Crash d’un avion opérant pour la défense française à Malte. 5 Français tués (V4)

crashavionmaltedebriscalcinesdoctormt161024(B2) Un petit avion privé (un Fairchild SA227 Merlin IV, immatriculé N577MX) s’est écrasé ce matin tôt (7h20 locales, 6h20 heure française) juste après son décollage et tout près de l’aéroport international de Luqa (Malte), sur une route entre Safi et Kirkop. Il y avait cinq personnes à bord, tous décédés, cinq Français, selon les autorités maltaises (lire le communiqué du gouvernement), deux pilotes et trois passagers, l’avion ayant explosé après le crash, selon Malta Today qui s’appuie sur les informations données par les autorités aéroportuaires.

Un avion de CAE Aviation

Selon nos informations puisées à la source, il ne s’agit pas d’un avion militaire (comme mentionné par certains médias) mais d’un avion privé appartenant à la compagnie CAE aviation basée au Luxembourg. Une compagnie qui opère régulièrement tant pour l’agence européenne Frontex et l’opération EUNAVFOR que pour différents gouvernements européens (français notamment, etc.). Les équipages de CAE Aviation sont, en effet, composés de professionnels, expérimentés (1). La plupart sont d’anciens officiers d’armée de l’air (Français, Belges, Britanniques) ou du renseignement.

En mission de surveillance française

Plusieurs pays (notamment la France) recourent à ces services pour des missions « discrètes ». Et les personnes à bord étaient vraisemblablement de la DGSE, avec une destination qui n’est pas automatiquement celle mentionnée sur le manifeste de vol. Les avions de CAE sont souvent équipés de matériels assez sophistiqués d’observation, permettant à haute altitude, de surveiller une zone, de prendre des photos ou des films, et de zoomer de façon précise sur des éléments à terre (on peut ainsi repérer une plaque d’immatriculation). Ce qu’on appelle de l’ISR (reconnaissance, surveillance, renseignement)

Le démenti du Premier ministre maltais

En l’occurrence, l’avion opérait bien pour les autorités françaises. La confirmation est venue de plusieurs sources. Il était opéré « pour les douanes françaises dans une mission pour détecter des trafics d’êtres humains ou de drogues » a d’abord assuré par twitter le Premier ministre maltais Joseph Muscat, voulant se dédouaner de toute participation à des opérations secrètes (voir encadré). Le vol était « enregistré comme un vol local avec retour à Malte sans atterrir dans un pays tiers » a-t-il ajouté. Ce faisant il semblait démentir certaines informations faisant état d’un vol à destination de Misrata en Libye.

démenti à son tour par les Français….

Ce propos a cependant été largement nuancé par les autorités françaises. Tout d’abord les Douanes ont démenti avoir certains de ses membres à bord.

Paris n’a pas confirmé la destination de l’appareil mais a reconnu que les personnels à bord appartenaient bien, en fait, « au ministère de la Défense » dans un communiqué adressé à l’AFP. L’avion « effectuait des missions de reconnaissance en Méditerranée pour le compte du ministère ». La défense utilise généralement ce type d’appareils pour de la collecte discrète d’informations (qui est ensuite redispatchée, ou non, après analyse et selon l’intérêt vers les alliés européens).

en mission discrète sur ou en Libye

Cette mission de reconnaissance pourrait donc plutôt concerner la Libye en elle-même que la mer Méditerranée en soi (d’où l’intérêt d’utiliser un appareil non siglé militaire) plutôt qu’un appareil militaire. De manière habituelle, quand des personnels militaires trouvent la mort, leur corps d’appartenance est mentionné, sauf quand il s’agit de services secrets (DGSE — direction générale de la Sécurité extérieure — ou DRM — direction des renseignements militaires, …). Par défaut, il y a donc confirmation du ministère que cette mission appartenait bien à cette seconde catégorie. Si la mission est secrète, il n’est pas aussi inhabituel de ne pas mentionner la « vraie » destination de l’itinéraire de vol…

Pas d’explosion avant crash

Les causes du crash ne sont pas connues. Il pourrait s’agir d’une panne moteur (mais l’appareil est un bimoteur normalement). Il n’y a « pas eu d’explosion avant l’impact ont témoigné trois soldats de la caserne toute proche de Safi et deux pilotes de lignes commerciales » a précisé le Premier ministre maltais. L’explosion a eu lieu après le crash (due à la vitesse et à l’embrasement de l’appareil par le pétrole).

Des missions tout azimut

Deux des avions de CAE Aviation servent au sein de l’opération EUNAVFOR Med / Sophia affrétés par le gouvernement luxembourgeois. Mais le service diplomatique européen (SEAE) a démenti que des officiels européens soient à bord (comme l’avait indiqué une dépêche Reuters par erreur) ou que cet avion ait un lien quelconque avec les activités de l’Union européenne. La Haute représentante de l’Union a assuré, via un communiqué de son porte-parole, « être en contact avec les autorités maltaises » et « suivre étroitement les développements », adressant ses « condoléances » aux familles et membres d’équipages. L’avion « ne comptait pas au nombre des moyens mis en oeuvre par l’opération européenne en Méditerranée » a confirmé à B2 un de ses officiers.

L’île de Malte — son aéroport et ses ports — sert de « hub » pour toutes les opérations de surveillance en Méditerranée et de sauvetage des migrants/réfugiés de différentes forces européennes (Français, Britanniques, etc.) comme des ONG.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un point que je peux confirmer directement, pour avoir rencontré quelques équipages, aux Seychelles il y a quelques années, lors de l’opération EUNAVFOR Atalanta. Lire : Reportage (exclusif) avec les avions « luxembourgeois » d’Atalanta aux Seychelles


Le pieux mensonge des Maltais.

La position du Premier ministre a été confirmée ensuite par le ministre maltais de l’Intérieur. Carmelo Abela a d’ailleurs insisté sur ce point lors d’une conférence de presse tenue aujourd’hui à Malte : « no foreign military personnel are using Malta as a base from which to conduct overseas operations » a-t-il indiqué selon Malta Today.

Les autorités maltaises n’ont qu’un seul souci en fait : démentir que leur île puisse être utilisée par des forces militaires (européennes, américaines, etc.) comme base pour des opérations « discrètes » ou secrètes. Officiellement Malte est, en effet, non aligné militairement. Et cette affaire est embarrassante pour le gouvernement de La Valette


Mis à jour à 12h25 avec les informations du Premier ministre maltais – 15h30 avec le communiqué de la Défense française