Quelques vides sur la photo de famille à Bratislava

Quelques vides sur la photo de famille à Bratislava

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(B2) La photo de famille de la réunion informelle des ministres de la Défense, mardi (27 septembre) comporte quelques trous sérieux… Cette tradition bien ancrée des réunions européennes de réunir pendant quelques minutes, l’ensemble des participants sur un podium pour immortaliser, pour la postérité, a connu un léger raté à Bratislava, mardi (27 septembre). Certes la plupart des ministres étaient présents sur la photo. Mais vous remarquerez comme un certain vide au second rang derrière Jens Stoltenberg, Peter Gajdos et Federica Mogherini…

Eh oui ! Notre couple mythique — le Français Le Drian et l’Allemande von der Leyen — ne sont pas venus à la photo. Ils étaient bien là cependant, et bien présents. Étaient-ils retenus ailleurs… ou — particulièrement mécontents du peu d’enthousiasme qu’a rencontré leur initiative pour renforcer la défense européenne —, ont-ils boudé la photo de famille ? L’histoire nous le dira. Ils n’étaient pas les seuls à ne pas être flashés par les photographes : le ministre portugais José Azeredo Lopes et son alter-ego polonais Antoni Macierewicz (1) n’étaient pas aussi présents. Le Polonais ayant même pris la poudre d’escampette.

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J’ai essayé de localiser tous les noms, j’espère n’avoir pas commis d’impair fâcheux (même si j’ai un doute sur un ou deux) ! Certains pays n’étaient pas, lors de la réunion, représentés au niveau d’un ministre mais un ambassadeur ou un responsable de l’administration. C’est le cas des deux pays neutres (Autriche, Irlande) ainsi que de la Lituanie (selon mes informations). La Bulgarie était représentée par son vice-ministre. En revanche, le Danemark, qui bénéficie cependant d’un opt-out en matière militaire était bien là.

Comme de tradition également, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, était invité, ainsi que le secrétaire général adjoint chargé des missions de maintien de la paix de l’ONU. On pourra remarquer que si le premier a été placé sur le devant de la scène, bien au centre — le ministre slovaque ayant bien pris soin de se retrouver au centre de la photo aux côtés de lui — ; le second a été placé tout au fond dans un coin… La Commission européenne, représentée par la commissaire chargée de l’Industrie et du Marché intérieur), E. Bienkowska, était aussi présente, comme c’est la règle dans toutes les réunions ministérielles (informelles ou formelles).

Petite précision, non sans importance sur le premier rang de la photo. Il se compose surtout des pays ayant assumé (Pays-Bas) ou allant assumer la présidence de l’UE (Malte, Roumanie, Estonie, Finlande), avec une exception assez singulière et symptomatique. On retrouve Michael Fallon, dont le pays (le Royaume-Uni) aurait dû assumer la présidence en 2017 mais y a renoncé (Brexit oblige). Une petite entorse protocolaire qui en dit parfois tout aussi long sur la pensée diplomatique que les paroles… Le Royaume-Uni est pour l’instant toujours membre de l’Union européenne et entend le rester, pleinement, surtout en matière de défense, pour bloquer tout ce qui pourrait constituer une avancée.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un ministre polonais, qu’on peut qualifier de ‘traitre’, tant son attitude a été jugée peu constructive. Selon nos informations, Macierewicz n’a eu de cesse, durant toute la réunion, de critiquer les positions franco-allemande comme de vouloir détricoter les textes communautaires. Ce n’est pas surprenant en soi. Mais quand on sait que la Pologne est membre du triangle de Weimar et a signé, en août, un papier plutôt ambitieux sur la politique étrangère et de défense européennes (lire : Alerte ! Les ‘Weimar’ prennent de l’avance en matière de réflexion stratégique), c’est plutôt gonflé. En gros, Varsovie veut le beurre et l’argent du beurre, le pot et le (reste) de la crémière mais sans aucune obligation ni fidélité à ses engagements. Les Polonais ne sont plus des alliés fiables…

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