA. Certains d’entre eux saisissent leur arme de service (2) et répliquent aux premiers tirs des terroristes. C’est leur présence, et leur réaction, qui, apparemment, évite un bilan plus lourd. « En s’interposant, et en ripostant, ils ont ralenti considérablement les terroristes dans leur progression et permis à de nombreuses personnes de s’échapper » nous a confié un diplomate européen. « S’ils n’avaient pas été là, cela aurait été un carnage », confirme une source sécuritaire occidentale à Jeune Afrique.

La Quick Reaction Force européenne déclenchée

Très vite, dès 16h, l’alerte est déclenchée au QG de EUTM Mali à Bamako et ordre est donné à deux équipes de réaction rapide QRF (force de réaction rapide) de faire mouvement vers le complexe hôtelier. Ce sont les Tchèques qui foncent. Ils font jonction et épaulent les forces maliennes. Après « une action au contact des terroristes – selon les termes même du communiqué de l’état-major tchèque parvenu à B2 –, et en coopération avec les membres des forces armées maliennes et d’autres composantes, les militaires assurnt le sauvetage et l’évacuation des civils [présents], ​​les premiers secours aux blessés et ont accompagné les ambulances ».

Medevac et hélicoptères

Le service médical de la mission EUTM Mali est aussi mobilisé. Une ambulance a très vite « rejoint le dispositif à 16h55 (locales) tandis que les moyens médicalisés (rôle 2), situé à Koulikoro étaient mis en alerte » indique le QG de la mission européenne à Bamako. Tandis qu’un hélicoptère de la mission prend l’air pour faire une opération de recherche et secours, et « retrouver les personnes qui s’étaient dissimulées [dans les collines] afin d’échapper aux assaillants ». Toutes les personnes de la mission ont pu « être retrouvées et mises en sécurité lundi 19 juin à 10h ». Mais l’hélicoptère continue son travail de recherche « une bonne partie de la journée pour tenter de retrouver d’autres possibles personnes disparues », notamment pour guider et épauler les équipes de recherche terrestres. La zone du Campement est en effet « très étendue et escarpée (plus ou moins 23 hectares) ».

La bonne tenue des forces maliennes

Les Maliens interviennent rapidement, notamment la FORSAT. Les forces spéciales anti-terroristes commencent par exfiltrer le maximum de personnes qui se sont cachées ou ont été pris en otages par les terroristes. Puis un assaut général est lancé avec l’appui des forces de Barkhane, européennes et de la MINUSMA. Une intervention saluée par les experts européens de sécurité : « Les forces de sécurité maliennes étaient rapidement sur zone. Elles ont réagi de façon efficace face aux terroristes » nous a confié un spécialiste de la question, donnant ainsi un satisfecit à ces forces créées en 2016, avec l’appui des Français et des Européens, en tirant les leçons des attaques précédentes (3). Les forces maliennes paient un prix lourd dans cette action : un sergent chef tué (Zani dit Kassim Traoré) et sept blessés (quatre gardes nationaux, deux policiers et un gendarme).

Obsèques de Zani dit Kassim Traoré (crédit : Ministère malien de la Sécurité et le Protection civile)

Le baptême du feu pour le mini QG européen

Cette attaque démontre que, même « non exécutives », les missions de formation de l’UE sont parmi les plus exposées des missions et opérations menées par l’Union européenne dans le cadre de la politique européenne et de sécurité commune. Pour la MPCC, le mini QG de conduite des missions militaires, cette attaque est aussi, en quelque sorte, le baptême du feu. Puisque sa création venait tout juste d’être avalisée, le 8 juin (lire : Le mini QG militaire européen voit le jour).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Trois attaques ont eu lieu au Bar la Terrasse de Bamako, en mars 2015 (lire : Attentat à Bamako, plusieurs victimes européennes dont un agent de l’UE), en 2015 à l’hôtel Blu Radisson (lire : Les experts européens ont prêté main forte après l’attaque du Blu Radisson à Bamako), et en mars 2016, à l’hotel Nord Sud, le QG d’EUTM Mali (lire : Le QG d’EUTM Mali attaqué à Bamako. Une cible nouvelle au Sahel : l’Europe).

Mis à jour : (19.6) envoi de la QRF tchèque, réaction des militaires sur place, nouvelles du militaire suédois disparu (20.6) action des forces maliennes, changement de la photo d’illustration. (21.6) détails sur la Medevac et l’action d’un hélicoptère en SAR. (25.6) bilan malien.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).