Sylvie Goulard, ministre des Armées. Pourquoi ?

(B2) Chacun a pu s’interroger et épiloguer sur les raisons de la nouvelle dénomination du ministre de la Défense, devenu ministre des Armées, et de son périmètre d’action.

 

Ministre de la guerre, des armées, de la Défense ?

Cette dénomination est effectivement assez ancienne et a une tonalité plus pompidolienne que moderne. Le titre de ministre aux Armées est rare dans l’histoire ministérielle française récente. L’ancien ministère de la guerre est devenu dans les temps modernes, ministère de la Défense, prenant ainsi une assertion plus générale, couvrant alors l’Air et la Marine. Ce n’est que durant quelques périodes intermittentes, qu’il a pris le nom de ministre des Armées. Le premier à occuper ce titre fut Edmond Michelet, durant une brève période, au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Dans la Ve république, les ministres porteurs de ce titre se comptent surtout au début de la Ve et surtout sous l’ère Pompidou. Le dernier à occuper ce titre Robert Galley en 1974, après Pierre Messmer.

Le ministre des « armées » n’est plus ministre de la défense ?

Mais il faut raison garder, les décrets sont clairs sur la question, la ministre des Armées d’aujourd’hui a le même périmètre d’action qu’un ministre de la Défense d’hier (comme le définit le code de la défense).

A qui revient la capacité de définir de la Défense nationale ?

D’un point de vue constitutionnel, c’est le Président de la République qui est « le chef des armées » et « préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale » (article 15). Même si c’est le Premier ministre qui est « responsable de la défense nationale » et nomme aux emplois civils ET militaires » (article 27), cette assertion vaut davantage sur les questions de protection civile que de défense militaire. Dans les faits, la pratique a voulu que la question de la direction des armées comme de la conception de la défense nationale soit le fait du Président. Une pratique qui remonte à la Royauté et à l’Empire.

Quelle est la marge de manœuvre du ministre ?

Ce qui fait le poids d’un ministre de la Défense à côté d’un président n’est pas tant dans le titre que dans la façon dont le Président voit son rôle, dans la confiance qu’il a en son ministre… et des évènements. Un « Le Drian » qui avait toute la confiance de Hollande n’est pas un « Morin » qui n’avait pas vraiment la confiance de Sarkozy. Il est un fait certain, c’est qu’en France, c’est le Président qui a un rôle primordial en matière de défense.

Quelle est la particularité du poste de la Défense au plan politique ?

C’est un des postes régaliens (avec celui des Affaires étrangères) sur lesquels le Président de la république garde la main, ou une certaine main (en cas de cohabitation), et auquel le Premier ministre n’a rien (ou peu de chose) à dire. Dans un gouvernement où les femmes n’ont, malgré tout, pas de poste majeur, avoir une femme à ce poste est, aussi, et tout d’abord, un signal politique.

Pourquoi Sylvie Goulard à ce poste ?

Sylvie Goulard est une fidèle, une des premières à s’être rallié à Emmanuel Macron. Elle a, de plus, une rigueur, une certaine rigidité diront certains, un fonctionnement qui s’acclimateront peut-êtreC’est aussi une Européenne convaincue, bonne connaisseuse des travées européennes à Bruxelles, et connue à Berlin ou à Rome. C’est en soi un signal très clair des priorités que veut donner le nouveau président. . Certes ce n’est pas une spécialiste de la Défense (elle s’est davantage intéressée à la Zone Euro et à l’économie qu’aux questions stratégiques, ce n’est un secret pour personne). Mais c’est une femme intelligente, habile à comprendre très vite un dossier.

L’Allemagne dans le viseur ?

Après le Mali et l’OTAN, dans les pas d’Emmanuel Macron, le premier voyage à l’étranger de la nouvelle ministre sera d’ailleurs … pour Berlin. Un passage quasi-obligé pour tout ministre du gouvernement Macron I. Une nécessité si on veut faire avancer un tant soit peu l’Europe de la défense. Car entre l’Allemagne et la France, même s’il semble y avoir accord sur les mots, les désaccords sur le fond sont nombreux, notamment sur la coopération structurée permanente. L’Allemagne attend depuis des mois un engagement plus délibéré de Paris dans ce projet.

(Nicolas Gros-Verheyde)