Les F-16 belges et néerlandais vont faire ciel unique

Patrouille de F-16 néerlandaise et belge dans le ciel néerlandais © NGV / B2

(B2 à Rotterdam) A partir du 1er janvier, il n’y aura plus que quatre avions de permanence pour surveiller le ciel entre la Meuse, l’Escaut et le Rhin, mais une seule patrouille de F-16 de permanence assurant la surveillance aérienne des Pays-Bas et la Belgique. Le dernier acte a été signé ce mercredi (21 décembre) à Rotterdam par les généraux Dennis Luyt et Frederik Vansina, respectivement commandant de la Composante aérienne belge et commandant de la force aérienne néerlandaise, et Pierre-Louis Lorenz, l’ambassadeur luxembourgeois aux Pays-Bas, sous l’oeil attentif des ministres belge et néerlandais (Steven Vandeput et Jeannine Hennis) … et de quelques journalistes dont B2.

Un exemple à suivre

« Cet accord contre la menace aérienne est tout simplement révolutionnaire » a signalé Steven Vandeput, ministre de la Défense. « La Belgique et les Pays-Bas donnent le ton en Europe en matière de coopération de défense. Il n’existe aucun autre pays s’engageant ainsi avec d’autres pour agir dans ce type de faits graves se produisant à l’intérieur des frontières de chaque pays. » Avec cet accord « nous aurons le même résultat qu’avant mais nous aurons besoin de moins de ressources pour le faire. Ce que nous économiserons, nous pourrons l’utiliser pour augmenter notre défense ailleurs. »

Un relais tous les quatre mois entre les forces belges et néerlandaises

Dès le 1er janvier, les F-16 néerlandais et belges se relaieront, tous les quatre mois, pour assurer l’alerte aérienne de réaction rapide (QRA en jargon aéronautique), à partir de leurs bases respectives. Pour les Pays-Bas, à partir des bases aériennes de Volkel et Leeuwarden et pour la Belgique à partir des bases aériennes de Kleine Brogel et Florennes (1). Ce sont les Belges qui prendront les premiers l’alerte. De fait, l’espace aérien formera un seul territoire où les forces en alerte agiront sous les ordres et pour le compte de l’autre pays, sans tenir compte de leur pavillon.

Chaque État garde sa responsabilité

Les avions de chasse belges qui interceptent un appareil dans le ciel néerlandais, agiront ainsi sur l’ordre du ministre néerlandais de la Défense et de la Justice qui donnera ses instructions via l’AOCS (Air Operations Control Station) de Nieuw Milligen. A l’inverse, le ministre belge de la Défense aura autorité sur les avions néerlandais via le CRC (Control and Reporting Centrum) de Glons, si ceux-ci agissent au-dessus du territoire belge. Au Luxembourg, c’est le ministre de la Défense luxembourgeois qui endosse cette responsabilité. Mais le Grand Duché a exclu tout usage de la force au-dessus de son territoire, Constitution oblige.

Décollage pour des avions civils en détresse mais aussi pour des avions suspects

La QRA intervient lorsqu’un avion vole dans l’espace aérien national sans avoir soumis un plan de vol à l’avance ou sans s’identifier, ou s’il s’est détourné de son itinéraire prévu et ne répond plus aux signaux radios. Les avions décollent souvent pour accompagner des avions civils (avions de ligne ou petits avions privés) qui font face à des problèmes techniques. Mais ils peuvent également prendre l’air pour intercepter un aéronef présentant un comportement suspect (chacun pense aux attaques du 11 septembre) ou un avion militaire étranger qui frôle quelque peu l’espace aérien national. On pense notamment aux avions russes. S’il s’agit d’une mission militaire effectuée par la QRA — en cas d’interception d’avion militaire suspect étranger, la mission est alors commandée depuis le Combined Air Operations Centre (CAOC) de l’OTAN à Uedem, en Allemagne.

A noter : un accord de poursuite a déjà été signé avec l’Allemagne. Et un accord identique devrait être signé avec la France en février prochain en marge d’une réunion de l’OTAN des ministres de la Défense, a précisé à B2 Steven Vandeput, le ministre belge de la Défense.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Les Luxembourgeois n’ont pas de flotte d’aviation de chasse. C’est traditionnellement l’aviation belge qui effectue le travail de QRA.

Lire : Le Benelux aura une surveillance aérienne conjointe. Traité signé. Une première en Europe

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).