Massacres à l’arme semi-automatique… Pour se rafraîchir la mémoire

Cérémonie du souvenir en juillet 2015 (crédit : Twitter Jens Stoltenberg)
Cérémonie du souvenir en juillet 2015 (crédit : Twitter Jens Stoltenberg)

(BRUXELLES2) Sans remonter dans les années 1980, ces dix dernières années sont émaillées « d’incidents » qui font frémir. Le scénario semble toujours le même. Un individu achète tout à fait légalement une arme, s’inscrit parfois dans un club de tir, s’en va commettre un véritable massacre, avec à l’arrivée, à chaque fois, un bilan qui se chiffre en un nombre de vies perdues important. Souvent des jeunes ! Le bilan de chaque tuerie équivaut à celui d’un attentat d’intensité ‘moyenne’.

Les lobbys d’armes qui prétendent qu’interdire certaines armes est une atteinte à la liberté individuelle, ou à la propriété, et qu’encadrer plus strictement le marché légal des armes n’aurait aucun poids sur l’exaction des crimes, commettent une lourde duperie. Il n’y a pas de droit à porter une arme, juste pour le plaisir en Europe. En revanche, il existe un droit à la sécurité publique.

Des armes acquises, tout à fait légalement, peuvent tout autant tuer que des armes acquises illégalement. Il n’y a pas que le marché illégal des armes qui alimente le crime. Les faits sont têtus. Plusieurs attaques à l’arme automatique ou semi-automatique ont été commises dans les dix dernières années en Europe, par des personnes, bien sous tous rapports (apparemment), ayant acquis tout à fait légalement leurs armes et enregistrées dans des clubs de tirs, bien souvent.

L’utilisation d’armes semi-automatiques a atteint son paroxysme avec le massacre commis à Utoya en juillet 2011. Les pays anglo-saxons et nordiques semblent plus atteints par cette vague (peut-être du fait du nombre d’armes qui sont en circulation). Mais, aucun pays ne semble à l’abri. C’est un problème qui ne doit pas être négligé aujourd’hui.

7 novembre 2007, Jokela (Finlande). Un jeune de 18 ans, Pekka-Eric Auvinen, surgit dans son lycée de Jokela. Il tire, tuant huit personnes (5 lycéens, 2 lycéennes et la proviseure du lycée) avant de se suicider d’une balle dans la tête. Une douzaine de blessés sont également comptabiliser. Auvinen avait reçu son permis d’armes à feu quelques jours auparavant, en octobre, puis acheté un semi-automatique (SIG Sauer Mosquito calibre 22) et 500 cartouches de munitions. Il était un membre enregistré du Helsinki Shooting Club depuis le 31 août et avait assisté à une session de formation d’une heure.

23 septembre 2008, Kauhajoki (Finlande). Un incident similaire se déroule un an plus tard sur le campus de l’Université des Sciences appliquées de Seinäjoki. Un étudiant de 22 ans, Matti Juhani Saari, arrive masqué, tire au jugé, tuant dix personnes (8 étudiantes, 1 étudiant, 1 professeur) avec un pistolet semi-automatique Walther P22, avant de se tirer une balle dans la tête. L’assassin, là encore, était membre d’un club de tir local et avait obtenu, juste avant (août 2008) une licence pour un pistolet de calibre 22 (5,6 mm). Il avait même été interrogé la veille du massacre par la police après avoir diffusé une vidéo le montrant s’entraîner au tir, sans retrait de l’arme.

11 mars 2009, Winnenden (Allemagne). Rebelote, cette fois en Allemagne. Un étudiant de 17 ans, Tim Kretschmer, tire dans une école secondaire, le collège Albertville-Realschule (qu’il avait fréquenté un an plus tôt). Il est armé d’un pistolet semi-automatique Beretta 9 mm. Bilan : 15 morts (huit filles et un garçon, trois institutrices, un passant et deux vendeurs d’une concession automobile) + l’agresseur qui se suicide. Le père de Tim Kretschmer possédait légalement 15 armes à feu en tant que membre d’un club de tireurs d’élite local (Schützenverein). L’arme utilisée par Tim est retrouvée manquante dans ce stock, ainsi que plusieurs centaines de cartouches de munitions. Quatorze des armes à feu étaient tenus dans un coffre-fort. Mais le Beretta était dans la chambre à coucher. Une procédure pénale est engagée contre le père pour homicide par négligence. Un débat s’engage sur la nécessité de renforcer le contrôle des armes. Malgré le poids des clubs de tirs, cela aboutit à la création d’un registre national des armes (au lieu d’un enregistrement par Länder).

2 juin 2010, Cumbria (Royaume-Uni). Un tireur isolé, Derrick Bird, tue 12 personnes et en blesse 11 autres avant de se suicider. Un des pires actes criminels avec armes à feu de l’histoire britannique. Bird était titulaire d’armes à feu sous licence. Il a tiré un total d’au moins 47 balles au cours de la plupart des tirs (29 avec son fusil de chasse, 18 avec son fusil 22 long rifle). Il avait chez lui un véritable arsenal : plus de 750 balles de 22 mm, 240 balles de fusil de chasse.

9 avril 2011, Alphen aan den Rijn (Pays-Bas). Tristan van der Vlis, 24 ans, fait irruption dans le centre commercial Ridderhof, à environ 33 kilomètres au sud-ouest d’Amsterdam. Vêtu d’un gilet pare-balles, il tire. Bilan : sept morts (six sur le coup et un blessé décédé par la suite) + le tueur, et 16 blessés. L’auteur était membre d’une association de tir et possédait trois armes à feu : un semi-automatique Smith & Wesson M&P15-22, d’un pistolet Colt M1911 de calibre .45, et d’un revolver Magnum Taurus Raging Bull .44. Il présente des antécédents de problèmes psychologiques et psychiatriques (notamment la schizophrénie paranoïde). L’évènement aux Pays-Bas sème l’émotion. Le Premier ministre est alors, Mark Rutte, toujours à la tête du gouvernement.

22 juillet 2011, Utøya (Norvège). Anders Behring Breivik fait irruption dans le camp d’été de la jeunesse du parti travailliste. Armé d’un pistolet semi-automatique (un Glock 34 avec un magasin de 17 balles), d’un fusil semi-automatique Ruger Mini-14 et de quelque 3000 cartouches, il va parcourir le camp semant la mort au passage. Il tire 121 fois. Bilan : 69 morts et plus d’une centaine de blessés. La plupart sont très jeunes : de 14 à 19 ans. C’est une partie de la jeunesse norvégienne qui est fauchée. Ils s’ajoutent aux 8 morts commis par le même individu dans un attentat à la bombe contre un bâtiment abritant le siège du parti travailliste à Oslo (le dirigeant du parti, Jens Stoltenberg, l’actuel secrétaire général de l’OTAN, est heureusement absent). Breivik avait un permis de chasse et était membre d’un club de tir.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).