La montagne un savoir faire qui s’exporte

Commandos montagne (© NGV / B2)
Commandos montagne en exercice (© NGV / B2)

(B2, au poste du 2e REG à Valloire) Les Chasseurs alpins ne restent pas toujours dans leur pré carré montagneux. Ils exportent aussi leur savoir. Le général Vincent Pons, commandant la 27e BIM (Brigade d’infanterie de montagne) l’a confirmé cette semaine, en marge de l’exercice « Cerces ». Les chasseurs alpins forment des unités « montagne » dans plusieurs pays : au Liban, avec une coopération ancienne dorénavant, mais aussi, fait plus nouveau, dans un pays voisin en Jordanie… et même en Ouganda.

Des débuts prometteurs en Jordanie

Cela peut paraître incongru au néophyte. Mais l’armée jordanienne a une compagnie montagne, dans le cadre des Royal Commando (qui comprend également une compagnie « désert » ). Une spécialité montagne que le roi Abdallah, qui est le chef des armées, souhaite voir monter en puissance. Le contexte international avec des conflits à ses frontières (notamment en Syrie), mais des risques non négligeables du côté irakien (voire palestinien) pèsent. Le 61st Royal Commando appartient à la brigade dirigée par le prince Hussein Bin Abdulah.

Une expérience des terrains rudes

La Jordanie, malgré une grosse partie de désert, comporte nombre de reliefs accidentés, notamment autour de Wadi Rum, avec des canyons assez rudes. « L’expérience montagne n’est pas uniquement réservée à de la haute montagne, par temps enneigé ». C’est « une expérience de franchissement de milieux difficiles, de terrains accidentés, où les conditions extrêmes (chaleur, froid, variation météorologique, absence d’eau ou… trop d’eau) sont une part importante du défi » — confie le colonel Didier, chef d’état-major de la 27e BIM (Brigade d’infanterie de montagne).

Renforcer une petite spécialité montagne des Jordaniens

En Jordanie, cela a commencé l’année dernière, en 2015. Avec un double enseignement, à la fois technique et tactique. « Nous assurons une formation à différents degrés comme nous le faisons chez nous » — indique un officier qui a été sur le terrain, avec différents degrés de formation : basique pour certains, plus développés pour d’autres. 16 militaires jordaniens sont ensuite venus s’initier en France dans la Brigade de montagne, sur le terrain alpin. Et deux d’entre eux ont été sélectionnés pour rejoindre l’école militaire de haute montagne (EMHM) située à Chamonix pour un stage d’un mois. Ce cycle de formation devrait se poursuivre l’année prochaine. L’objectif est d’avoir un « bureau montagne » au sein de cette unité jordanienne, à même de prodiguer et certifier les principaux rudiments techniques et tactiques de la pratique de montagne.

Une école « montagne » en Ouganda

La BIM a également déployé un détachement d’instruction et un officier en permanence… en Ouganda. Ce n’est pas vraiment une terre francophone. Mais le pays comporte quelques montagnes conséquentes, tant à l’ouest du pays, à la frontière du Congo, avec la chaîne du Rwenzori (le Mont Stanley culmine à plus de 5000 mètres), qu’à l’est du pays, à la frontière du Kenya (avec le mont Elgon qui dépasse les 4000 mètres). Le tout dans un terrain très vert, très dense, de forêt tropicale… On est loin du désert jordanien. Mais les difficultés sont, au final, identiques. Il faut disposer d’une grande autonomie, dans un terrain difficile, où les communications sont limitées, où le terrain extérieur dicte sa loi, et où une bonne partie de l’action se déroule… à pied. Là encore le savoir-faire des troupes de Montagne a joué. Un détachement d’instruction opérationnelle (DIO) est venu pour faire un enseignement technique. Et un officier a été détaché en permanence dans le pays pour aider les Ougandais à monter un centre de formation montagne. A suivre de près…

(Nicolas Gros-Verheyde)